Mardi 19 septembre 2017 - La Nouvelle-Orléans

Le décalage horaire est là et bien là. Je me lève très tôt et pars en repérage dans l'hôtel. Au moins, mettons à profit ces quelques heures de sommeil qui manquent !

Notre hôtel, côté patio
Notre hôtel, côté patio

Cet hôtel date d'une époque révolue et ça se reconnait naturellement à son architecture. Non, pas le patio avec les bâtiments en U autour, ça c'est du classique. Plutot à la forme des fenêtres, des volets, des toits, qui rappellent plus ou moins les constructions victoriennes. Ceci dit, regardez l'appareil sous la bâche verte, au bord de la piscine. Oui, c'est bien ça, il sert à aider les personnes à mobilité réduite à descendre dans la piscine. Eh oui, l'hôtel a beau être historique, il n'en est pas moins conforme à nos très contemporaines normes d'accessibilité.

La maison de Fats Domino
La maison de Fats Domino

Nous n'avons finalement qu'une journée complète pour profiter de la Nouvelle-Orléans et de ses environs immédiats, alors forcément nous allons l'employer du mieux que nous pouvons.

Nous commençons par faire une halte devant la maison de Fats Domino, un artiste que j'admire énormément, pour son style très énergique au piano et sa faconde à nulle autre pareille. Ou plus exactement que j'admirais. Au moment où j'écris ces lignes, l'artiste est décédé, mais il était encore vivant lors de notre visite en septembre 2017, et je me reprocherai tout ce qui me reste à vivre de ne pas avoir osé sonner à sa porte. Etait-il seulement là ? M'aurait-il répondu ? M'aurait-il signé un autographe ? Ces questions resteront à jamais sans réponse. Je me console en réécoutant pour la énième fois Blueberry Hill et Ain't that a shame.

La maison se trouve dans le Lower Ninth Ward, une partie de la ville particulièrement meurtrie par l'ouragan Katrina en 2005. Au moment de notre visite, de nombreuses parcelles environnantes n'ont pas encore été reconstruites, et ces terrains à l'abandon donnent au quartier une sorte de tristesse très nostalgique particulièrement poignante, un peu comme si les âmes perdues des 1 800 et quelques disparus erraient encore autour de nous. La Nouvelle-Orléans n'est pas pour rien la ville du vaudou et d'autres croyances surnaturelles.

Champ de bataille de Chalmette
Champ de bataille de Chalmette

Encore quelques kilomètres, et nous arrivons au champ de bataille de Chalmette où le 8 janvier 1815 s'est tenue la toute dernière bataille de la guerre de 1812-1814 entre Britanniques et Américains. Comment ça, une guerre qui se termine en 1814 avec une bataille en janvier 1815 ? La contradiction n'est qu'apparente. A l'époque, les communications étaient loin d'être aussi performantes que de nos jours, et le Traité de Gand, bien que signé 18 jours auparavant, n'était pas encore ratifié par le Congrès américain, et encore moins connu par les belligérants sur le terrain. Profitant de ce vide juridique et diplomatique très temporaire, les Britanniques ont tenté une action de dernier ressort qui, si elle avait réussi, aurait créé un fait accompli en leur donnant le contrôle de l'embouchure du Mississippi et de tout le commerce sur le fleuve. On peut imaginer que l'expansion vers l'ouest des Etats-Unis aurait au minimum subi un très sérieux coup d'arrêt.

Mais l'assaut a été mal préparé et mal conduit, par des troupes et un commandement britanniques largement démobilisés. Les Américains ont profité d'un répit entre deux assauts pour fortifier un canal auparavant sans grande importance, qui séparait les troupes. Ils ont également érigé des levées de terre destinées à cacher et à protéger de nombreuses batteries d'artilleries dirigées directement sur leurs assaillants. Lorsque l'assaut a repris le matin du 8 janvier, les troupes britanniques ont littéralement été massacrées en moins d'une heure par l'artillerie américaine. Les débris de la puissante armée anglaise se sont regroupés puis ont définitivement quitté le sol américain, pour ne jamais y revenir.

