Samedi 23 septembre 2017 - Graceland, Memphis

Ce matin, nous avons un peu de temps, nous avons vu tout ce que nous voulions voir à Tupelo. Ce que nous avons prévu aujourd'hui, c'est Memphis, à un peu moins de deux heures de voiture. Et il y a à voir, à Memphis ! Jugez-en donc :

Le programme est donc copieux.

Après un petit déjeuner ni mieux ni pire que d'autres, nous quittons l'hôtel. Première erreur, je n'écoute pas la douce voix de la dame du GPS. Pas bien grave, nous en sommes quittes pour quelques kilomètres de détour et un petit quart d'heure perdu.

Un peu avant Memphis, l'Interstate 22 fait place à la Route US-78, et nous quittons le Mississippi pour le Tennessee, troisième Etat de ce voyage. Pour moi, il n'est pas complètement nouveau, j'y avais fait une très brève incursion lors de mon tout premier road-trip aux US en 1979. Pour Marie, en revanche, c'est une totale découverte.

Dans les faubourgs de Memphis, nous quittons la 78, passons sous l'aéroport et débouchons sur la route US-51, plus connue ici sous le nom d'Elvis Presley Boulevard. Le parking de Graceland est là.

Nous prenons des billets qui nous permettent de tout voir, y compris la maison (c'est quand même avant tout pour elle que nous sommes là), les diverses collections du King (voitures, motos, tenues de scène), les avions (il y en a deux à voir, mais le King en a possédé cinq en tout !), et bien sûr les boutiques.

L'entrée de Graceland, la maison d'Elvis
L'entrée de Graceland, la maison d'Elvis

Nous décidons de commencer par la maison. Mais on n'y accède pas comme ça ! La visite est obligatoirement guidée. Nous prenons une navette derrière le musée, nous traversons le boulevard Elvis Presley et entrons dans la propriété. Le fameux portail est ouvert, nous ne le voyons donc pas. On nous dépose devant la maison, où nous disposons de quelques minutes avant la visite. Marie en profite pour prendre quelques photos.

On reconnait le style colonial à portique et colonnes, assez répandu dans les maisons de quelque importance dans le Sud. Nous en avons déjà vu pas mal. Cette maison a été construite en 1939. Le King l'a achetée en 1957 lorsque, sa carrière ayant réellement décollé l'année précédente, ses revenus lui ont permis ses premiers investissements significatifs. Bien entendu, il y a apporté plusieurs améliorations dont nous reparlerons.

On nous appelle, c'est notre tour, nous suivons notre guide sur les marches du perron puis à l'intérieur. J'éprouve une étrange impression, entre pénétrer chez quelqu'un en son absence et violer un sanctuaire. N'oublions pas que c'est dans cette demeure que son plus célèbre propriétaire a rendu son dernier souffle.

Graceland est une grande maison, 1 630 m², 23 pièces, dont 8 chambres avec salle de bain, largement de quoi héberger toute la famille Presley étendue. C'est aussi la seconde résidence la plus visitée des Etats-Unis, après la Maison Blanche.

Graceland, salle de séjour et salon de musique
Graceland, salle de séjour et salon de musique

Dans l'entrée se trouve un escalier qui mène à l'étage. Nous ne monterons pas. C'est en effet la résidence privée de Lisa Marie, la fille du King, lorsqu'elle séjourne à Memphis, et propriétaire officielle de la maison depuis 1977. De plus, les intendants de la maison ont décidé, probablement avec sagesse, de ne pas favoriser une forme de fascination malsaine pour la salle de bain attenante à sa chambre où le King a expiré.

A droite dans l'entrée, nous découvrons le grand séjour et son immense canapé blanc. C'est la pièce où l'on se réunissait pour discuter, boire un verre, bref vivre une vie qui pourrait presque sembler normale. Tout au fond se trouve le salon de musique et son piano demi-queue. Derrière le piano, c'est bien une télé du début des années 1960 que vous voyez.

Rien ne semble avoir changé. Tout, jusqu'au moindre objet, est soigneusement maintenu en l'état. A Graceland, le temps s'est pour ainsi dire arrêté le 16 août 1977.

Juste derrière le séjour se trouve la suite parentale, utilisée pendant un temps par les parents d'Elvis. Gladys n'en a pas profité beaucoup. Malade depuis quelque temps, elle est décédée en 1958, à l'âge de 46 ans. Deux ans plus tard, Vernon, le papa d'Elvis, s'est remarié avec Davada ("Dee") Stanley. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la relation qu'Elvis entretenait avec sa belle-mère était pour le moins compliquée. Selon la rumeur, elle allait jusqu'à changer la couleur des rideaux, ce que le propriétaire des lieux supportait de moins en moins. Après une énième dispute, Elvis a installé son père et sa belle-mère dans une autre maison non loin de là, et la suite parentale a été ocupée par Minnie Mae, la grand-mère d'Elvis.

