Jeudi 24 septembre 2015 - Dallas, le dernier jour de JFK

C'est notre tout dernier jour de ce voyage. Ce soir, nous dormons dans l'avion. C'est pour ça qu'il n'y a pas d'icône "hôtel" en haut de cet article. Mais vous l'aviez remarqué, c'est sûr.

A propos de retour, Marie commence sa journée en refaisant nos deux grands sacs. Nous avons quand même acheté quelques souvenirs, dont mes bottes western, et il faut que tout rentre. Ce n'est pas gagné, surtout avec une limite de 23 kg par sac, mais au prix de quelques contorsions, Marie arrive à tout caser quand même.

Le programme de cette journée est simple :

Pour un décollage à 15h20, compte tenu des formalités de sécurité, de l'éloignement du parking des locations de voiture, du plein à refaire et des embouteillages toujours possibles entre le centre de Dallas et l'aéroport, soit une trentaine de km, ça nous laisse une grosse matinée. C'est bien.

J'allais oublier ... Il fait beau et chaud, mais ça, au Texas fin septembre, c'est habituel.

Gaufre en forme de Texas, Best Western, Dallas, TX
Gaufre en forme de Texas

Dire que les Texans sont fiers de leur identité est un doux euphémisme. Au petit déjeuner, les gaufres ont la forme très caractéristique de l'Etat du Texas. Nous n'avons vu ça dans aucun autre Etat, pas même dans le Colorado ou dans le Wyoming, dont les formes auraient pourtant été bien plus faciles à reproduire, puisque ce sont de simples rectangles.

Puis nous quitons l'hôtel. Nous n'avons que quelques kilomètres à parcourir pour aller dans le centre de Dallas. Comme dans toute grande ville, je redoute les problèmes de parking. J'ai tort. Nous trouvons tout de suite un parking souterrain, exactement là où nous voulions. Il est immense et ne manque pas de places libres.

Mémorial John F. Kennedy, Dallas, TX
Mémorial John F. Kennedy

Nous sortons du parking sur Main Street, comme son nom l'indique l'artère principale du centre de Dallas.

Notre premier arrêt est pour le Mémorial John F. Kennedy, sur la place du même nom, à moins de 300 m du lieu de l'attentat. C'est un monument composé de deux ensembles symétriques de colonnes de béton reposant sur huit pieds posés sur le sol. Personnellement, je trouve l'hommage rendu au président assassiné un peu quelconque.

Au milieu du cénotaphe, une plaque rappelle en quelques paragraphes ce qu'a été la vie du 35ème président.

Main Street, centre ville de Dallas, TX
Main Street, centre ville de Dallas

Toujours sur Main Street, je remarque un petit groupe de personnes derrière un étal mobile. Ce sont des organisateurs de visites guidées. Après avoir bien vérifié que leur horaire est compatible avec notre avion, nous nous inscrivons. Il nous reste un peu de temps avant le départ de la visite, nous allons chercher l'endroit exact où le président a été assassiné.

Main Street est une avenue assez large, à double sens. Ce vendredi 22 novembre 1963, après avoir quitté l'aéroport de Love Field et être entré dans le centre ville de Dallas par North Harwood Street, le cortège présidentiel aurait très bien pu se contenter de descendre Main Street et de passer sous le triple viaduc du chemin de fer à son extrémité avant de rejoindre l'Interstate 35E pour se rendre au Market Center, où le président devait participer à un déjeuner avec des notables et des hommes d'affaires de Dallas. Pour une raison difficile à expliquer, le trajet a été modifié, faisant passer le cortège juste au pied du dépôt de livres scolaires du Texas, où était posté Lee Harvey Oswald.

Le premier coup de feu n'a pas encore été tiré que déjà, les théories de la conspiration s'en donnent à coeur-joie ... Pourquoi ce changement de trajet ? Qui en a été informé ? Quand ? Par qui ?