Les deux canons de la photo se trouvent à l'emplacement des lignes de défense américaines, les troupes anglaises arrivant de droite. Bien entendu, en 1815, le grand chêne n'était pas encore là.

Monument de Chalmette
Monument de Chalmette

Situé au bout de l'allée qui mène au champ de bataille, juste devant le visitor center, ce monument se visite. On peut monter jusqu'en haut et, de là, profiter d'une vue à 360° sur l'ensemble du parc. On voit les traces du canal dont j'ai parlé un peu plus haut et on comprend pourquoi les Britanniques, sûrs de leur supériorité et pourtant cueillis à froid en plein brouillard alors qu'il faisait encore nuit par les tirs de barrage de l'artillerie américaine, n'avaient aucune chance.

La bataille n'a pas duré bien longtemps.

Un autre détachement britannique, guidé par des éclaireurs indiens, avait traversé le Mississippi dans le but de prendre à revers les batteries américaines. Mais devant l'étendue du désastre, ces troupes, de toute façon très insuffisantes pour changer le sort de la bataille, ne se sont pas engagées davantage.

Chêne centenaire
Chêne centenaire

Ce domaine n'est pas que le théâtre d'un affrontement militaire. Il est aussi un parc savamment entretenu, où de nombreuses plantes aux fleurs multicolores cohabitent avec des chênes centenaires, dont la mousse qui pend aux branches est typique du sud des Etats-Unis. Nous en reverrons d'autres un peu plus tard dans ce voyage.

Le petit bâtiment jaune derrière le chêne est le visitor center. Après avoir vu un portait du Président Andrew Jackson dans le hall, j'ai engagé la conversation avec une jeune ranger à son sujet. La présence de son portait est logique. Lorsqu'il était militaire, Andrew Jackson a eu en charge le commandement des troupes américaines lors de la bataille de 1815. Ayant de sérieux doutes quant à la loyauté des habitants de la Nouvelle-Orléans, en grande partie d'origine créole ou hispanique, il n'a pas hésité à proclamer la loi martiale et à l'appliquer. Plus tard, il a laissé le souvenir d'un Président qui, contrairement aux six qui l'avaient précédé, n'hésitait pas à prendre des positions très clivantes ... un peu comme l'occupant actuel de la Maison-Blanche. Sur cette comparaison de ma part, la ranger a souri et a prudemment (et adroitement !) éludé le sujet.

Un peu plus tard, j'ai discuté avec un autre ranger volontaire habitant le quartier, qui m'a expliqué que, lors de l'ouragan Katrina en 2005, bien entendu le parc avait été fermé. Il faut dire qu'avec 1 à 2 m d'eau sur l'ensemble du domaine, il n'était pas question d'une quelconque activité. Le visitor center lui-même avait été complètement réhabilité par la suite.

Maison Malus-Beauregard
Maison Malus-Beauregard

La maison Beauregard, parfois appelée Malus-Beauregard, de la photo, est une propriété édifiée dans les années 1830, dans le style classique à colonnes typique des plantations du sud des Etats-Unis. Construite bien après la bataille de Chalmette, elle n'a pas pu en être le témoin. Elle a été successivement occupée par une veuve, puis le juge Beauregard et ses descendants ... mais jamais par des planteurs. Elle est depuis 1949 la propriété du NPS, l'administration des Parcs Nationaux, et a été complètement restaurée en 1965, grâce à des donations. Elle a été de nouveau mise à mal par l'ouragan Katrina en 2005, et de nouveau restaurée. Elle se visite en partie.

