Lundi 21 septembre 2015 - Big Bend

La fatigue de presque quatre semaines sur la route s'est invitée, et ce matin Marie traîne un peu au lit. Pendant qu'elle se repose, je vais jusqu'au lobby du lodge avec la tablette, au cas où le wi-fi porterait mieux qu'au cottage. Peine perdue.

Nous allons déjeuner tranquillement, puis, après avoir préparé les sacs avec comme toujours nos poches d'eau et quelques provisions de bouche (je sais, je me répète, mais c'est vraiment important), nous passons un moment au visitor center. Là, un couple, qui connait visiblement son parc comme sa poche, nous accueille très aimablement. La dame nous conseille quelques trails, dont un tout proche, à ne pas forcément faire entièrement, l'intérêt de la seconde partie, une simple mine abandonnée, n'étant pas compensé par des points de vue particulièrement extraordinaires.

Aujourd'hui, le programme est simple : nous allons visiter Big Bend National Park toute la journée, en alternant marche, points de vue avec photos, histoire locale et, vu l'étendue de ce parc, un peu de voiture quand même.

Par rapport à hier, qui ne s'était pas très bien terminé, le temps a l'air de vouloir se maintenir. Tant mieux.

Panther Pass, Chisos Basin, Big Bend National Park
Panther Pass

Le point de départ de Lost Mine Trail est tout proche du lodge, moins de cinq minutes de route, en remontant vers le Panther Pass. De là, nous avons une vue sur The Window, l'autre ouverture du Chisos Basin, plus élevée qu'au lodge, et réellement superbe. Il fait déjà relativement chaud, mais ça reste supportable. Après tout, nous sommes quand même à 1750 m d'altitude, et fin septembre.

C'est là que les conseils de la ranger de tout à l'heure prennent tout leur sens. Lost Mine Trail est signalée par 24 marqueurs, et elle nous a proposé de marcher jusqu'au numéro 10, pour le point de vue sur le Chisos Basin et une bonne partie du reste du parc. Au-delà, la piste se retrouve coincée dans un petit canyon, sans panorama extraordinaire si on en croit ses dires. Nous allons suivre scrupuleusement ses conseils.

La piste grimpe le long de la montagne, mais reste abordable pour les marcheurs moyens que nous sommes. Entre l'isolement de Big Bend et la fin de saison, on ne peut pas dire qu'il y ait foule. D'ailleurs, le parking est loin d'être plein.

Biche, Lost Mine Trail, Chisos Basin, Big Bend National Park
Biche, Lost Mine Trail

Au détour d'un virage, nous croisons un groupe de quelques biches à la recherche de nourriture. La photo n'a pas été prise au téléobjectif, elles étaient vraiment tout près.

C'est le genre de rencontre impromptue avec la vie sauvage locale qui peut se produire occasionnellement dans les parcs nationaux, là où les animaux savent que l'homme n'est pas une menace pour eux. C'est surtout le hasard qui fait bien les choses. Mon conseil est alors de se faire aussi discret, furtif et silencieux que possible, et d'avoir toujours son appareil photo prêt, au cas où.

Vue sur Big Bend National Park, Lost Mine Trail, Chisos Basin, Big Bend National Park
Vue sur Big Bend National Park, Lost Mine Trail

Nous avons atteint le marqueur 10, qui correspond à presque la moitié de Lost Mine Trail. Nous sommes à un point de vue qui domine l'ensemble du parc. Les conseils de la ranger étaient particulièrement judicieux.

Les nuages que l'on voit sur la photo sont les restes de l'humidité d'hier, depuis longtemps évaporée. Ils ne vont pas nous gêner beaucoup, et c'est une impression de beau temps à peine voilé d'une légère brume qui domine cette journée.

Lost Mine Trail, Chisos Basin, Big Bend National Park
Lost Mine Trail

J'ai marché jusqu'au marqueur 11, tout proche, puis nous redescendons jusqu'à un escarpement le long de Lost Mine Trail, qui donne accès à un point de vue sur le Panther Pass, le col qui permet d'accéder au Chisos Basin. La vue est tout aussi spectaculaire.

Nous avons pris un peu d'altitude, nous sommes ici à environ 1900 m. La végétation est celles des garrigues, avec des arbustes capables de résister à la sécheresse, dominante dans ce parc au milieu du désert. Mais ce n'est pas la végétation du désert lui-même, que nous retrouverons plus bas, en plaine, plus tard dans la journée.

Après une pause pour profiter du point de vue, nous prenons le chemin du retour.