Le dépôt de livres scolaires où était posté Oswald, Dallas, TX
Le dépôt de livres scolaires où était posté Oswald

Le dépôt de livres scolaires du Texas occupait cet immeuble à l'angle de Houston Street et Elm Street. Le virage est très serré et impose un très fort ralentissement au cortège, avant de pouvoir reprendre un peu de vitesse dans la descente de Elm Street. C'est un endroit idéal pour une embuscade.

Armé de son fusil, Lee Harvey Oswald est posté à la fenêtre la plus à droite à l'avant-dernier étage du bâtiment. Le cortège arrive à très faible vitesse sur Houston Street. Idéalement placé, face au président, Oswald a tout le temps de tirer. Or, il n'en fait rien. Il attend que le cortège ait tourné sur Elm Street. Il est maintenant derrière le président, dont la limousine découverte reprend un peu de vitesse. Il est donc beaucoup moins bien placé. La question qui se pose devient évidente : est-il le seul tireur, ou fait-il, consciemment ou non, partie d'une équipe ?

La thèse du procureur Garrison, qui évoque un feu croisé triangulaire avec un tireur dans le dépôt de livres, Oswald, un second à l'écart sur la droite de la Dealey Plaza et un troisième sur le triple viaduc du chemin de fer, mérite d'être prise en compte. Elle implique une bien meilleure précision de tir, qui ne laissait aucune chance au président.

Décidément, 52 ans après, on n'en a pas fini avec les théories de la conspiration.

Elm Street, lieu de l'assasinat de Kennedy, Dallas, TX
Elm Street, lieu de l'assasinat de Kennedy

Nous descendons Elm Street du croisement de Houston Street au viaduc du chemin de fer, soit à peu près 150m. Sur le bitume figurent trois grandes croix blanches, qui représentent l'endroit où se trouvait le président au moment de chacun des trois tirs d'Oswald. La première balle manque le président. La seconde traverse son torse puis blesse sérieusement le gouverneur du Texas John Connally, assis devant lui. C'est la fameuse "balle magique", dont la trajectoire reste encore aujourd'hui sujet de très vives controverses. La troisième balle fait éclater la tête du président.

A l'allure à laquelle le cortège est reparti du croisement de Houston Street et Elm Street, un tireur d'élite bien placé avait tout le temps d'ajuster ses tirs. Seulement voilà, Oswald n'était plus si bien placé que ça et, de plus, ses aptitudes au tir de précision sont elles-mêmes sujettes à controverse. S'il a bien appartenu au corps des Marines, c'était principalement comme opérateur radar et non comme tireur d'élite. Ses scores aux épreuves de tir faisaient de lui un tireur de précision, un niveau inférieur.

Lee Harvey Oswald est donc à lui tout seul le sujet de multiples interrogations.

Portique à droite de Dealey Plaza, Dallas, TX
Portique à droite de Dealey Plaza

Le côté nord de la Dealey Plaza est bordé d'un coteau recouvert d'une pelouse. Derrière se trouve le parking de ce qui était à l'époque le dépôt de livres scolaires du Texas. Toute la pelouse était recouverte de spectateurs. Abraham Zapruder, l'auteur du fameux film 8 mm qui montre en direct l'assassinat du président, se tenait sur un plot en ciment, au bord de Elm Street. Le coup fatal a atteint le président pratiquement devant lui. Dès lors, l'intérêt policier, politique et historique de ces 26 secondes de film devient évident.

Le portique de la photo existait déjà en 1963, de même que les arbres épais, même s'ils étaient dans doute un peu moins hauts.  Il est assez facile pour un tireur de se cacher derrière le portique, ou à gauche derrière le petit mur, puis de s'échapper par le parking, et ensuite par les voies de chemin de fer toutes proches, une fois l'attentat exécuté. Cette théorie, qui n'a jamais été prouvée, présente l'intérêt d'un emplacement surélevé, bien placé, bien dissimulé, disposant d'une échappatoire assez simple. C'est celle du procureur Garrison, largement développée dans le film JFK d'Oliver Stone.