Face au séjour, de l'autre côté du hall d'entrée, nous visitons la salle à manger. Comme les autres pièces, tout est soigneusement maintenu en l'état. A croire qu'on n'attend plus que les invités pour passer à table.

Juste à côté de la salle à manger, très logiquement, nous trouvons la cuisine. Elle est immense ! Elle n'a été ouverte à la visite qu'en 1995. En effet, Delta, la tante d'Elvis qui a résidé à Graceland jusqu'à sa mort en 1993, l'utilisait pour elle.

Salon de télévision
Salon de télévision

Puis nous descendons au sous-sol, où se trouvent deux pièces intéressantes.

Tout d'abord, nous visitons le salon de télévision, tout décoré d'un jaune très criard. Les trois postes de télévision sont intégrés dans le mur du fond, pour que le King puisse regarder jusqu'à trois chaînes en même temps, confortablement installé dans le profond canapé garni de coussins du même jaune vif que les murs. Le plafond est entièrement recouvert de gigantesques miroirs, comme pour mieux réfléchir ce qui se passe en bas, ou peut-être pour artificiellement réhausser la hauteur apparente, le plafond étant ici relativement bas.

Sur le mur de droite, le logo jaune avec le nuage, l'éclair et les lettres "TCB" (hors champ, on ne les voit pas sur la photo) constituent le logo officiel de l'activité commerciale foisonnante autour du King, et signifient "Taking Care of Business in a Flash" ou, pour les francophones, "On s'occupe des affaires à la vitesse de l'éclair". Cette devise viendrait du Colonel Parker (qui n'était pas plus colonel que moi, mais un semi-aventurier à la réputation assez incertaine né aux Pays-Bas) que je n'en serais pas plus étonné que ça. En effet, le premier vrai manager d'Elvis, s'il ne connaissait pas grand-chose à la musique, avait en revanche un sens du commerce particulièrement affuté, surtout lorsqu'il s'agissait de garnir ses propres poches en plus de celles du King. Y aurait-il eu le King sans le Colonel Parker ? Mais y aurait-il eu le Colonel Parker sans le King ?

Salle de billard
Salle de billard

Face au salon de télé se trouve la salle de billard. Elvis, grand amateur de ce jeu, passait des heures dans cette salle avec ses amis. La table que l'on voit a  été achetée en 1960, l'année de son retour à la vie civile après deux années de service militaire en Allemagne. La décoration est plus récente. Lors de travaux en 1974, la salle a été garnie d'environ 350 mètres de coton plissé. Si on s'approche bien, on peut voir dans un des coins du billard un accroc dans le feutre fait par un ami d'Elvis qui avait tenté un coup un peu compliqué n'ayant finalement pas rencontré le succès escompté.

Nous remontons par un escalier minuscule et débouchons dans la "jungle room", la salle de la jungle, une pièce rajoutée par Elvis à l'aile nord de la maison, à la fois pièce de divertissement, salle de séjour et, plus tard, studio d'enregistrement. La décoration est assez tapageuse, une partie d'un des murs étant occupée par une chute d'eau intérieure artificielle. Les sols sont garnis d'une épaisse moquette censée favoriser l'acoustique. C'est dans cette pièce qu'ont été enregistrés en grande partie les deux derniers albums du King, "From Elvis Presley Boulevard, Memphis, Tennessee" (1976) et "Moody Blue" (1977). Le dernier n'est pas anodin, d'abord parce que c'est le dernier, et aussi parce qu'il contient le single "Way Down", qui faisait une carrière honnête, sans plus, dans les charts US, jusqu'au moment de la disparition du King, où il a commencé à réellement se vendre comme des petits pains.

A cette époque, en France, la bande FM n'était pas encore ouverte, l'offre radio très peu diversifiée, et écouter du rock US restait un petit exploit. Tout comme mes parents en leur temps, mais pour d'autres raisons, je parcourais les fréquences britanniques, bien plus riches en musique US. Et encore, c'était avant l'obligation de diffusion d'un quota d'oeuvres de création française !

Contrairement à ce qu'on croit parfois, l'album "Graceland" de Paul Simon n'a pas été enregistré à Graceland mais en Afrique du Sud. Il tient son titre de la volonté de l'artiste de revenir aux fondamentaux de sa musique, Graceland étant ici censée représenter une sorte de Mecque du rock'n roll.

Le fan-club du King
Le fan-club du King

Continuant dans l'aile nord de la maison, nous arrivons dans une pièce un peu à l'écart. C'est dans ce local beaucoup plus simple qu'était hébergé le fan-club du King. Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, ou à défaut par les siens, c'est Vernon, le papa d'Elvis, qui, avec l'aide de quelques employés, était chargé de cette activité : répondre au courier, envoyer des photos dédicacées aux fans, etc.