Boîte à nourriture à l'épreuve des ours, Lost Mine Trail, Chisos Basin, Big Bend National Park
Boîte à nourriture à l'épreuve des ours

Nous sommes de retour au départ de Lost Mine Trail. Même si nous n'en avons vu aucun, nous savons que nous sommes dans une région où habitent des ours. Ces animaux particulièrement voraces sont prêts à tout pour se procurer de la nourriture. Bien que les risques réels d'attaques d'humains soient très réduits, il est quand même conseillé d'enfermer sa nourriture dans la boîte métallique de la photo. L'ours finit quand même par sentir la nourriture à l'intérieur, mais comme il a de trop grosses pattes, il ne peut pas l'ouvrir.

Aujourd'hui, personne n'utilise le container. C'est pour ça que la porte est restée ouverte.

Big Bend National Park
Big Bend National Park

Après Lost Mine Trail, nous reprenons la route un petit moment. Nous quittons le Chisos Basin pour regagner la plaine, qui constitue la pointe sud du désert de Chihuahua, et qui descend en pente douce jusqu'au Rio Grande, que nous verrons dans l'après-midi.

A un moment, nous faisons une pause au bord de la route. Nous avons perdu près de 800 m d'altitude depuis Lost Mine Trail, et on voit bien sur la photo que la végétation  déjà beaucoup changé. Ici, plus de jolis arbustes à fleurs jaunes, plus de biches, et pratiquement plus d'herbe. La végétation méditerranéenne a laissé place à celle, beaucoup plus rare et courte, du désert.

La vue porte loin, ici. Et c'est bien une impression de grand beau temps qui prédomine.

Eolienne, Sam Nail Ranch, Big Bend National Park
Eolienne, Sam Nail Ranch

Après la route principale du parc, nous prenons à gauche la Ross Maxwell Scenic Drive, une route de près de 50 km, qui va nous amener jusqu'au bord du Rio Grande. Nous avons choisi cette route parce qu'elle dessert un certain nombre de points d'intérêt variés : traces historiques, points de vue, un peu de marche, et le Rio Grande lui-même, qui marque la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.

Avant l'établissement du parc en 1944, la région était faiblement peuplée, mais pas totalement déserte. Il reste de nos jours les traces qu'ont laissées les occupants précédents. Le ranch de Sam Nail en fait partie. Lui et sa famille s'étaient installés ici pour élever du bétail sur les terres disponibles de la région. Inutile de dire que la place ne manquait pas !

Du ranch lui-même, il ne reste que quelques morceaux de murs, dont le plus élevé arrive à peine à la hauteur de la poitrine. Les deux éoliennes, qui utilisaient l'énergie du vent pour pomper de l'eau dans le sous-sol, sont en revanche encore debout. L'une est toute tordue, en assez mauvais état. La seconde, celle de la photo, semble très bien conservée.

Une piste assez courte, un peu moins de 1 km, et sans la moindre difficulté, permet de faire le tour du site. Il doit y avoir de l'eau assez proche. Sans pour autant constituer une véritable oasis, la végétation du site est plus dense que dans les environs, franchement pelés.

Homer Wilson Ranch, Big Bend National Park
Homer Wilson Ranch

Quelques kilomètres après le ranch de Sam Nail, notre arrêt suivant est au ranch de Homer Wilson, encore une trace du passé de la région avant l'établissement du parc. Depuis le parking en bord de route, on accède au ranch après une marche un peu plus longue que la précédente. On descend vers le lit d'une rivière asséchée, que l'on traverse. Le ranch se trouve juste de l'autre côté.

Le ranch de Homer Wilson est en bien meilleur état que celui de Sam Nail. Le bâtiment pricipal est encore debout. Il n'a plus ni vitres ni portes, mais le sol, les murs, et le toit semblent solides, au point que la visite est libre. Bien sûr, il n'y a plus aucun meuble ni objet à l'intérieur.

Il s'agissait d'un ranch assez important. Un panneau précise que Homer Wilson élevait ici 2 500 chèvres et 4 000 moutons. On imagine que, pour s'occuper de troupeaux aussi importants, il lui fallait de la main-d'oeuvre. On comprend mieux, dès lors, pourquoi le bâtiment était relativement grand.

Ce qui n'a pas été nettoyé, par contre, c'est le petit bâtiment annexe, à quelques mètres du ranch. Bien avant l'entrée, une odeur forte nous saisit. Poussé par la curiosité, j'entre, et je découvre ... un immense tas de ce qu'il faut bien appeler des déjections d'ours. Quelques conclusions s'imposent donc :

  • Oui, il y a bien des ours à Big Bend National Park. Ce n'est pas une légende pour touristes en mal de sensations fortes.
  • L'ours est un animal relativement propre, qui a la courtoisie de faire ses besoins toujours au même endroit. Nous n'avons pas noté d'autres déjections d'ours dans les environs du ranch.
  • Et une fois de plus, il ne nous a pas attendu. Car évidemment, même en regardant bien, pas le moindre ours en vue !

