Samedi 19 septembre 2015 - Carlsbad Caverns, Guadalupe Mountains

Au moment où nous ouvrons les rideaux, le déluge d'hier soir a cessé. Mais la météo n'est pas rassurante pour autant. Le ciel est bas et lourd de nuées très inquiétantes.

Pour visiter une grotte, ce n'est pas censé être un problème. Par contre, pour marcher en montagne, ça l'est sans doute plus.

En effet, notre programme du jour comprend deux parcs nationaux :

L'étape du jour est courte, 211 km, jusqu'à Van Horn, Texas, une petite ville sur l'Interstate 10.

Après la douche, le petit déjeuner et le Skype à la famille, nous prenons la route. Effectivement, il ne pleut plus. Ce n'est hélas que provisoire.

Carlsbad Caverns National Park
Carlsbad Caverns National Park

L'entrée de Carlsbad Caverns National Park n'est qu'à 27 km de l'hôtel, soit une vingtaine de minutes de route. Pour le visitor center et son parking, c'est 11 km de plus.

Juste après l'entrée du parc, Marie aperçoit fugitivement un couple de mouflons tout près du bord de la route, hélas trop peu de temps pour pouvoir les prendre en photos. Il est dit que, lors de ce voyage, nous n'aurons pas de chance avec cet animal censé être si commun dans l'Ouest.

Une grotte, c'est à l'abri d'éventuelles précipitations. Carlsbad Caverns est donc un des seuls parcs de ce voyage où, sans que ce soit la foule des grands jours, nous voyons quand même un peu de monde.

Comme d'habitude, je vais discuter un petit moment avec les rangers du parc. En fait, ce que nous avons envie de voir, c'est la Big Room, la grotte principale, qui se visite sans guide. On accède la Big Room de deux manières : soit avec l'ascenseur directement depuis le visitor center, soit par l'entrée naturelle de la grotte, à l'extérieur, à quelques centaines de mètres, avec une marche d'environ 2 km. Pour éviter le retour de sa sciatique, nous nous mettons d'accord avec Marie : ce sera descente par l'entrée naturelle, visite de la Big Room, puis remontée par l'ascenseur, soit environ 4 km de marche en tout.

Avant de rejoindre l'entrée naturelle de la grotte, nous parcourons le visitor center. Il y a notamment une immense maquette en 3D de la grotte, qui donne une impression assez précise de ce que nous allons bientôt découvrir.

Entrée naturelle des grottes de Carlsbad
Entrée naturelle des grottes de Carlsbad

L'entrée naturelle de la grotte est contrôlée. Un ranger laisse passer les visiteurs par petits groupes, pour éviter d'engorger une descente étroite et relativement raide. En effet, la Big Room est quand même à 240 m sous le niveau du sol.

Nous attendons en fait très peu de temps.

L'entrée naturelle de la grotte se trouve dans une sorte d'amphithéatre bordé de gradins. Tous les soirs, les chauves-souris quittent en masse les grottes pour aller se nourir. Leur envol est un spectacle superbe, et c'est pour cela que des sièges ont été prévus en nombre suffisant. En plein été et par beau temps, ça doit valoir le coup de rester au parc jusqu'au coucher du soleil.

La descente dans la grotte est un chemin goudronné, en très bon état, mais que je ne recommande qu'à des marcheurs en bonne condition physique. En effet, il est étroit, parfois raide, bas de plafond à certains passages, et coupé de plusieurs séries de marches. Ce n'est certainement pas un itinéraire à recommander à des visiteurs ayant des problèmes pour se déplacer.

Les chauves-souris, Carlsbad Caverns
Les chauves-souris

Le plafond est constellé de nids de chauves-souris, évidemment avec leurs habitants. Si au lieu de poursuivre la descente naturelle, on pouvait continuer jusqu'au fond de cette première grotte, on accèderait à une autre grotte peuplée de dizaines de milliers de chauves-souris.

Le parc estime la population de chauves-souris à environ 400 000.

Dans la journée, la plupart des chauves-souris dorment. C'est un animal nocturne qu'il est indispensable de laisser tranquille pendant son sommeil.

La nuit, il en va tout autrement. Lorsque le soir tombe, les chauves-souris quittent leur grotte inaccessible par dizaines de milliers, pour ne revenir qu'à l'aube. C'est leur envol au crépuscule qui constitue le spectacle de choix du parc.