Graceland, le jardin
Graceland, le jardin

Nous sortons de la maison côté jardin. Le terrain est grand, un peu plus de 5 hectares. Et même si la maison est de bonne taille, il reste largement de la place pour se distraire. A Graceland, comme rien n'était trop beau, ni trop cher, pour le King et les siens, il y avait une écurie et des chevaux. En effet Lisa Marie, la fille du King, était une grande fan d'équitation. Parfois lorsqu'il était désoeuvré (les mauvaises langues diront que ça arrivait souvent !), le King lui-même organisait sur son immense pelouse des courses d'un peu n'importe quoi en état de rouler, notamment de voiturettes de golf.

Arbre généalogique du King
Arbre généalogique du King

Nous retournons à l'intérieur, cette fois-ci par l'aile sud. Nous visitons une grande galerie nommée Salle des Trophées, une sorte de musée dédié à Elvis et aux siens. On y trouve l'arbre généalogique de la photo, ainsi que divers objets ayant appartenu au King, à son épouse Priscilla ou à leur fille Lisa Marie. J'y ai vu notamment une facture datée du début des années 1960, pour 9 000 $ de travaux divers de décoration.

La piscine
La piscine

Nous ressortons de la Salle des Trophées par la piscine qui, par rapport aux excès de taille comme de décoration du reste de la maison, semble presque raisonnable. C'est une piscine de 12 mètres, en forme de haricot. C'est grand, joliment aménagé et décoré, mais pas exceptionnel. Le King n'était-il finalement pas si intéressé que ça par sa piscine ?

L'annexe, salle de gym et de jeux
L'annexe, salle de gym et de jeux

A l'écart de l'aile sud de la maison, mais reliée par un passage couvert, se trouve une autre annexe, dédiée aux jeux (encore !) et aux activités sportives. Il y a tout l'équipement d'une salle de gym, des flippers, une douche, et même un piano. J'ignore si Elvis utilisait souvent sa salle de gym, mais sa corpulence à la fin de sa vie semble indiquer le contraire. J'ai moins de doute sur les flippers et le piano.

Il ne faut pas imaginer Graceland comme la maison de monsieur et madame tout-le-monde où, une fois la journée finie, on ferme la porte et hop, on est en famille, et seulement en famille. Ici, il y avait tout le temps du monde qui passait, jour et nuit : Elvis et sa famille bien sûr, mais aussi ses proches, famille étendue, amis, familiers, employés de maison, personnel de ménage, agents de sécurité, gardes du corps, etc. Avec un va-et-vient pareil, on comprend que l'accès au second étage (enfin, au premier, pour nous français) était farouchement défendu. C'était le seul moyen qu'avait le King de se préserver un peu d'intimité. Situation paradoxale, où l'on finit par ressentir une implacable solitude au milieu d'une foule qui, au fond, n'est là que pour votre bon plaisir.

Vers la fin de sa vie, le King n'était plus que l'ombre de lui-même, presque sa propre caricature. Bouffi par l'obésité et les abus de toutes sortes, notamment de médicaments pour dormir, puis se réveiller, antidouleurs, etc., pris en quantités totalement déraisonnables avec la complicité de médecins serviles et cupides, il était suivi pour divers problèmes, notamment cardiaques. A chaque concert, il sombrait un peu plus, oubliant parfois les paroles de ses propres chansons. J'ai quelque part sur une vieille cassette une version datant de cette époque du très classique "Are you lonesome tonight ?", un titre magnifique d'émotion que je chantais à mon fils pour l'endormir quand il était petit, massacré sans presque s'en rendre compte par un King en plein naufrage.

La dérive du King a été racontée dans le très sincère "Elvis : what happened ?", publié trois mois avant sa mort, et qu'il serait beaucoup trop simple d'imputer à la frustration de ses auteurs, trois gardes du corps impitoyablement virés par Vernon quelques mois plus tôt. Ce livre est au contraire la chronique d'une star en cours de déchéance par trois de ses fans les plus proches, l'ayant côtoyé pendant des années, et désireux d'alerter leur idole sur ses propres excès avant qu'il ne soit trop tard. Mais il était déjà trop tard, beaucoup trop tard.

Après une visite chez le dentiste au milieu de la nuit, une première ingestion d'anti-douleurs puis plusieurs prises de somnifères en quantités effrayantes ont fini par provoquer l'arythmie cardiaque qui l'a brutalement emporté ce sinistre 16 août 1977. Elvis a été déclaré mort à 15h30, peu après son arrivée au Baptist Medical Center (aujourd'hui Baptist Memorial Hospital) de Memphis, mais il l'était probablement déjà lorsque sa compagne Ginger Alden l'a trouvé inerte sur le sol de la salle de bain vers 14h, sans aucun signe de vie apparent.

La fin du King a été nettement moins glamour que sa vie.

