Vendredi 18 septembre 2015 - White Sands

C'est devenu une habitude dès que nous avons une connection wi-fi correcte, la journée commence par un moment sur Skype avec la famille. Tout le monde va bien, nous pouvons aller déjeuner tranquilles.

Nous n'avons qu'une visite aujourd'hui, White Sands National Monument, et environ 380 km de route, soit à peu près cinq heures.

20 décembre 2019 : White Sands devient un parc national.

Je refais le plein de la Camaro à la station Chevron pas loin de l'hôtel, et nous en profitons pour faire quelques courses de nécessité, dentifrice et cookies.

Puis nous traversons Las Cruces et quittons la ville par la route US-70 vers le nord-est, direction White Sands National Monument.

Organ Mountains, à l'est de Las Cruces, NM
Organ Mountains, à l'est de Las Cruces

Las Cruces est située à 1200 m d'altitude, dans une plaine traversée par le Rio Grande. La ville dispose donc d'eau en quantité suffisante par rapport à sa population, environ 100 000 habitants.

Une trentaine de kilomètres plus loin, la route US-70 traverse les Organ Mountains par un passage assez large et sans aucune difficulté, le San Augustin Pass, à 1740 m.

De l'autre côté du col commence le bassin de Tularosa, un plateau assez vaste entre les montagnes San Andres, à l'ouest, que nous venons de traverser, et les montagnes Sacramento, à l'est, que nous traverserons dans l'après-midi. Cette situation du plateau entre deux chaines de montagnes est importante pour comprendre la géologie très particulière de White Sands.

Cette géographie explique aussi l'isolement de ce plateau, fort peu peuplé à l'exception de la ville d'Alamogordo que nous traverserons dans l'après-midi. Le site se prête donc bien aux activités qui requièrent des endroits aussi déserts que possible. C'est ici qu'ont été installé le White Sands Missile Range, une zone de test de missiles, et le Trinity Site, l'emplacement où a explosé la toute première bombe atomique de l'histoire, le 16 juillet 1945, en prélude à celles d'Hiroshima et Nagasaki.

White Sands National Monument
White Sands National Monument

Un peu avant d'arriver à White Sands, tous les véhicules se dirigeant vers le nord sur la route US-70 sont contrôlés par la police des frontières, à la recherche de clandestins. Nous sommes entrés aux Etats-Unis le plus légalement du monde avec des passeports en règle, nous passons le barrage sans encombre. Nous sommes quand même à près de 150 km de la frontière la plus proche, à El Paso, entre les Etats-Unis et le Mexique.

J'ignore l'efficacité réelle de ces contrôles. Avec un déploiement de forces aussi voyant, j'imagine que les éventuels clandestins doivent se faire très discrets. Nous verrons deux autres contrôles similaires de la police des frontières dans les jours suivants, toujours à des endroits assez proches de la frontière mexicaine.

Contrairement à ce que son nom indique, White Sands n'est pas composé de sable mais de gypse, qui lui donne sa blancheur immaculée.

L'histoire commence il y a environ 280 millions d'années, lorsque tous les continents de la planète étaient réunis en une seule masse appelée Pangée. A cette époque, l'emplacement où se trouve aujourd'hui White Sands était recouvert par la mer Permienne, qui a déposé des sédiments, et notamment d'épaisses couches de gypse, sur les fonds marins.

Il y a environ 70 millions d'années a commencé une série de mouvements tectoniques, qui ont, entre autres, créé les Montagnes Rocheuses, ainsi que les deux chaînes qui délimitent le bassin de Tularosa, les montagnes San Andres et les montagnes Sacramento.

Deux millions d'années avant notre ère, la faille du Rio Grande a fermé l'extrémité sud du bassin de Tularosa, le privant de tout accès naturel à la mer, et le transformant en un bassin hydrologique fermé. L'eau qui coulait dans le bassin ne pouvait plus s'échapper nulle part.