A propos de Katrina ... Bien que situé en bordure du Mississippi, ce champ de bataille n'a pas été inondé suite à la rupture des digues qui bordent le fleuve, mais d'autres digues situées beaucoup plus haut, principalement le long du Canal Industriel, entre les quartiers de Saint-Claude et du Lower Ninth Ward, où nous étions tout à l'heure, près de la maison de Fats Domino. Les digues locales n 'ont jamais cédé. Plus tard, pour prévenir au mieux les dégâts d'autres ouragans à venir (Katrina n'était plus qu'un ouragan de catégorie 3 sur une échelle de 5, lorsqu'il a ravagé la Nouvelle-Orléans), elles ont cependant été réhaussées et renforcées.

Le Creole Queen sur le Mississippi
Le Creole Queen sur le Mississippi

Nous avons rejoint les bords du Mississippi tout proche par un agréable chemin sous les arbres, puis le long de la digue. Le Creole Queen, un navire traditionnel à aubes qui propose des excursions à la journée, est ancré à la jetée donnant accès au domaine. Une des excursions au départ de la Nouvelle-Orléans propose en effet une visite du domaine, suivie d'un déjeuner-buffet à bord, puis d'un retour en centre ville.

Au fait, savez-vous pourquoi les navires traditionnels du Mississippi présentent tous cette construction spécifique ? Tout simplement parce que ce fleuve, bien que plus ou moins dompté par des digues sur l'essentiel de son cours, reste assez capricieux, alternant crues et périodes de mortes-eaux. Lorsque le niveau est au plus bas, seul un bateau à très faible tirant d'eau, de 1 à 2 m, peut naviguer, et les hélices des navires traditionnels ne sont dans ce cas d'aucun intérêt. Seules les roues à aubes, situées sur les côtés ou, dans le cas du Creole Queen, à l'arrière du navire, permettent de réduire suffisamment le tirant d'eau.

Un autre chêne centenaire
Un autre chêne centenaire

Après une visite chargée d'histoire, nous continuons notre promenade dans le parc. Sur une pelouse immaculée, nous voyons plusieurs chênes centenaires, ainsi que de nombreuses plantes aux fleurs de couleurs vives.

Echassiers
Echassiers

Un peu plus loin, nous longeons un ancien canal servant de limite au parc. En passant sous les arbres, nous arrivons à voir ces échassiers dans leur milieu naturel. Nous sommes pourtant tout près d'une grande ville.

Puis nous quittons le parc et regagnons la Nouvelle-Orléans. Avant de poursuivre notre découverte à pied, nous déposons notre voiture à l'hôtel. Plus de problème de parking !

Peinture murale, la Nouvelle-Orléans
Peinture murale, la Nouvelle-Orléans

Dans une petite rue tout près de notre hôtel, nous voyons cette magnifique peinture murale. La boucle d'oreille de cette dame fait référence au 8th ward, un des quartiers défavorisés du centre de la Nouvelle-Orléans. Un peu comme Paris est divisé en arrondissements ou New York en boroughs, la Nouvelle-Orléans est divisée en 17 wards. Utilisés pendant très longtemps pour délimiter les circonscriptions électorales, les wards sont tombés en désuétude administrative depuis 1912. Les habitants de longue date y trouvent cependant leurs racines et y restent donc sentimentalement très attachés. Tout comme un parisien dira "Je suis de Belleville" ou un new-yorkais "Je suis du Upper West Side", un habitant d'ici dira par exemple "Je suis du 5th ward".

Parc Louis Armstrong
Parc Louis Armstrong

Nous partons ensuite visiter le parc Louis Armstrong. Pas besoin de rappeler que la Nouvelle-Orléans est le berceau du jazz, cette musique populaire d'origine afro-américaine née à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. Le jazz se caractérise par l'improvisation. Un morceau de jazz comprend une ligne mélodique et harmonique commune, puis chaque interprète improvise à partir de cette ligne commune une partie qui lui est propre, le groupe reprenant au final la ligne d'ensemble. Sous cette forme simple et flexible permettant à tous de s'exprimer facilement, il n'est pas étonnant que le jazz ait rapidement rencontré un grand succès populaire.