Elm Street, c'est ici que le coup fatal a atteint le Président, Dallas, TX
Elm Street, c'est ici que le coup fatal a atteint le Président

Je profite d'une accalmie dans le trafic sur Elm Street pour vous montrer l'endroit où la troisième balle a atteint le président en pleine tête. Je tourne le dos au triple viaduc du chemin de fer. Il est possible, mais non prouvé, que le troisème tireur, s'il a existé, se soit tenu sur ce viaduc. Là aussi, l'endroit est relativement discret, protégé par les balustrades du viaduc, très bien placé, juste face au cortège, et dispose d'une échappatoire pratique, puisque les voies de chemin de fer traversent tout Dallas.

Lorsque la Commission Warren a entendu les nombreux témoins de l'assassinat, le nombre de coups de feu a été extrêmement variable, trois, quatre, cinq, une rafale ... Le chiffre de trois officialisé dans le rapport représente donc un consensus vraisemblable plus qu'une absolue certitude.

Après cette promenade à pied, il est temps de rejoindre notre visité guidée en minibus, sur les traces du dernier voyage de John Fitzgerald Kennedy.

La visite se déroule en deux parties. La prémière reprend une bonne partie de l'itinéraire du cortège présidentiel sur Main Steet, Houston Street et Elm Street. La seconde suit les traces d'Oswald depuis le lieu de l'attentat jusqu'à son arrestation.

Chambre de Lee Harvey Oswald, Dallas, TX
Chambre de Lee Harvey Oswald

Nous passons tout près de la gare routière Greyhound, où Oswald était monté dans un bus pour quitter le centre de Dallas. Se ravisant à cause des embouteillages, il était rapidement descendu du bus, puis avait pris un taxi pour le ramener dans la chambre qu'il occupait dans une maison familiale un peu à l'écart du centre de Dallas. Là, il avait rapidement rassemblé quelques affaires puis était reparti à pied.

Un peu plus loin, nous passons devant ce qui était en 1963 la prison du Comté de Dallas, où Oswald aurait dû être emprisonné s'il n'avait pas été assassiné à son tour au siège de la police de Dallas par Jack Ruby au moment de son transfert.

La photo ci-dessus a été prise dans la minuscule pièce qu'occupait Oswald. Après sa séparation d'avec Marina, son épouse soviétique (ils étaient en instance de divorce, à ce moment), il avait en effet dû louer cette petite chambre. La personne avec moi est la petite-fille de sa logeuse, qui avait 11 ans à l'époque. Elle se souvient avoir quitté l'école prématurément ce jour-là, puis avoir vu Oswald attendre le bus près de la maison.

Le cinéma où Oswald a été arrêté, Dallas, TX
Le cinéma où Oswald a été arrêté

Un peu plus loin, nous passons à l'endroit où Oswald a tué l'officier de police J. D. Tippit, qui commençait à lui poser quelques questions bien précises. A ce moment, l'assassinat du président était diffusé en boucle sur toutes les radios, et un rapide portrait-robot du suspect avait été fourni à la police. Oswald était donc forcément un peu nerveux, ce qui l'a conduit à commettre des erreurs et à laisser des traces.

Plus loin, nous passons devant le Texas Theatre, le cinéma où Oswald avait eu l'idée, au demeurant pas si stupide que ça, d'aller se cacher. Mais, entrant sans payer par la sortie, il s'est fait remarquer et a été reconnu. La police a alors encerclé le cinéma et interrompu la séance. Oswald a été arrêté après une brève résistance, puis conduit au siège de la police de Dallas pour y être interrogé. Dans un premier temps, il a été inculpé du meurtre de l'officier de police Tippit, puis, rapidement, de celui du président.

La célèbre photo d'Oswald et de son arme, Dallas, TX
La célèbre photo d'Oswald et de son arme

Notre dernier arrêt est à l'ancienne maison d'Oswald, avant sa séparation d'avec Marina. Nous n'entrons pas dans la maison elle-même. Nous allons directement dans l'arrière-cour.