Ce n'est pas plus mal. Je n'avais pas spécialement envie de me trouver nez à nez avec un ours énervé parce qu'un humain s'est permis de déranger son moment de répit aux toilettes.

Sotol Vista, Big Bend National Park
Sotol Vista

Tout près du ranch de Homer Wilson, nous nous arrêtons à Sotol Vista. Comme le montre la photo, c'est un point de vue surélevé, qui domine toute la plaine à nos pieds.

D'ici la vue porte jusqu'au Rio Grande, pourtant encore à près de 25 km de nous à vol d'oiseau. Il n'y a plus aucun obstacle. L'encoche dans la falaise, à l'arrière-plan, est le canyon de Santa Elena, que nous verrons un peu plus tard.

Nous sommes aux heures les plus chaudes de la journée. Et il fait chaud, très chaud, à Sotol Vista. Ah oui, j'oubliais ... Comme nous restons deux nuits de suite au même endroit et que nous n'avons donc pas les bagages avec nous aujourd'hui, nous roulons décapotés. Nous en profitons, il ne nous reste que trois jours.

Nous avons prévu de quoi manger rapidement, nous profitons de cette halte. Puis nous reprenons la Ross Maxwell Scenic Drive. Notre idée est d'aller jusqu'au bout de la route, à Santa Elena, puis de revenir en nous arrêtant aux quelques endroits qui retiendront notre attention.

Santa Elena Canyon, Big Bend National Park
Santa Elena Canyon

Après Castolon, les 13 derniers kilomètres de la route longent le Rio Grande. Nous passons juste à côté de l'embarcadère d'où partent les pagayeurs qui remontent une partie du canyon à la rame, ou plus simplement qui font du canoë sur le fleuve.

Nous sommes arrivés à Santa Elena. On ne peut d'ailleurs pas aller plus loin avec la voiture, la route s'arrête ici. Nous prenons donc nos sacs à dos, et en route pour un peu de marche.

La photo montre l'embouchure du canyon, longtemps considéré comme infranchissable, en raison de nombreux rochers sur le cours du Rio Grande, et de plusieurs rapides de classe 4, en fonction du niveau des eaux. La première traversée officielle du canyon n'a d'ailleurs été réalisée qu'en 1881, par l'expédition de John T. Gano.

Nous sommes à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Sur la droite de la photo, c'est la rive américaine, celle où nous sommes. Sur la gauche, c'est le Mexique.

Je m'étonne un instant qu'une frontière qui fait régulièrement l'objet d'une attention particulièrement soutenue dans les débats parfois houleux sur l'immigration ne soit absolument pas surveillée. Franchir le Rio Grande à pied n'est en effet pas un bien grand exploit. En cette fin d'été, il y a de l'eau jusqu'au genou, et encore, à peine. Oui, mais il faut déjà y accéder, au Rio Grande, ce qui veut dire descendre d'une manière ou d'une autre les 500 mètres de falaise à pic du côté mexicain. En fin de compte, ce qui protège le mieux la frontière, ce ne sont pas les fonctionnaires de la Police des Frontières, absents. Ce n'est pas non plus le fleuve lui-même. C'est cette falaise verticale infranchissable.

Rio Grande, Santa Elena Canyon, Big Bend National Park
Rio Grande

La photo ci-dessus a été prise presque au même endroit que la précédente, presque au début de la Santa Elena Canyon Trail, au confluent de la Terlingua Creek et du Rio Grande, mais inversée. Ici, le Mexique est à droite, et on voit bien que la falaise continue après la sortie du canyon. Coté américain, en revanche, nous sommes sur une plage de galets et de boue.

On voit bien, aussi, que le Rio Grande n'est ni très large ni très profond.

Santa Elena Canyon, Big Bend National Park
Santa Elena Canyon

Après une première partie très courte qui mène à la plage de la photo précédente, la piste traverse le confluent de la Terlingua Creek et du Rio Grande, puis continue de l'autre côté de la Terlingua. Marie, qui n'a aucune envie de se tremper les pieds, préfère m'attendre sur la plage avec l'appareil photo, tandis que je traverse à pied pour suivre la piste.

La piste continue par l'ascension d'une falaise à pic, en partie par des marches, en partie par un chemin plutôt raide. Marie n'a rien à regretter. Par cette chaleur, cette montée est vite épuisante.

Rio Grande, Big Bend National Park
Rio Grande

Une fois arrivé en haut, le spectacle est de toute beauté. Sur cette photo, que j'ai prise avec mon téléphone, le Mexique est à droite et les Etats-Unis à gauche et au fond. La vue porte jusqu'aux Chisos Mountains, à une vingtaine de kilomètres.