Là où cette photo a été prise, juste derrière nous, se trouve Congo Square. A l'époque coloniale française, puis espagnole, le dimanche était traditionnellement jour de congé, y compris pour les esclaves afro-américains. Ils se regroupaient nombreux sur la place, parfois plusieurs centaines, pour discuter, échanger des nouvelles, vendre ou acheter des marchandises, chanter, danser. De peuples aux origines très diverses est donc née une unité culturelle afro-américaine, transcendant les langues, les croyances et les traditions. On peut aller jusqu'à dire que l'identité afro-américaine est en grande partie née de ces rassemblements dominicaux impromptus de Congo Square.

Plus tard, les Etats-Unis ont imposé des pratiques bien plus contraignantes à leurs esclaves et, plus d'une décennie avant la proclamation de l'émancipation en 1863, les rassemblements à Congo Square avaient cessé. Ils n'ont repris que beaucoup plus tard, vers la fin du 19ème siècle, essentiellement pour des concerts de groupes de musiciens. Le jazz est donc né à Congo Square.

S'agissant d'un Etat du Sud, les communautés afro-américaines n'ont pas toujours eu voix au chapitre sur leur propre patrimone historique, culturel et identitaire. Après plusieurs changements de nom, un projet de rénovation urbaine ayant détruit une grande partie du quartier de Tremé, où se trouve le parc, dans les années 1960, et différentes hésitations politiques, le parc Louis Armstrong a vu le jour. Il a été le théâtre du tout premier New Orleans Jazz & Heritage Festival en 1970, une célébration musicale, culturelle, culinaire, historique et patrimoniale. Juste compensation, Louis Armstrong, décédé en 1971, a donc su qu'un parc portait son nom dans sa ville natale.

Lézard
Lézard

Continuant notre promenade, nous croisons ce lézard sur une vieille souche. Il s'est figé juste le temps d'une photo.

Louis "Satchmo" Armstrong
Louis "Satchmo" Armstrong

En toute logique, le parc Louis Armstrong rend hommage au trompettiste, surnommé Satchmo. Au fait, pourquoi Satchmo ? C'est la contraction de "Satchel Mouth" qui signifie, en gros, "bouche-en-sac", une référence à la bouche particulièrement large de l'artiste. Une légende veut que, lorsque l'adolescent Louis jouait pour quelques pièces dans les rues et les bordels (oui, oui ...) des quartiers chauds de la Nouvelle-Orléans, il planquait les pièces dans sa bouche pour éviter de se les faire voler. Une autre légende fait de ce surnom une simple référence à une caractéristique physique particulièrement visible. Qui sait, l'une de ces légendes est peut-être vraie !

Sidney Bechet
Sidney Bechet

Le parc rend également hommage à Sidney Bechet, un emblématique clarinettiste plus ou moins autodidacte qui a vécu ses dix dernières années en France, moins pour fuir la discrimination toujours en vigueur aux Etats-Unis que la pauvreté. Il n'a en effet connu un très réel succès que bien après la quarantaine.

Un peu plus loin, le parc inclut aussi le théâtre Mahalia Jackson, dont le nom est un hommage à cette très grande chanteuse de gospel.

Parc Louis Armstrong
Parc Louis Armstrong

En dehors de son intérêt historique et musical, le parc Louis Armstrong est une agréable promenade, avec des chemins ombragés, d'autres un peu moins, des pièces d'eau traversées par des ponts ... En plein centre ville, avant d'aller plonger volontairement dans la frénésie du Quartier Français, c'est très reposant.

Notre hôtel côté rue
Notre hôtel côté rue

Nous ressortons du parc par une rue latérale qui nous ramène juste devant notre hôtel. Le bâtiment date de 1872. Avant d'être un hôtel, c'était un lycée pour étudiants apprenant le français. Il est limitrophe du Quartier Français, que nous n'allons pas tarder à découvrir. En plein centre de la Nouvelle-Orléans, il est idéalement placé. Les chambres sont petites, mais nous n'y sommes de toute façon que pour dormir, il y a tellement à voir. Et il a un parking !