Elvis repose en paix
Elvis repose en paix

Nous ressortons de l'annexe, passons derrière la piscine et entrons dans le Jardin de la Méditation. C'est ici que reposent pour l'éternité le King, entouré de sa maman Gladys, son papa Vernon, qui lui a survécu deux ans, et sa grand-mère Minnie Mae, décédée en 1980. Une stèle a été ajoutée pour Jessie Garon, le frère jumeau d'Elvis, né quelques minutes avant lui et qui n'a pas vécu. Sur la tombe du King, les témoignages des fans sont nombreux : peluches, bougies, photos, fleurs ... Le jour de notre visite, un groupe de fans venus de Suisse avait déposé le petit coussin que l'on voit sur la photo.

Suite au décès du King, une cérémonie funéraire a eu lieu à Graceland le 18 août 1977, puis sa dépouille a été inhumée au côté de celle de sa maman au Forest Hill Cemetery de Memphis. Dès la fin août, des tentatives pour dérober le corps du King ont eu lieu. Il a été jugé plus sage, plus sûr et plus pérenne de transférer les deux dépouilles à Graceland, ce qui a été fait début octobre. Elles reposent depuis dans les tombes que nous venons de voir. Dans un domaine sécurisé, ces sépultures peuvent être surveillées en permance.

Une autopsie a naturellement eu lieu, dans le cadre privé du Memphis Baptist Medical Center. Elle a révélé la présence de 14 substances médicamenteuses, la plupart toxiques à fortes doses, ce qui était le cas. S'agissant d'une procédure non officielle, les conclusions ont été révélées en plusieurs fois, de façon partielle, parfois prématurée. Le King était décédé tout simplement d'une crise cardiaque. Il est malgré tout évident que les diverses affections qui le frappaient depuis plusieurs années (glaucome, migraines, foie, coeur...) n'ont pas aidé, ainsi que, évidemment, les excès médicamenteux absolument effarants, pourtant prescrits par le Docteur George Nichopoulos, son médecin traitant. On apprendra en 1981 lors de son procès que, pour la seule année 1977, ce médecin avait prescrit à Elvis pas moins de 10 000 médicaments divers et variés, soit la bagatelle de 45 par jour en moyenne, rien que ça ! On peut s'étonner que le docteur s'en soit sorti exonéré de toute charge, au pénal comme au civil. La justice étant censée juger les faits et non les présomptions, nous nous en tiendrons là. Malgré tout, la licence du Docteur Nichopolos a fini par être suspendue pour trois mois, puis révoquée définitivement en 1993, à la suite de nouvelles accusations de sur-prescription.

Aujourd'hui, que nous reste-t-il du King ?

A l'exception de Jailhouse Rock, où il joue vraiment la comédie, sinon avec talent, tout au moins avec conviction, ses films ont plus ajouté au portefeuille d'Elvis, ainsi qu'à ceux du producteur Hal Wallis et du Colonel Parker, qu'à sa gloire. Ce sont des séries B, et encore, dont le but est plus de faire vendre l'album de la B.O. que de laisser une trace quelconque dans l'histoire du cinéma. Ses disques sont régulièrement réédités, faisant de lui, à peu près à égalité avec les Beatles, le plus grand vendeur de disques de tous les temps.

A ses débuts dans l'Amérique bien-pensante des années 1950, le mouvement de hanches vaguement ovale du King, très caractéristique de son jeu de scène, a été jugé obscène. Les ligues de vertu ont demandé, et obtenu, qu'il ne soit filmé qu'au-dessus de la taille. A son propre désarroi, ce déhanchement lui a valu le surnom guère charitable de "Elvis the Pelvis". J'irai jusqu'à dire que cette controverse, loin de le gêner en quoi que ce soit, a finalement fait beaucoup pour sa notoriété naissante auprès d'un public jeune et féminin.

Et bien sûr il nous reste ses concerts. Personnellement, je suis loin d'être un fan irréductible de Aloha from Hawaii (1973), un grand show enregistré pour la télévision et diffusé dans le monde entier. Un Elvis déjà pas mal bouffi y délivre une performance honnête, sans plus, qui ne se distingue pas par un dynamisme extraordinaire. Le King ne bouge déjà plus beaucoup, laissant entrevoir les prémices d'une déchéance à venir. Mention bien quand même, parce qu'il y a la voix d'Elvis. Nettement mieux est le film "Elvis : That's the way it is", qui reprend l'essentiel d'un concert à Las Vegas en 1970. Il y a dans ce film une version absolument déchirante de "Suspicious Minds", où un Elvis au sommet de son art vocal délivre une performance parfois en force ("Oh don't you know ... We're caught in a trap ..."), souvent toute en nuances ("Oh let our love survive [...] You know I never, never lied you ..."), qui, encore aujourd'hui quand j'écris ces lignes, m'émeut au plus profond de moi-même.