A la fin de la dernière ère glaciaire, il y a environ 12 000 ans, l'eau de fonte des glaciers puis, chaque printemps, de fonte des neiges, a formé le lac Otero, qui s'étendait sur le fond du bassin de Tularosa. Bien entendu, l'écoulement de l'eau arrachait au passage d'importantes quantités de sédiments aux deux chaînes de montagnes, et notamment du gypse, qui s'est accumulé au fond du lac.

Le climat est devenu petit à petit de plus en plus sec, et le lac Otero a fini par s'évaporer presque complètement, exposant les épaisses couches de gypse. Le vent a alors commencé à arracher des morceaux de gypse, les frottant les uns contre les autres jusqu'à les réduire en un sable très fin et d'une blancheur éblouissante. Puisque le bassin de Tularosa est fermé, le gypse poussé par le vent n'a aucun endroit pour s'échapper et, à la fonte des neiges du printemps suivant, revient dans les étangs temporaires du lac Lucero et d'Alkali Flat, les dernières traces de l'ancien lac Otero. Le mouvement du gypse est devenu perpétuel.

Les magnifiques dunes de White Sands ont donc environ 10 000 ans, ce qui est infime à l'échelle géologique. Si l'histoire de la Terre était réduite à une année, l'âge des dunes de White Sands serait d'une minute.

Ce n'est qu'en 1933 qu'un décret du président Herbert Hoover, au titre de l'Antiquities Act de 1906, a fait de White Sands un Monument National. La Seconde Guerre Mondiale et l'isolement du bassin de Tularosa ont attiré les convoitises des militaires, et les dunes ont rapidement été entourées de voisins exigeants et encombrants : White Sands Missile Range au nord, à l'ouest et au sud, et la base aérienne de Holloman à l'est. Et les relations avec les militaires ne sont pas toujours simples : parfois, la route US-70 et le parc doivent être fermés, lorsque des tirs de missiles sont effectués.

Dunes de gypse fixées par la végétation, White Sands National Monument
Dunes de gypse fixées par la végétation

Nous commençons logiquement par un arrêt assez prolongé au visitor center, où on projette un documentaire très bien fait sur le parc et sa géologie si particulière. Puis nous empruntons Dunes Drive, la route qui donne accès à la plupart des sites du parc. Dunes Drive fait à peu près 25 km de long, aller-retour.

La végétation de White Sands est essentiellement constituée d'herbes plus ou moins hautes et de quelques arbustes, qui fixent les dunes et, jusqu'à un certain point, bloquent les déplacements du gypse sous l'effet du vent. Jusqu'à un certain point seulement, parce qu'à la longue, le gypse finit quand même par recouvrir la maigre végétation.

Lors de nos deux premiers arrêts, à Playa Trail puis à Interdune Boardwalk, il y a encore de l'herbe, mais plus nous avançons dans le parc, plus la végétation se fait rare. La photo ci-dessus a été prise à Interdune Boardwalk.

Yucca, White Sands National Monument
Yucca

Si l'on ne regarde que la surface, White Sands semble d'une extrême aridité. C'est une apparence assez trompeuse. Entre son origine lacustre, son absence totale de drainage et la fonte des neiges dans les montagnes environnantes chaque printemps, le sous-sol du parc est un peu plus humide que la surface, et la vie végétale y trouve à peu près ce qu'il lui faut pour se développer.

Enfin, pas tout à fait partout. Sur la photo, derrière le yucca, la dune de gypse blanc est presque nue, à l'exception de quelques herbes.

Petite grenouille, White Sands National Monument
Petite grenouille

Non seulement il y a une vie végétale à White Sands, mais il y a aussi une vie animale, plutôt inattendue pour un endroit aussi hostile. On y trouve notamment quelques espèces de batraciens. La grenouille de la photo est minuscule, pas plus de 3 ou 4 cm, et Marie a eu de la chance de pouvoir la prendre en photo. Déjà, elle bouge sans arrêt, et en plus sa couleur la confond avec la végétation.

A Interdune Boardwalk, nous avons aussi vu une toute petite souris couleur sable, mais de façon hélas trop furtive pour tenter de la prendre en photo. Il paraît qu'il y a aussi des serpents (ça paraît logique) et des lynx, mais nous n'en avons vu aucun.