Rue St Ann, Quartier Français
Rue St Ann, Quartier Français

Nous commençons notre découverte du Quartier Français de la Nouvelle-Orléans. Hier soir, nous n'y avons fait qu'une assez brève incursion, avant tout pour chercher à manger. Là, nous avons la ferme intention d'y passer l'après-midi.

Déjà, pourquoi s'appelle-t-il Quartier Français, ou parfois Vieux Carré ? Lorsque Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, chargé par le roi de France, de développer une colonie royale en Louisiane, a fondé la Nouvelle-Orléans en 1718, c'est ici qu'il s'est installé. Il a choisi pour les premières rues des noms de saints (sainte Anne, saint Philippe, saint Pierre), de congrégations religieuses (Ursulines), de villes (Toulouse, Chartres) ou rendu un peu obséquieusement hommage à la famille régnante (Royal, Dauphine et, bien entendu, Bourbon).

Eloigné des digues du Canal Industriel, mais proche des énormes digues bordant le Mississippi, qui n'ont jamais cédé, le Quartier Français a subi en 2005 des dégâts plus légers que d'autres quartiers. Rien à voir avec la très déprimante désolation du Lower Ninth Ward de ce matin ! C'est donc un quartier en relativement bon état de conservation que nous découvrons.

Bourbon Street
Bourbon Street

La rue la plus emblématique du Quartier Français est incontestablement Bourbon Street. Ce n'est pas forcément là que l'on trouve l'architecture la plus remarquable (que pensez-vous des balcons en fer forgé très finement ouvragés au coin de Royal et St Peter ?), mais là n'est pas l'essentiel. Cette rue n'est pas non plus à l'origine du nom d'un célèbre spiritueux. Elle se distingue parce qu'elle est le centre névralgique de la vie nocturne de tout le quartier, et même de toute la ville. Dès que le soleil est couché, et parfois même un peu avant, Bourbon Street s'anime, les bars ouvrent toutes grandes les portes, et aussi les fenêtres, les visiteurs affluent, se mêlant aux locaux, et la musique, ou plus exactement les musiques, hurlent à plein volume. Le tranquille bruissement du milieu d'après-midi devient ainsi une sorte de bruyante frénésie totalement incontrôlable et incontrôlée, mêlant rock, blues, country, toutes sortes d'autres musiques venues d'un peu partout et, évidemment, jazz.

Passer une soirée sur Bourbon Street, c'est aussi comprendre pourquoi la Nouvelle-Orléans est surnommée "The Big Easy", la Grande Facile. C'est tout un art de vivre, comme si les lendemains n'existaient pas, que la musique ne s'arrêtait jamais, et que les vicissitudes du quotidien étaient suspendues à l'entrée de la rue. Bourbon Street est un vortex culturel et sociologique.

Ne nous voilons pas la face non plus. Lorsque la réalité reprend ses droits, disons par exemple le lendemain matin, on voit la pauvreté (le nombre de SDF est hallucinant !), la saleté et le dénuement. Au fait, pourquoi les touristes (y compris moi) sont-ils presque tous blancs ?

Cathédrale Saint Louis
Cathédrale Saint Louis

Au bout du Quartier Français, un peu avant Decatur Street puis le Mississippi, il y a Jackson Square. Rien à voir avec Michael, le nom vient du général Andrew Jackson, vainqueur de la bataille de 1815 dont nous avons déjà parlé, et futur 7ème Président des Etats-Unis. A l'époque coloniale française, elle s'appelait Place d'Armes, elle a été rebaptisée en 1815. Elle a été conçue sur le modèle architectural de la Place des Vosges, à Paris.