Mais mon préféré, mon chouchou même, c'est le 1968 Comeback Special, à l'origine une émission enregistrée pour la chaîne NBC devant un auditoire restreint mais déchaîné et tout acquis à sa cause, où le King retrouvait en même temps que son public (il n'avait plus fait de scène depuis 10 ans) deux de ses musiciens historiques, le guitariste Scotty Moore et le batteur D.J. Fontana. Tout de cuir noir vêtu, au sommet de sa forme comme de son art, le King délivre une performance scénique et vocale absolument exceptionnelle, se reposant à peine, enchaînant les titres à toute vitesse. Ce show absolument ahurissant allie la simplicité, l'efficacité et l'énergie pure, fondements absolument essentiels sans lequel le rock'n roll n'est pas. Encore aujourd'hui, je suis tout simplement incapable d'écouter "Lawdy Miss Clawdy" ou "Are you lonesome tonight ?" sans en trembler d'émotion.

Et puis il y a cette voix, que tout le monde, mêmes les plus jeunes, nés bien après sa disparition, identifie immédiatement. Soyons honnêtes, combien de voix, toutes langues et cultures confondues, sont-elles ainsi instantanément reconnaissables dans le monde entier ? Pavarotti bien sûr, Edith Piaf, Freddie Mercury, Barbra Streisand, Elton John, Céline Dion, Whitney Houston ... et pas beaucoup d'autres.

Ah, cette voix !

Stutz Blackhawk III 1973, la dernière voiture du King
Stutz Blackhawk III 1973, la dernière voiture du King

Au pays du dollar tout-puissant, les choses sont finalement bien faites. D'un côté du Elvis Presley Boulevard, se trouve la maison que nous venons de visiter, lieu de recueillement et de mémoire et, de l'autre, bien séparés, les musées et surtout les boutiques, qui occupent à peu près la surface d'un hypermarché Carrefour.

Nous commençons par la collection de voitures du King. Il en a successivement possédé une centaine, en commençant par la Cadillac Fleetwood rose 1955 archi-connue. Sur cette photo, c'est la Stutz Blackhawk III qu'il conduisait lors de son dernier retour à Graceland dans la nuit du 15 au 16 août 1977. Il a aussi possédé une Rolls, une Ferrari Dino, une De Tomaso Pantera et, très brièvement, une Ford Mustang. Dans ce musée sont regroupés une vingtaine de véhicules lui ayant appartenu.

Un peu plus loin se trouve sa collection de motos. Car oui, le King se déplaçait à deux ou quatre roues, selon son humeur du moment.

Elvis a aussi possédé des véhicules nettement plus improbables : voiturettes de golf, buggies, etc.

Tenue de scène du King
Tenue de scène du King

Dans une autre pièce se trouvent de nombreuses collections d'objets ayant appartenu au King, à commencer par ses tenues de scènes. Celle de la photo date de l'époque où il a donné de nombreux concerts à Las Vegas, au début des années 1970. Il y en a plusieurs, assez similaires.

Une autre pièce montre ses bottes. Une galerie montre ses très nombreux disques d'or, de platine, etc.

Nous finissons par sacrifier au commerce, d'abord parce qu'il faut bien manger un peu, puis pour quelques souvenirs. J'ai donc maintenant dans mon bureau un mug Elvis, et dans mon armoire un t-shirt du show 1968 Comeback Special, évidemment.

L'intérieur du Lisa Marie, l'avion d'Elvis
L'intérieur du Lisa Marie, l'avion d'Elvis

Nos billets nous permettent d'aller voir les avions du King, nous y allons. Ils sont sur leur propre parking, non loin de l'endroit où nous avons pris la navette tout à l'heure. Il y en a deux, le plus connu étant un ancien Convair 880 de Delta Airlines racheté en 1975, puis reconditionné par le King et rebaptisé Lisa Marie, du nom de sa fille. L'intérieur a été complètement réaménagé, il y a une chambre avec un grand lit, un salon pouvant être transformé en chambre d'amis, deux petits cabinets de toilette et de la place pour les invités. Tout est luxueux, avec du cuir, des tissus précieux, du bois, de la marquetterie. Ce n'est pas Air Force One, mais ça y ressemble. Normal, c'est l'équipe de design de la précédente génération des avions présidentiels qui a refait l'aménagement intérieur du Lisa Marie. Il y avait même à bord une installation téléphonique reliée au sol, permettant d'appeler et d'être appelé en plein vol, une rareté en 1975.

A Memphis, même en plein coeur de l'hiver, le climat n'est pas vraiment rigoureux. Comme Lisa Marie, la fille du King, n'avait jamais vu la neige, un jour, son père l'a emmenée à bord du jet qui portait son nom jouer un moment dans la neige, profonde et abondante celle-là, du Colorado. Puis père et fille ont repris l'avion dans l'autre sens, tout simplement.

Seulement voilà, le Lisa Marie est resté bloqué dans un hangar à Fort Worth, Texas, pendant les travaux de restauration, qui ont quand même duré 6 mois. Pour effectuer les nombreux aller-retours entre Memphis et Fort Worth, Elvis a acheté un autre avion, plus petit celui-là. C'est le jet d'affaires Lockheed Jetstar garé à côté du Lisa Marie, que nous visitons aussi.

Notre visite de Graceland est terminée. Nous reprenons la voiture.

