Mercredi 23 septembre 2015 - San Antonio, The Alamo

Ce matin, c'est le grand beau temps sur San Antonio. Ici, l'automne est nettement plus chaud que l'été à Paris. Après le petit déjeuner et le rituel skype avec ma mère, Marie refait les bagages et nous partons visiter l'Alamo. Je me suis arrangé avec l'hôtel, nous pouvons laisser la voiture sur leur parking.

La sciatique de Marie a refait des siennes une partie de la nuit. Bien que l'Alamo ne soit pas très loin, pour éviter de trop marcher, et sur recommandation du réceptionniste de l'hôtel, nous prenons le bus touristique du centre ville.

Le fronton de l'église, The Alamo, San Antonio, TX
Le fronton de l'église, The Alamo

Bien que très souvent employée, notamment en France, la dénomination de Fort Alamo est sémantiquement incorrecte. Cet établissement n'a jamais été conçu pour devenir un fort. A l'origine, c'était la mission espagnole de San Antonio de Valero, qui a plus tard donné son nom à la ville. Ce sont les circonstances qui ont donné à la mission le rôle militaire et historique que l'on sait.

L'Alamo fait partie de l'ensemble des cinq missions du San Antonio Missions National Historical Park, un site inscrit au répertoire du Patrimoine Mondial de l'UNESCO, comme Mesa Verde.

La mission a été établie par le gouvernement espagnol en 1716 pour évangéliser les populations locales. A cette époque, dans la très catholique Espagne, il n'est pas question de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et les deux ne font qu'un. Après l'indépendance du Mexique en 1821, le Texas se retrouve isolé à l'extrémité nord-est du pays, dont il est séparé par le Rio Grande. Le gouvernement mexicain, souhaitant mettre un terme une bonne fois pour toutes aux attaques incessantes des Comanches contre un territoire faiblement peuplé et mal protégé, ouvre le Texas aux colons originaires d'autres pays que le Mexique ou l'Espagne. Très rapidement, c'est un flot de migrants en provenance des Etats-Unis et d'Europe qui s'installe, dédaignant ouvertement la loi mexicaine. Logiquement, les tensions entre le Mexique et les nouveaux arrivants deviennent insurmontables.

Le Mexique ne reste pas sans réagir. Dès la fin de 1835, tout le Texas est virtuellement en état d'insurrection, et le gouvernement de Mexico mandate le général Antonio Lopez de Santa Anna pour rétablir l'ordre, fût-ce par la force. La répression est particulièrement sanglante, et Santa Anna se fait remarquer par une cruauté implacable. Les insurgés Texans sont défaits lors de batailles successives le long de la côte du Golfe du Mexique, culminant lors du massacre des prisonniers à Goliad le 27 mars 1836. Santa Anna lui-même assiège les insurgés Texans ici même, à l'Alamo, pendant 13 jours, jusqu'au matin du 6 mars 1836, où les derniers défenseurs sont massacrés lors d'un assaut implacable. Parmi les combattants, il n'y a qu'un survivant, qu'on laisse fuir pour témoigner.

Pendant ce temps, le Texas déclare unilatéralement son indépendance le 2 mars 1836, devenant la République du Texas, dénomination encore fréquemment utilisée de nos jours.

Les troupes texanes, menées par Sam Houston, reprennent graduellement l'avantage, et finissent par défaire l'armée mexicaine à la bataille de San Jacinto, aussi courte qu'intense. La guerre se termine de façon humiliante pour Santa Anna, forcé de signer les Traités de Velasco, très défavorables au Mexique, mais à l'avantage écrasant du Texas. Sam Houston acquiert là définitivement son statut de héros de la jeune république.

Dans les rangs des vaingueurs, deux tendances s'opposent alors : les nationalistes, partisans de l'indépendance définitive du Texas, de son expansion vers l'Ouest et de l'expulsion pure et simple des populations amérindiennes, et les fédéralistes, dont l'objectif réel est l'annexion par les Etats-Unis. Après une période d'instabilité et de dissensions internes, les fédéralistes obtiennent gain de cause, et la République du Texas rejoint l'Union le 29 décembre 1845, devenant le 28ème Etat des Etats-Unis.

Forgée dans la poudre de l'insurrection, le fer de la bataille et le sang des victimes, l'identité texane a survécu aux épreuves du temps, pour arriver intacte jusqu'à nous. Elle fait largement écho à la naissance de l'identité américaine lors de la Guerre Révolutionnaire, entre 1775 et 1783, et rappelle à ses ennemis potentiels ses deux slogans favoris :

  • Remember the Alamo (souvenez-vous de l'Alamo), référence aux événements de février-mars 1836,
  • Remember Goliad (Souvenez-vous de Goliad), référence au massacre des prisonniers.