Evidemment, une population aussi nombreuse ne manque pas de laisser des traces, notamment sous forme d'excréments, qui se sont déposés au cours des âges en quantités impressionnantes. C'est ce que l'on appelle le guano, un engrais tout à fait naturel d'une efficacité remarquable, et sans effet secondaire polluant autre que son odeur. L'exploitation du guano à Carlsbad Caverns a cessé depuis longtemps, mais certaines entrées naturelles de grottes ont longtemps été utilisées comme puits de mine pour accéder au guano.

Colonne calcaire, Carlsbad Caverns
Colonne calcaire

Nous descendons doucement, d'abord pour ne pas réveiller la sciatique de Marie, et aussi pour admirer les différentes formations calcaires que l'on peut voir le long du chemin. Nous sommes encore loin de ce qui est censé être la partie la plus intéressante, la Big Room, mais déjà le spectacle vaut le coup d'oeil.

La colonne de la photo a été formée par la réunion d'une stalactite, qui descend du plafond, et d'une stalagmite, qui monte du sol. Ces formations sont en fait les traces laissées par les particules calcaires en suspension dans l'eau de suintement, qui a coulé goutte à goutte pendant des dizaines de milliers d'années.

Comme dans beaucoup d'autres grottes, la plupart des formations calcaires de Carlsbad Caverns sont dites "sèches", c'est-à-dire que plus une goutte d'eau ne les traverse. Le suintement a fini par se détourner de cette formation et a pris un autre chemin.

Marie s'essaye à la photo dans les grottes, ce qui n'est jamais simple. Trop de lumière, les couleurs sont trop crues et la photo trop brillante par endroits. Pas assez, et la photo est trop sombre. Assez rapidement, elle arrive à jouer correctement avec le flash, l'ouverture, la focale et le filtre polarisant.

La Baleine, descente naturelle, Carlsbad Caverns
La Baleine

Une fois de plus, Mère Nature nous réserve quelques surprises. Cette formation évoque nettement la gueule d'une baleine, avec ses fanons. C'est d'ailleurs son nom, la Baleine.

Toute la région des Carlsbad Caverns est issue des falaises calcaires qui bordaient la mer Permienne il y a 250 millions d'années. Cette vaste mer, peu profonde, était très riche en formes de vie diverses, plantes et animaux marins. C'est ce qui explique l'énorme quantité de fossiles récupérés dans le parc.

Plus tard, toute la région s'est soulevée, et l'ancienne falaise s'est retrouvée là où elle est toujours aujourd'hui, à près de 1500m au dessus du niveau de la mer. Mais contrairement au plateau du Colorado, qui s'est soulevé doucement et, pour ainsi dire, sans accident, la falaise a été fissurée et fracturée à plusieurs endroits.

Une fois l'eau de l'ancienne mer Permienne disparue, l'eau de pluie a commencé à ruisseler dans les différentes fissures, emmenant avec elle du dioxyde de carbone naturellement contenu dans l'atmosphère, et constituant ainsi un acide. Cet acide peu actif a commencé à dissoudre les parties calcaires les plus tendres. C'est cette érosion, conjuguée à des effondrements massifs de roches fragilisées, qui a creusé les grottes et leur a donné leur forme définitive.

Les grottes étaient à peu près formées, il y a environ 2 million d'années. L'eau saturée de particules calcaires en suspension a continué de filter à l'intérieur, les décorant de multiples formations : stalactites, stalagmites, colonnes, draperies, ainsi que la Baleine de la photo.

Près de la Big Room, Carlsbad Caverns
Près de la Big Room

Notre descente se poursuit. Nous avons quand même mis plus d'une heure pour faire 2 km, certes en prenant notre temps pour les photos.

Nous approchons de la Big Room.

Big Room
Big Room

Un peu avant l'entrée de la Big Room, nous faisons une courte pause. Il y a même des toilettes. Des toilettes ? A 240 m de profondeur ? Eh oui, tout a été prévu. J'essaye d'imaginer la pompe de relevage pour ramener l'eau à la surface. Je suppose qu'ils ne doivent pas la laisser dans la grotte.

Il y a aussi des rangers et des panneaux indicateurs.

Puis nous prenons la direction de la Big Room.

Le Dôme Géant, Big Room, Carlsbad Caverns
Le Dôme Géant, Big Room

Autant le dire clairement, j'ai eu énormément de mal à sélectionner les photos pour cet article. Déjà, Marie en a pris plus de 200. Ensuite, elle a bien pigé comment jouer avec les réglages de l'appareil et utiliser l'éclairage. Et enfin, vu la qualité du spectacle, j'avais envie d'en mettre encore plus. Mais ça aurait été au détriment du temps de chargement de la page, qui est déjà un peu longuet. J'ai donc dû me résoudre à sélectionner de manière plutôt radicale.