Sun Studio, la Mecque du rock'n roll
Sun Studio, la Mecque du rock'n roll

Nous n'allons pas bien loin. Notre arrêt suivant est à une douzaine de kilomètres, dans les faubourgs de Memphis.

En août 1953, un tout jeune homme de 18 ans pousse la porte du studio Sun et demande à enregistrer deux faces pour un acétate, un disque de démonstration. Plus tard, Elvis, puisqu'il s'agit encore de lui, dira qu'il souhaitait faire un cadeau à sa maman pour son anniversaire. Bien qu'elle vienne du King lui-même, cette explication est largement sujette à caution. En effet, nous sommes en août et sa maman est née en avril. De plus, il existait dans les années 1950 à Memphis d'autres endroits où enregistrer une simple démo, sans devoir payer le prix d'un studio professionnel avec des musiciens qui l'étaient tout autant. Une autre explication veut qu'Elvis, comme beaucoup d'aspirants-chanteurs de par le monde, espérait tout simplement être remarqué. Quoi qu'il en soit, après un court dialogue avec Marion Keisker, la secrétaire, Elvis enregistre ses deux titres et repart avec son acétate sous le bras. Plus tard, on retrouvera sur l'éphéméride de Marion Keisker, à côté des coordonnées d'Elvis, le commentaire "Bon chanteur de ballades. A garder".

Aujourd'hui, le Studio Sun est un musée, avec évidemment une boutique. Ca fait bien longtemps qu'on n'y enregistre plus rien, à part des bénéfices. Nous entrons par la boutique et prenons nos billets. On a du temps avant l'heure de la visite, juste assez pour quelques souvenirs. Mon mug Sun Studio vient de là.

Cette boutique n'est pas très grande. Vu le monde ce samedi après-midi, nous sommes un peu les uns sur les autres. Et encore, nous sommes fin septembre, en-dehors de toute période de vacances. Je n'ose même pas imaginer l'affluence un dimanche d'août !

Les murs de la boutique sont garnis de photos datant des années 1950, l'époque de gloire du studio. Il y a le fameux Million Dollar Quartet (Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Elvis, Johnny Cash), souvenir d'une session totalement impromptue en décembre 1956, mais que le très opportuniste Sam Phillips a communiquée comme étant l'événement musical du siècle.

On ne peut pas parler de Sun sans parler de Sam Phillips. Après divers petits boulots, Sam Phillips a créé le Memphis Recording Service en 1950, dans le but d'enregistrer "tout, partout, tout le temps" (c'était son slogan). Au début, pour générer du revenu, il enregistrait effectivement n'importe quoi : conférences, mariages, chorales, et même des cérémonies funéraires ! C'est à cette époque que le Memphis Recording Service s'est doté d'un équipement mobile, qui permettait à Sam d'aller enregistrer sur place des artistes qui n'avaient pas les moyens de louer le studio. De plus, à cette époque, surtout dans le Sud, la ségrégation était encore appliquée, et ne permettait pas aux artistes noirs d'enregistrer facilement dans des studios bien équipés. A sa manière, Sam Phillips a donc été acteur de l'intégration.

Dire que les débuts du Memphis Recording Service ont été compliqués est un doux euphémisme. Plus tard, quand même, Sam Phillips a pu créer son propre label, Sun Records. Studio d'enregistrement, production, sa palette d'activités s'élargissait petit à petit. Des disques sortaient, bien sûr, avec des fortunes diverses, mais rien de bien mémorable.

Puis c'est notre tour. Nous suivons notre guide dans un escalier étroit et montons directement à l'étage, où se trouve le musée.

A l'étage, nous voyons des vitrines de guitares et autres instruments de musique, ainsi qu'un ancien studio de radio récupéré lors d'un déménagement dans un Holiday Inn (oui, oui, un hôtel). On se souviendra que Sam Phillips, à ses débuts, avait été disc-jockey dans une station de radio et un des premiers investisseurs de la chaîne d'hôtels. Le monde est petit !

Sun Studio
Sun Studio

Elvis et Sam Phillips étaient faits pour s'entendre. L'un cherchait à se faire remarquer, l'autre voulait apporter le son de la musique afro-américaine à un public plus large, suffisamment riche pour acheter les disques, donc blanc. Des deux premiers acétates d'Elvis, il n'est rien sorti. Mais Sam Phillips avait du flair, et il était convaincu qu'il tenait enfin sa perle rare. Il a invité Elvis à une session d'enregistrement le soir du 5 juillet 1954. Le début de la séance, assez cadré par Sam Phillips, producteur professionnel et rigoureux, n'a lui non plus laissé aucune trace dans les mémoires. Jusqu'au moment où Sam, un peu dépité, a fini par dire à Elvis "Bon, ça ne fait rien, chante ce que tu veux".