Avec la perspective, on voit bien que le Rio Grande n'est pas très large, une trentaine de mètres tout au plus.

Je profite d'un instant de repos pour engager la conversation avec un Canadien installé au Texas, qui s'est mis en tête de visiter tous les parcs du sud-ouest des Etats-Unis. J'en ai déjà visité quelques-uns, mais mon interlocuteur mène clairement à la marque.

Empreinte d'animal dans la boue, Santa Elena Canyon, Big Bend National Park
Empreinte d'animal dans la boue

Pendant que je fais un tour sur la Santa Elena Canyon Trail, Marie se repose et prend quelques photos, dont cette grande empreinte, environ 10 cm de long, dans la boue, au bord du Rio Grande. Nos connaissances en vie animale ne nous permettent pas de dire à quel animal elle appartient, pas plus que mes recherches approfondies au moment où j'écris cet article. Sans doute une espèce de cerf ? Si un visiteur du site peut nous éclairer, qu'il en soit remercié par avance.

Entre Santa Elena et Castolon, Big Bend National Park
Entre Santa Elena et Castolon

Après avoir discuté encore un instant avec mon interlocuteur canadien rencontré sur la Santa Elena Canyon Trail, nous quittons Santa Elena et son canyon si spectaculaire. Nous avons du temps devant nous avant de rentrer au Chisos Mountains Lodge, nous allons encore nous arrêter plusieurs fois.

La photo ci-dessus a été prise tout près du Rio Grande, qui coule derrière nous. Nous voyons bien que nous sommes dans une région quasiment désertique.

Ancienne pompe à essence, Castolon, Big Bend National Park
Ancienne pompe à essence, Castolon

Nous nous arrêtons quelques instants à Castolon, un ancien hameau, abandonné depuis la création du parc en 1944. Comme témoin de l'activité passée, il ne reste que cette vieille pompe à essence hors d'âge. Il y a aussi, dans un des bâtiments réhabilités, un visitor center qui sert d'épicerie, fermé au moment de notre passage.

Tuff Canyon, Big Bend National Park
Tuff Canyon

Peu après Castolon, nous nous arrêtons à Tuff Canyon, qui présente l'avantage d'être tout proche de la route. La marche pour aller jusqu'au canyon est donc très courte. Tuff Canyon est un petit canyon peu profond mais très encaissé. Il montre bien l'érosion causée par les eaux de ruissellement dans le calcaire tendre.

Ici, nous sommes au milieu d'un désert, c'est entendu. Il pleut donc très rarement. Mais quand il pleut, ce n'est pas à moitié, et ce petit canyon en est la preuve.

Mule Ears Peak, Big Bend National Park
Mule Ears Peak

En remontant la Ross Maxwell Scenic Drive, nous remarquons sur notre droite ce curieux double sommet en forme d'oreilles de mule. Ce sont les fort bien nommés Mule Ears Peaks. Un embranchement permet de s'en approcher un peu, et Marie prend une photo.

Nous repassons évidemment par tous les endroits vus depuis ce matin, sans nous arrêter.

Retour vers Chisos Basin, Big Bend National Park
Retour vers Chisos Basin

Le long de la route, nous voyons sur quelques centaines de mètres ces curieux alignements de rochers de formes très régulières, un peu comme un mur, mais qui serait d'origine naturelle et non humaine. Je n'ai pas d'explication sur leur origine, sans doute une formation rocheuse dûe à l'érosion, mais par quel phénomène ? Le gel ? Je ne l'exclus pas, mais il gèle tellement peu, à Big Bend. Là encore, si un visiteur du site a une explication, je suis preneur.

The Window, Big Bend National Park
The Window

Je ralentis un instant pour que Marie puisse prendre cette photo de The Window, la même qu'à Chisos Basin où se trouve le lodge, mais vue de l'autre côté. Derrière, le sommet massif est le Lost Mine Peak, où nous étions ce matin. Derrière le flanc droit de la montagne, les bâtiments du Chisos Basin, dont notre lodge, ne sont pas visibles sur la photo.

Puis c'est le retour au Chisos Mountains Lodge. Nous nous reposons quelques instants sur la terrasse de notre cottage.

Lorsque nous descendons dîner, il s'est mis à pleuvoir, d'une petite pluie fine et persistente qui nous rappelle la maison. Après le repas, en remontant au cottage, la pluie a cessé. Nous croisons très brièvement un renard.

Le wi-fi étant tout aussi sporadique qu'hier, je ne peux ni mettre le blog à jour ni sauvegarder les photos. Ce sera pour demain.