La visite de la Big Room fait à peu près 2 km, c'est dire la taille hors normes de cette grotte ! Comme la descente, le chemin est cimenté et en bon état, mais certaines parties, plus raides, plus étroites ou coupées de marches ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Une des premières formations que nous voyons est le Dôme Géant de la photo. La stalagmite ne rejoint pas tout à fait le plafond de la grotte, mais il s'en faut de peu. Elle ne le rejoindra d'ailleurs jamais, cette colonne est sèche. Plus aucune goutte d'eau ne ruisselle à cet endroit.

Le Temple du Soleil, Big Room, Carlsbad Caverns
Le Temple du Soleil

Un peu plus loin, nous traversons le Temple du Soleil. Cette partie de la Big Room est plus large et plus haute, je suppose qu'il faut chercher là l'origine du nom, ainsi que peut-être dans la présence de deux colonnes relativement hautes, un peu comme les piliers d'un temple.

En revanche, à cet endroit, nous ne voyons aucune présence animale. Nous sommes maintenant bien trop loin de la surface pour que les chauves-souris soient venues nicher ici.

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

La Big Room est un peu comme une très, très grande église, qui serait bordée de quantités de chapelles de tailles et de formes variables. Ici, nous serions de retour dans la nef principale, avec sa voûte atteignant une hauteur démesurée. La colonne de la photo et les draperies qui pendent du plafond attestent de ces dimensions hors normes.

Pour prendre les photos, Marie alterne avec et sans le filtre polarisant. C'est ce qui donne ces variations de tonalité, parfois teintées de jaune, parfois plus dans des tons pastel. Elle joue aussi avec les réglages et l'inclinaison du flash.

La photo, c'est tout un art, dont je suis bien loin de maîtriser les subtilités.

Le Totem, Big Room, Carlsbad Caverns
Le Totem

La variété des formations de la Big Room est impressionnante. Voici le Totem, une aiguille qui, malgré les apparences, est assez loin d'atteindre le plafond de la grotte.

La formation du Totem a à peu près la même origine que celle du Dôme Géant vu un peu plus tôt, un suintement d'eau chargée de minéraux divers depuis le plafond de la grotte. Mais alors que le Dôme Géant est franchement massif, le Totem est fin et élancé. Curieux, non ? C'est là toute la diversité de la Big Room. Et ce n'est pas fini, loin de là !

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

Nous sommes ici dans une partie plus basse de la Big Room. Eclairées par les projecteurs au sol, les magnifiques draperies se reflètent en jaune ou orange, suivant l'inclinaison de la lumière. Avec le filtre polarisant, le résultat est superbe.

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

Ici, le chemin monte un peu, proposant une vue presque panoramique de la Big Room. Il est difficile, d'après cette seule photo où les rares visiteurs sont à peine visibles, de se faire une idée de la taille de la pièce. Disons juste qu'on pourrait y faire tenir très à l'aise une demi-douzaine de cathédrales. La grande aiguille un peu sur la gauche doit faire une trentaine de mètres de haut.

Au plafond, les draperies éclairées depuis le sol donnent ces superbes reflets orange.

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

Ici, nous sommes de nouveau dans une partie un peu moins impressionnante de la Big Room. En fait, la forme de la grotte est loin d'être régulière, et certaines parties, comme ici, se sont effondrées sous le niveau du reste de la grotte.

Au-dessus de nos têtes, nous admirons les magnifiques draperies, d'une finesse de dentelle.

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

Cette photo a été prise sans le filtre polarisant, et les nuances ne sont plus du tout les mêmes. L'éclairage au flash permet d'imaginer ce que sont les couleurs naturelles de l'intérieur de la Big Room. Les nuances pastel varient du presque blanc à un camaïeu de rose, corail, beige clair, etc.

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

Le chemin de visite monte et descend. Ici, nous sommes dans une partie basse, qui nous permet d'admirer ces deux superbes colonnes éclairées par derrière. L'effet de perspective les rend encore plus impressionnantes que dans la réalité.

Panorama sur la Big Room, Carlsbad Caverns
Panorama sur la Big Room

Nous remontons dans une partie plus élevée de la Big Room pour cette vue panoramique. Les quelques visiteurs sur la droite de la photo donnent une idée approximative de la taille de la grotte.

Au plafond, les fines draperies sont toujours aussi magnifiques.