Et là, la magie s'est déclenchée. Elvis a attrapé une guitare, s'est lancé dans une reprise complètement débridée d'un blues d'Arthur Crudup écrit en 1949, "That's all right (Mama)", Scotty Moore a suivi à la guitare, Bill Black à la basse, et les trois, complètement déchaînés et sans la moindre répétition, ont produit ce qui est aujourd'hui considéré comme le premier vrai titre de rock'n roll. Tout était prêt, le déhanchement du King, sa voix toute en nuances avec les intonations gospel de son enfance, les doigts nus de Bill sur les cordes de la contrebasse, la rythmique de Scotty tapant des doigts sur le bois de sa guitare, puisqu'il n'y avait pas de batterie. Quelques jours après, une station de radio de Memphis a passé le disque, les auditeurs ont commencé à appeler en masse en demandant qui était ce nouveau chanteur noir (il a fallu les détromper ...) à la voix unique, un single a été édité. Le reste appartient à l'histoire.

Nous sommes ici au milieu du studio. Il faut imaginer que, lors de la fameuse séance, nous aurions été parmi les musiciens, avec Elvis en train de faire le fou en sautant dans tous les sens avec sa guitare dans les mains, et Sam Phillips, tout sourire, passant la tête par la porte en disant "Vous faites quoi, là, les gars ? Refaites-moi le début, on enregistre !".

Le terme "rock'n roll" n'a pas été inventé ce soir-là. Des journalistes et chroniqueurs musicaux l'utilisaient déjà occasionnellement. Mais s'il fallait désigner un instant zéro de son existence, il faudrait remonter à tard dans la nuit du 5 juillet 1954.

Bien d'autres artistes ont enregistré au Sun Studio pour Sun Records : Jerry Lee Lewis, Carl Perkins (que j'ai eu la chance de voir à la télé un soir de juillet 1979 lors de mon tout premier voyage aux Etats-Unis), Johnny Cash, Roy Orbison, B.B. King, Howlin' Wolf ... Sun Records a fini par acquérir la réputation d'un label qui développait des jeunes talents, puis les laissait partir vers de plus grosses maisons de disques, Elvis chez RCA en 1956, par exemple. Et ce qui devait arriver arriva, un jour il n'y eut plus de jeunes talents à promouvoir, et Sam Phillips vendit sa société déclinante à Mercury en 1969.

Nous quittons le studio. Après un court passage par la boutique, nous ressortons et prenons quelques photos sur le parking. Puis nous reprenons la voiture jusqu'à notre étape suivante, un motel à moins de 3 kilomètres.

Lorraine Motel
Lorraine Motel

Le 4 avril 1968, j'avais sept ans et demi et, assez logiquement, j'ignorais qui était le Dr Martin Luther King, Jr., théologien, pasteur baptiste et promoteur de l'égalité raciale par la non-violence, suivant en cela l'exemple de Gandhi dans sa lutte pour l'indépendance de l'Inde. Je ne me suis intéressé à la vie, aux combats et à l'héritage du pasteur que beaucoup plus tard. A cette époque, il dirigeait la SCLC, la Southern Christian Leadership Conference, une association de prêtres noirs des Etats du Sud, destinée à promouvoir l'égalité des races et à obtenir la fin de la discrimination par des moyens pacifiques.

Nous sommes ici devant le Lorraine Motel, où il a été assassiné. La couronne est installée devant la chambre 306, qui avait fini par être surnommée la Suite Abernathy-King, à force de séjours fréquents à Memphis du pasteur et du trésorier de la SCLC Ralph Abernathy. Cette fois-ci, ils étaient venus soutenir les éboueurs, en grève pour revendiquer l'égalité de rémunération pour tous, ainsi que des conditions de travail équitables. Le pasteur profitait d'un rare moment de calme entre ses activités de la journée et un événement qui devait avoir lieu dans la soirée. Accoudé sur la rambarde à l'emplacement approximatif de la couronne, il constituait une cible assez facile pour James Earl Ray, posté à la fenêtre de la chambre qu'il occupait dans une pension de famille en face du Lorraine Motel. Il a suffi d'une seule balle, entrée par la joue droite et sectionnant la veine jugulaire, pour blesser très grièvement le pasteur. Immédiatement transporté au Saint Joseph Hospital et opéré, il a expiré moins d'une heure plus tard.

Par la suite, son autopsie révèlera que le pasteur souffrait d'une hypertrophie du muscle cardiaque non détectée jusque-là. Cette fatigue cardiaque sera attribuée au stress de 13 années passées à diriger le mouvement des droits civiques.

Deux mois après, Robert F. Kennedy, frère du Président assassiné à Dallas en 1963 et candidat à l'investiture Démocrate en vue des élections de 1968, était à son tour assassiné à Los Angeles. Curieusement, alors que je n'ai aucun souvenir de l'assassinat du Dr. King, je me souviens très bien de celui de RFK. La suite a été, dans mes souvenirs de gamin, une série sans fin d'émeutes, d'incendies et de brutalités diverses, sur fond de guerre du Vietnam chaque soir à la télé. La non-violence prônée par le pasteur semblait avoir été totalement emportée dans la tourmente de l'été 1968.