Pas vraiment facile de faire de la photo animalière à White Sands !

Moi au milieu des dunes de gypse, White Sands National Monument
Moi au milieu des dunes de gypse

En face d'Interdune Boardwalk, de l'autre côté de Dunes Drive, Marie prend cette photo de moi sur une dune de gypse.

Il est très fortement déconseillé de se promener sur les dunes avec des chaussures ouvertes. En effet, avec la réverbération du soleil, le gypse est très chaud, et les risques de brûlures sont bien réels. De bonnes chaussures de randonnée, comme celles que je porte, sont très vivement recommandées.

On voit bien que la végétation commence à se faire rare.

La partie goudronnée de Dunes Drive, White Sands National Monument
La partie goudronnée de Dunes Drive

A Interdune Boardwalk, Dunes Drive est toujours revêtue. En fonction du vent, de la poussière de gypse peut parfois plus ou moins recouvrir la route.

En fait, plus il y a de végétation, plus le gypse est fixé. Au fur et à mesure qu'on avance dans le parc, la végétation diminuant, les vents ont de plus en plus tendance à pousser le gypse devant eux, et donc à recouvrir la route.

Il est très possible que, si nous retournons à White Sands dans quelques années, nous ne reconnaîtrons pas forcément le paysage, les dunes ayant pu se déplacer entre temps.

Dunes Drive dégagée au chasse-neige, White Sands National Monument
Dunes Drive dégagée au chasse-neige

Un peu après Interdune Boardwalk, le goudron cesse sur Dunes Drive, et nous roulons directement sur le gypse. Ce n'est pas particulièrement inconfortable, ni même vraiment difficile. Simplement, comme sur toute surface à faible adhérence, il faut faire attention et éviter tout geste brusque.

Plus loin, Dunes Drive passe entre deux véritables murs de gypse blanc.

L'explication est simple. Ici, il n'y  plus la moindre végétation, et le vent pousse librement le gypse devant lui, au point de recouvrir totalement la route, qui doit être dégagée avec un chasse-neige, exactement comme une route de montagne à la fin de l'hiver. Les murs de gypse sont ce qu'il reste après le passage du chasse-neige.

Un chasse-neige au milieu du désert ? Il n'y a vraiment qu'à White Sands qu'on a une chance de voir ça !

Dunes Drive au milieu du gypse immaculé, White Sands National Monument
Dunes Drive au milieu du gypse immaculé

Dunes Drive se termine par une boucle à sens unique, Loop Drive, qui dessert de nombreux points d'arrêt, parkings, aires de pique-nique et départs de piste. Chaque point d'arrêt est équipé de toilettes sèches.

Pour des raisons de sécurité, le parc est fermé la nuit. Il n'y a donc ni aire pour camping-cars ni terrain de camping à White Sands.

Loop Drive est très large. On pourrait y passer à 3 ou 4 voitures de front, par endroits.

Moi en haut d'une dune de gypse, White Sands National Monument
Moi en haut d'une dune de gypse

Nous nous arrêtons 3 ou 4 fois sur Loop Drive pour prendre des photos. Marie, qui fait attention à ne pas réveiller sa sciatique, ne s'éloigne pas beaucoup de la voiture.

Un peu plus aventureux, si on peut dire, je monte jusqu'en haut d'une dune d'une cinquantaine de mètres de haut. Les premiers pas sont assez pénibles, je m'enfonce dans le gypse jusqu'aux chevilles. La suite est nettement plus facile. Le gypse battu par les vents a tendance à durcir, et il est bien plus facile de marcher dessus. La fin est une simple formalité.

Je recommande tout de même de ne pas s'éloigner des itinéraires balisés, de porter un chapeau à bords larges (le soleil tape fort !), de s'enduire copieusement de crème solaire (la réverbération sur le gypse blanc ne pardonne pas), et de prendre de l'eau, même pour un quart d'heure.