Plaque en l'honneur des héros de 1836, The Alamo, San Antonio, TX
Plaque en l'honneur des héros de 1836

Heureuse surprise, il existe un audioguide en français pour visiter l'Alamo. Marie apprécie.

Au fait, savez-vous d'où vient le nom de l'Alamo ? Il n'a au fond rien d'officiel, la mission s'appelant, comme nous l'avons dit, San Antonio de Valero. Il est tout simplement dû à un bosquet de peupliers, en espagnol álamos, tout proche de la mission.

La visite commence par la place qui donne accès à l'Alamo, et notamment à son église. C'est là que Marie a pris la photo précédente.

Sur le mur de gauche figurent deux plaques. Celle de droite rappelle la naissance de la franc-maçonnerie dans l'Ouest du Texas en 1848, tandis que celle de gauche honore la mémoire de cinq des héros de 1836, dont James Bowie, qui a donné son nom au célèbre couteau (beaucoup plus tard, la rock-star britannique David Jones empruntera son nom pour devenir David Bowie), William B. Travis, qui commandait les troupes texanes lors du siège, et le célébrissime trappeur David Crockett, le plus souvent orthographié Davy.

La visite se poursuit par l'église. Lors du siège de février-mars 1836, elle est devenue le dernier bastion de la résistance. Les 11 dernières victimes ont été les servants de deux pièces d'artilleries, installées au milieu de la nef. Des coups de canon dans une église ? Rien que ça donne une idée de l'intensité de la résistance des insurgés Texans.

Il faut imaginer que ces deux derniers canons étaient posés non pas à même le sol de l'église, mais surélevés sur un remblai en pente. Placés au fond de la nef, ils donnaient l'avantage de la hauteur aux artilleurs qui les servaient. Malgré tout, un canon, c'est assez long à recharger, et les baïonnettes des assaillants mexicains avaient un avantage évident sur ce point. Les 11 derniers défenseurs de l'Alamo ont été littéralement hachés par les soldats du général Santa Anna.

Souvenons-nous que, pendant 13 jours,  les défenseurs de l'Alamo se sont battus, en gros, à un contre dix.

La boutique de souvenirs, un ancien musée, The Alamo, San Antonio, TX
La boutique de souvenirs, un ancien musée

La visite de l'église s'achève et nous sortons par la gauche, côté cour, ou plutôt côté jardin. Face à nous, un ancien musée, qui ne faisait pas partie de la mission originelle, a été transformé en boutique de souvenirs. Nous y faisons une assez brève visite. Nous rentrons dans deux jours, et il nous reste quelques cartes postales à expédier.

Les jardins de l'Alamo, San Antinio, TX
Les jardins de l'Alamo

C'est en effet un petit parc arboré qui a pris la place de l'ancienne cour de l'Alamo, sur laquelle ouvraient la plupart des bâtiments de la mission.

Nous sommes en fin de saison et il y a quand même du monde dans le parc. J'essaye d'imaginer la foule qui doit envahir cet endroit, disons, un week-end du mois d'août.

Il fait très beau et chaud. L'ombre des grands arbres séculaires est la bienvenue.

Stèle dédiée aux 32 hommes de Gonzales, The Alamo, San Antonio, TX
Stèle dédiée aux 32 hommes de Gonzales

Dans le parc, une stèle rappelle le sacrifice des 32 hommes de Gonzales. Répondant à l'appel du commandant Travis, déjà assiégé dans l'Alamo par les troupes de Santa Anna, 32 fermiers du village de Gonzales ont pris les armes, passé les lignes mexicaines et sont venus rejoindre les troupes texanes. Accomplissant le sacrifice ultime, ces 32 volontaires ne sont jamais ressortis de l'Alamo

A l'intérieur de la Long Barrack, The Alamo, San Antonio, TX
A l'intérieur de la Long Barrack

A l'extrémité ouest de l'Alamo se trouve la Long Barrack, un bâtiment de deux étages très allongé, servant à la fois de magasin, casernement et logements pour les missionnaires. C'est ce bâtiment qui a été pris d'assaut par les troupes de Santa Anna à l'aube du 6 mars 1836, et où se sont produits la plupart des combats.

Aujourd'hui, la Long Barrack est un musée très complet sur l'histoire de la mission, qui détaille avec un grand soin les combats de ces 13 jours fatidiques. Nous y passons un bon moment. La visite présente de nombreux objets : uniformes, armes, mais aussi ustensiles de la vie quotidienne. Des panneaux montrent également le rôle joué ultérieurement par la Long Barrack, devenue en partie un magasin utilisé par les fermiers de la région.