Aujourd'hui, le Lorraine Motel fait partie du National Civil Rights Museum attenant. La partie motel se visite, notamment la chambre 306. Mais nous sommes arrivés quelques minutes à peine avant la fermeture. Un employé nous dissuade de visiter le musée, au motif que nous n'aurions pas le temps d'en faire une visite décente. Le conseil nous semble raisonnable, nous le suivons, et retournons prendre des photos à l'extérieur.

Au fait, pourquoi s'appelait-il Lorraine Motel ? Construit dans les années 1920, il avait été racheté en 1945 par Walter Bailey, qui l'avait rebaptisé Lorraine, en référence à son épouse Loree, dont la chanson préférée était Sweet Lorraine, un standard de jazz de 1928.

En-dehors des activistes de la SCLC, le Lorraine Motel a été beaucoup fréquenté par les stars du rythm'n and blues qui allaient enregistrer aux studios Stax : Ray Charles, Aretha Franklin, Otis Redding, Wilson Pickett ...

Après la série de photos, nous reprenons la voiture et allons à notre hôtel, pas très loin de Graceland. Je ne le sais pas encore, mais cet emplacement va se révéler essentiel plus tard dans la soirée.

Beale Street
Beale Street

Après un peu de repos à l'hôtel, nous repartons dans le centre de Memphis, avec la ferme intention de passer la soirée sur Beale Street. Le parking est payant, mais facile, nous sommes garés tout près.

Après beaucoup de hauts et de bas, Beale Street est devenue depuis les années 1970 l'épicentre de la vie nocturne et musicale de Memphis. De nombreux styles s'y côtoient, afro-américains, mais pas uniquement : blues bien sûr, mais aussi rock, rythm'n and blues, un peu de jazz, un peu de country, il y en a pour tous les goûts.

Le hasard a très bien fait les choses. Nous débouchons dans Beale St par la 2ème Avenue. Juste en face de nous se trouve le B.B. King's Blues Club, l'un des endroits les plus emblématiques de la rue, qui appartenait à une des plus grandes stars du blues.

J'adore les noms des rues, dans ce quartier ! Nous croisons South B. B. King Boulevard puis Rufus Thomas Boulevard. C'est ... surprenant ! Ca m'étonnerait qu'il y ait un jour à Belleville une rue Eddy Mitchell ou à Nice un boulevard Dick Rivers, mais j'aimerais bien !

Nous sommes fin septembre, il fait bon, la promenade sur Beale Street est très agréable. De la musique sort de toutes les portes et de toutes les fenêtres. Certains endroits portent les noms de leurs stars de propriétaires : le Jerry Lee Lewis Café appartient bel et bien au Killer. The Withers Collection, un musée, est plus trompeur : il n'a rien à voir avec Bill Withers, il célèbre le travail d'Ernest C. Withers, un photographe qui a abondamment documenté la vie des afro-américains dans le Sud profond, pendant et après la ségrégation.

Finalement, la partie emblématique et musicale de Beale Street ne fait que deux blocs, pas plus, de la 2ème à la 4ème Avenue sud. A l'ouest, ce sont des parkings et des immeubles de bureaux jusqu'au Mississippi, et à l'est un décor urbain assez quelconque, immeubles bas, parcs, rien de vraiment notable. Mais ces deux blocs sont connus dans le monde entier, au point que, la nuit, ils deviennent une zone piétonne.

De la musique avant toute chose ...
De la musique avant toute chose ...

A un moment, il faut bien manger. Comme toujours aux Etats-Unis, la nourriture n'est jamais un problème, il y en a partout et tout le temps. Nous n'avons donc que l'embarras du choix. Nous cherchons un endroit où nous pouvons manger assis tout en écoutant de la musique. Nous finissons par échouer au Rum Boogie Café. La nourriture ne me laisse aucun souvenir particulier, elle ne devait rien avoir d'exceptionnel.

La musique, par contre, est top. Sur scène, un groupe au son très rockabilly enchaîne les standards des années 50-60. Le signe Stax au-dessus de la scène, du nom de la maison de disques lancée à la fin des annés 1950 par Jim Stewart et Estelle Axton, indiquerait plutôt un répertoire rythm'n blues, soul, funk, mais eux jouent rock, country, blues. Peu importe. Si le temps était immobile, j'y aurais bien passé la nuit !

Mais les meilleures choses ont une fin, y compris les soirées musicales. Nous reprenons la voiture et rentrons à notre hôtel.

Retour à Graceland
Retour à Graceland

Il me reste encore une ultime formalité à accomplir. Tout à l'heure, le portail de Graceland était ouvert, nous n'avions pas pu le prendre en photo. Comme je suis plutôt déterminé, je ressors, armé d'un simple téléphone. Graceland n'est pas très loin, 300 mètres à peine. Je prends quelques photos. A cette heure plutôt avancée, il n'y a personne, pas même une poignée de fans.