Cette reproduction que je tiens en mains est celle de la très célèbre photo d'Oswald avec son fusil. Vous reconnaissez cette barrière derrière moi, ainsi que l'escalier en bois ? Pas d'erreur, nous sommes à l'endroit même où cette photo a été prise.

Le fusil utilisé par Oswald est un Carcano 91/38, une arme de tir de précision à un coup. Ce n'est pas une arme automatique capable de tirer en rafale. Les tireurs d'élite adorent ce genre de fusil car, surtout lorsqu'on lui ajoute une lunette de visée, ce qui était le cas de l'arme achetée par Oswald, il donne un tir d'une grande précison. Coup par coup, précision ... une arme idéale pour assassiner un président.

La maison est fermée et à l'abandon. En dépit de son rôle historique certain, il ne semble pas que sa préservation suscite un quelconque intérêt. Il est possible qu'elle ne soit plus là la prochaine fois que nous viendrons à Dallas.

Nous reprenons le minibus de la visite, qui nous ramène en centre ville de Dallas. En chemin, notre guide nous montre une vidéo, qui rappelle de façon assez étonnante les coïncidences (mais au fond, sont-ce de simples coïncidences ?) entre l'assassinat de Lincoln en 1865 et celui de Kennedy presque 100 ans plus tard. Je n'avais pas fait le rapprochement, mais les deux présidents ont eu pour successeur leur vice-président, un homme nommé Johnson (Andrew Johnson après Lincoln, Lyndon Johnson après Kennedy), et dans les deux cas, on ne peut pas dire que le successeur en question ait laissé des traces indélébiles dans l'histoire.

Troublant, n'est-ce pas ?

Prêts à partir, aéroport de Dallas-Fort Worth, TX
Prêts à partir, aéroport de Dallas-Fort Worth

Nous retournons au parking récupérer la Camaro puis prenons la route de l'aéroport. Un peu par hasard, notre itinéraire nous fait passer assez près de quelques endroits historiques.

  • Le croisement entre Houston Street et Elm Street : il est effectivement très serré et se passe au ralenti.
  • L'entrée de la Stemmons Freeway (Interstate 35E) : sur la droite, c'est vrai qu'elle est bien plus facile à prendre lorsque l'on vient de Elm Street, elle-même la plus à droite des trois rues qui passent sous le triple viaduc du chemin de fer, que de Main Street, qui est au centre. Les théories de la conspiration en font peut-être un peu trop sur ce point.
  • Le Market Center : tout proche de l'hôtel où nous avons dormi (c'est un hasard ...), c'est là que le président était attendu par une assemblée de notables, d'élus locaux et de personnalités du monde des affaires, pour participer à un déjeuner et prononcer son discours. Nous étions en effet dans les prémices de la campagne électorale à venir de 1964, qui a vu l'élection de Lyndon Johnson.
  • L'hôpital de Parkland, où le président a été déclaré mort à 13h locales, soit 30 minutes après l'attentat. De toute façon, vu ses blessures, il n'y avait absolument rien que la médecine puisse faire.

Je refais une toute dernière fois le plein à l'entrée de l'aéroport, puis nous nous séparons de la Camaro. Ce n'était pas la Mustang que je voulais mais ce n'est pas très important, j'ai adoré cette voiture, tout comme nous avons adoré traverser l'Ouest en décapotable.

Puis ce sont les formalités habituelles d'enregistrement et de sécurité. A notre grande surprise, les deux sacs, pourtant à l'extrême limite du poids autorisé, sont acceptés sans aucune difficulté.

Notre vol direct vers Paris Charles-de-Gaulle est censé être à l'heure. Pendant que nous attendons en salle d'embarquement, j'ai le très grand plaisir de parler une dernière fois à mon ami de Sedona, retrouvé il y a deux semaines après un quart de siècle.

En vol au-dessus du Texas
En vol au-dessus du Texas

Notre vol décolle effectivement à l'heure. Il fait beau au-dessus du Texas. Nous regardons une dernière fois ces paysages où nous venons de passer quatre semaines complètes. Déjà, les souvenirs se bousculent dans nos esprits.