Big Room, Carlsbad Caverns
Big Room

Un peu avant de quitter la Big Room, Marie prend une dernière photo d'un renfoncement, intéressante à plus d'un titre : richesse des couleurs, variété des formes, vision plus intimiste.

Nous sommes revenus au point de départ de la visite. Nous avons passé deux heures dans la Big Room, sans jamais réaliser à quel point le temps passe vite. C'est dire la beauté poignante du spectacle.

Cette fois-ci, nous prenons l'ascenseur.

Lorsque nous retrouvons l'air libre, c'est pour constater que la météo, déjà guère favorable de ce matin, s'est encore dégradée. Il pleut maintenant très fort, les nuages traînent presque jusqu'au sol. Inutile d'attendre une amélioration qui ne viendra pas, nous reprenons la route vers Guadalupe Mountains National Park, notre prochaine étape, à un peu moins de 70 km.

C'est toujours sous une pluie battante que nous passons la frontière entre le Nouveau-Mexique et le Texas, notre dernière frontière d'Etat de ce voyage.

Guadalupe Mountains National Park
Guadalupe Mountains National Park

Nous ne le savons pas encore, mais nous sommes au coeur d'une gigantesque perturbation météorologique extrêmement active qui recouvre toute la région. Les Guadalupe Mountains, qui culminent à presque 2700 m, arrêtent les nuages et concentrent les précipitations. Autant dire que nous allons devoir renoncer à toute réelle visite de ce parc pourtant magnifique.

Lorsque nous arrivons au visitor center, je suis persuadé que nous allons trouver porte close. Il n'en est rien. Par une subtilité dont ce pays a le secret, et contrairement au reste du Texas, la partie où se trouve le parc est dans le même fuseau horaire que le Nouveau-Mexique, et nous avons en fait presque une heure devant nous. Nous allons voir le joli documentaire qui présente le parc et sa géologie, nous parcourons les différentes expositions, et j'en profite pour discuter un petit moment avec la ranger de service, qui n'est pas franchement bousculée par l'activité. Il semble que nous soyons les seuls visiteurs, en cette fin d'après-midi.

Les Guadalupe Mountains dans les nuages
Les Guadalupe Mountains dans les nuages

En toute logique, nous renonçons à marcher dans le parc. La pluie semble se calmer un peu, mais le ciel reste très menaçant. Faute de mieux, et le visitor center ayant fini par fermer, nous prenons la route de Van Horn, notre étape de ce soir.

La photo ci-dessus a été prise tout près du Guadalupe Pass, le col qui traverse les Guadalupe Mountains, à 1687 m. Les nuages passent à peu près à notre hauteur. C'est dire si le ciel est complètement bouché. Il n'y a évidemment plus rien à attendre aujourd'hui.

Sur la route 54 qui rejoint Van Horn, on voit bien qu'il a plu énormément. Ce tronçon de route n'a pas de ponts, mais des passages qui traversent le lit des rivières temporaires. Ces rivières sont normalement à sec, et l'absence de ponts n'est pas censée être un problème, surtout que l'automobiliste est régulièrement prévenu par des panneaux. Aujourd'hui est quand même un jour un peu spécial, et je fais attention aux coulées de sable, de boue, d'eau, de tout ce qu'on peut croiser par une météo aussi inhabituelle. Bien m'en prend. A un moment, nous traversons au ralenti une coulée de boue sur quelques dizaines de mètres. Je préfère ignorer ce qui se serait passé si j'étais arrivé là à pleine vitesse.

Van Horn est une petite ville de 2000 âmes, typique de cette Amérique profonde, qui a été un peu délaissée lorsque l'Interstate 10 l'a contournée. Notre hôtel, un Econo Lodge, est correct pour sa catégorie, a priori assez basique. Peu importe, nous n'y restons de toute façon qu'une nuit.

Un peu plus tard, nous ressortons pour dîner au Van Horn Cattle Company, comme son nom l'indique un restaurant avant tout de viandes. Lui aussi est typique de cette Amérique profonde : port d'armes autorisé, messieurs en Stetson, décor tout droit sorti des années 60, mais propre et bien entretenu. En toute logique, la viande est délicieuse. Je note les couteaux d'une taille impressionnante !

Plus tard, de retour à l'hôtel, j'apprends par un ami qui y habite qu'il fait un temps magnifique à Houston, tout de même à plus de 1 000 km de là.

Comme tous les soirs, je mets le blog à jour pendant que Marie prend ses notes de la journée.