A propos d'eau, quelques semaines avant notre visite, il y a eu un accident à Alkali Flat Trail, une des pistes les plus longues de White Sands, environ 7 km. Un couple de touristes français et leur fils de 9 ans se sont fait surprendre par la déshydratation, la chaleur et la réverbération. Les parents sont décédés tous les deux, et le jeune garçon n'a dû sa survie qu'à une petite bouteille d'eau que ses parents lui avaient laissée. Je renouvelle donc la recommandation des rangers du parc : il est important d'emporter de l'eau en quantité suffisante, disons 2 litres par demi-journée et par personne.

A Alkali Flat Trail, à titre de sécurité, il y a un registre au départ de la piste dans lequel il est indispensable de s'inscrire avant de partir. Les touristes décédés ne l'ayant pas fait, personne n'a pu se mettre à leur recherche.

Dunes de gypse blanc, White Sands National Monument
Dunes de gypse blanc

Nous sommes maintenant au coeur des dunes de gypse blanc, et ici, il n'y a plus la moindre végétation. La vue est très spectaculaire, à croire que nous ne sommes même plus sur la planète Terre !

Marie a pris la photo lors d'un de nos arrêts sur Loop Drive. On ne le voit évidemment pas, mais nous devons être à moins de 50 mètres de la route.

Le paysage étant suffisamment spectaculaire à notre goût, nous n'allons pas sur Alkali Flat Trail. Nous profitons de ce que nous voyons, qui est absolument superbe, tout en restant parfaitement en sécurité.

Dunes de gypse blanc, White Sands National Monument
Dunes de gypse blanc

Notre dernier arrêt sur Loop Drive est à Backcountry Camping Loop Trail, un nom très inattendu pour un endroit où il n'y a pas de terrain de camping , dans un parc de toute façon fermé la nuit.

De là part une piste en boucle au milieu des dunes. Il est recommandé de faire très attention. La piste est indiquée par des piquets en bois dont le haut est peint de couleurs vives, pour ne pas se perdre. Avant de s'éloigner d'un piquet, il est conseillé d'avoir repéré les suivants. La piste monte et descend, au gré des ondulations des dunes. C'est très joli, mais épuisant, car par endroit on s'enfonce dans le gypse. Marie renonce d'ailleurs assez rapidement.

Je poursuis encore quelques minutes, puis je finis par faire demi-tour également.

White Sands National Monument
White Sands National Monument

A l'ombre d'un auvent en tôle ondulée, nous mangeons un morceau. Marie prend cette photo du parking, immense, où il n'y a que quelques rares voitures, dont la nôtre.

Puis nous reprenons la route et quittons White Sands National Monument et ses paysages totalement surprenants.

En prenant notre temps, mais sans trop marcher, nous avons fait déjà un bon tour de ce parc en à peu près quatre heures.

Orage près de Carlsbad, NM
Orage près de Carlsbad

Nous avons maintenant une étape d'environ 280 km, avant de rejoindre Carlsbad et notre hôtel de ce soir.

Nous passons devant la base aérienne de Holloman, puis nous contournons Alamogordo, la seule ville importante de tout le bassin de Tularosa. Plus loin, la traversée des montagnes Sacramento par la Lincoln National Forest est magnifique.

Un peu avant l'arrivée à Carlsbad, le temps se gâte, et de lourdes nuées viennent obscurcir le ciel. Marie ne résiste pas et prend cette photo d'un très spectaculaire nuage d'orage qui, vu de loin, ressemble quelque peu à une tornade. Heureusement, ce n'en est pas une.

Notre hôtel est à la sortie de Carlsbad, en direction des Carlsbad Caverns, les grottes que nous visiterons demain. Entre temps, l'orage nous a rattrapés, et à peine arrivés dans la chambre, c'est une pluie diluvienne qui s'abat sur Carlsbad ! Pendant que Marie se repose, je vais passer un petit moment à la piscine de l'hôtel, où je suis absolument seul. Vu ce qui tombe dehors, je précise quand même que c'est une piscine intérieure.

Plus tard, après l'orage, nous ressortons chercher à dîner. Il n'y a rien près de l'hôtel. Nous reprenons la voiture, retournons vers le centre de Carlsbad et dînons au Pizza Inn, une pizzeria en self-service, toute simple, tenue par une famille et fréquentée par des familles du quartier.