A l'extrémité de cette place, face au Mississippi, se trouve la cathédrale Saint-Louis, ainsi nommée en l'honneur du roi de France Louis IX. C'est le troisième édifice sur le même site. Les deux premiers ont été perdus en 1788 suite à un incendie pour le premier, et vers le milieu du 19ème siècle pour le second, pour faire place à la cathédrale actuelle, beaucoup plus grande.

Puis nous flânons un moment dans le quartier, descendant Decatur Street jusqu'au visitor center du parc Jean Lafitte, un ensemble de sites historiques comprenant notamment le champ de bataille vu ce matin. Bien que de taille assez restreinte, ce visitor center est vraiment très bien fait, très complet, très détaillé. Le passionné d'histoire que je suis y trouve nombre d'informations sur l'origine de la ville, son histoire complexe et ses personnages controversés. Jean Lafitte était ce qu'il faut bien appeler un pirate, opérant dans le Golfe du Mexique dans les premières années du 19ème siècle, avant tout pour son propre compte, sans allégeance à aucune nation précise, si ce n'est un très hypothétique Royaume de Barataria autoproclamé. Son statut de héros local emblématique vient du fait qu'il a facilité, par ses multiples trafics érigés en soutien logistique, la victoire d'Andrew Jackson en 1815. Sa biographie comporte bien des pages blanches, que la tradition orale a suppléées par de nombreuses légendes, faisant de lui une sorte de Robin des Bois local.

Tramway historique
Tramway historique

Plus tard, nous remontons Canal Street, qui délimite le Quartier Français. Je cherche une boutique de téléphones pour acheter une carte prépayée. En effet, je ne fais absolument aucune confiance aux accords extrêmement fluctuants entre opérateurs français et américains. De plus, maintenant que Passion USA, le voyagiste spécialiste des Etats-Unis sur mesure, est devenue réalité, j'ai besoin d'être joint pour raisons professionnelles. Et enfin, ne serait-ce que pour le GPS embarqué, j'ai besoin d'un accès internet important, rapide et stable. Je finis par trouver mon bonheur chez un petit distributeur T-Mobile. Puis le décalage horaire présente de nouveau sa créance et nous rentrons à l'hôtel.

Un peu plus tard, je m'aperçois que j'ai oublié de faire activer une option, et je dois faire au plus vite l'aller-retour chez T-Mobile. Au retour, je me fais littéralement rincer, le terme n'est pas trop fort, par un orage de proportions bibliques. J'arrive absolument trempé à la chambre !

En soirée, l'orage est terminé et nous sortons passer la soirée sur Bourbon Street. Nous mangeons des burgers absolument délicieux (rien à voir avec la traditionnelle junk-food des chaînes bas de gamme, suivez mon regard !) dans un un petit restaurant qui ne paye pas de mine, qui sent la graille au point que nous allons devoir changer de vêtements, mais où la nourriture est top et la bande-son (soul, rythm and blues, rock ...) encore meilleure. Marie déplore juste la climatisation qui lui souffle un air glacial en pleine tête.

Un peu plus tard, nous passons par plusieurs bars de Bourbon Street. Dans le premier, le pianiste me fait le plaisir de jouer une chanson de Bob Seger, We've Got Tonight. Comme quoi, à la Nouvelle-Orléans, il n'y a pas que du jazz. Dans le second, le pianiste se prend manifestement pour Jerry Lee Lewis et, faute de massacrer son instrument, ajoute un jeu de scène complètement délirant à une exécution aussi personnelle qu'irréprochable de nombreux classiques rock. A un moment, profitant d'un break où son groupe joue sans lui, il passe par la fenêtre pour presque aussitôt rentrer par la porte, comme si de rien n'était. A côté de ce paquet d'énergie débridée, Jerry Lee lui-même, Little Richard et Elton John passent pour des petits garçons très calmes.

Puis nous rentrons à l'hôtel, pour de bon cette fois-ci.