Canon dans les jardins de l'Alamo, San Antonio, TX
Canon dans les jardins de l'Alamo

De retour dans le parc, nous nous arrêtons un instant devant un canon de douze livres, similaire aux deux pièces d'artillerie ayant pris part à la toute dernière action défensive lors de l'assaut contre l'église. Les canons de l'époque ne se rechargaient pas par la culasse mais par la gueule, et le temps de tenter quoi que ce soit, les derniers défenseurs de l'Alamo étaient déjà débordés. C'était la fin.

L'Alamo en 1836, The Alamo, San Antonio, TX
L'Alamo en 1836

Toujours dans le parc, la gravure de ce panneau représente l'Alamo tel qu'il était en 1836. On le voit, l'emplacement (aujourd'hui, on dirait certainement le campus) de la mission occupait un espace relativement étendu, à l'écart de ce qui était encore une toute petite ville.

Bus touristique, San Antonio, TX
Bus touristique du centre de San Antonio

Notre visite est terminée, nous quittons l'Alamo par son extrémité nord, vers l'avenue Houston. Devant nous, ce bus est identique à celui que nous avons pris pour aller de l'hôtel au centre-ville, et que nous n'allons pas tarder à reprendre en sens inverse.

Pendant que je vais à la poste juste de l'autre côté de la rue acheter des timbres et expédier nos dernières cartes postales, Marie prend quelques photos. Je ne m'attendais pas à ce que cette course de rien du tout dure aussi longtemps, mais le bureau de poste se trouve dans un bâtiment fédéral qui, comme chacun sait, est soumis depuis les attentats du 11 septembre à des règles de sécurité draconiennes. Le temps de passer le détecteur de métaux, d'expliquer au gardien le but de ma visite et de le laisser fouiller mon sac à dos,  Marie s'impatiente. Il me faut moins de 30 secondes pour acheter mes timbres.

Monument aux morts de 1836, The Alamo, San Antonio, TX
Monument aux morts de 1836, The Alamo

De retour sur Alamo Plaza, du côté ouest de l'Alamo, nous faisons le tour du Cénotaphe, le monument érigé pour commémorer le centenaire des combats de 1836. Ce monument porte sur ses flancs les noms des 187 défenseurs de l'Alamo ayant sacrifié leur vie du côté texan. Sa base est faite de granit rose clair du Texas et le Cénotaphe lui-même de marbre blanc de Géorgie. A l'avant, une inscription rappelle le sacrifice des héros de l'indépendance du Texas.

Puis nous reprenons notre petit bus rouge et retournons à l'hôtel récupérer la Camaro. Il est temps de quitter San Antonio pour Dallas, soit environ 440 km.

Nous sommes en tout début d'après-midi, et l'accès à l'Interstate 35 et la sortie de San Antonio sont un peu pénibles. J'imagine que les gens doivent rentrer déjeuner chez eux le midi, pour qu'il y ait autant de monde sur la route à cette heure.

Centre ville d'Austin, le Capitole, Austin, TX
Centre ville d'Austin, le Capitole

Nous passons près d'Austin, la capitale du Texas, sans nous arrêter. Là encore, c'est un choix. Nous savons que nous ne pouvons pas tout voir.

Ici aussi, il y a quelques bouchons, et Marie a le temps de prendre quelques photos, dont celle-ci, qui montre bien le Capitole du Texas.

Arrivée à Dallas dans le trafic, Dallas, TX
Arrivée à Dallas dans le trafic

Après un voyage absolument sans histoires, nous arrivons à Dallas en fin d'après-midi, de nouveau dans les bouchons pendant quelques minutes. Bon, soyons clairs, bien que Dallas soit une  métropole de toute première importance, les bouchons sont loin d'y être catastrophiques, et je les échangerais volontiers contre ceux de Paris.

Le centre ville de Dallas, TX
Le centre ville de Dallas

On se souvient que c'est à Dallas que le président John Fitzgerald Kennedy a été assasiné le 22 novembre 1963. L'attentat a eu lieu entre les deux immeubles de brique rouge que l'on voit sur cette photo, derrière la rangée d'arbres du premier plan. Avant de reprendre l'avion pour Paris, nous avons toute la matinée de demain à consacrer à cette visite.

Notre hôtel est un Best Western à quelques kilomètres du centre de Dallas. Je vais profiter une dernière fois de la piscine, puis nous allons diner presque en face de l'hôtel, dans un restaurant de quartier pas désagréable mais très bruyant.