Jeudi 17 septembre 2015 - Queen Mine, Bisbee

A partir d'aujourd'hui, nous entamons une série d'étapes un peu plus longues, qui vont petit à petit nous ramener vers Dallas, que nous avons quittée il y a déjà trois semaines.

Voici notre programme d'aujourd'hui :

Après 11 jours, nous quittons ce soir l'Arizona pour le Nouveau-Mexique.

Après le petit déjeuner et la conversation avec la famille sur Skype, nous quittons le Sierra Suites pour Bisbee, à une quarantaine de kilomètres.

A l'intérieur de Queen Mine, Bisbee, AZA l'intérieur de Queen Mine, Bisbee

La Queen Mine est juste à l'entrée de Bisbee, très facile à trouver. Le parking étant en travaux, nous nous garons en ville et finissons à pied. Ce n'est pas très loin.

Nous allons visiter une ancienne mine de cuivre. Il va sans dire que toutes les précautions de sécurité sont prises. On nous équipe de tout le nécessaire : casque, lampe frontale, ceinture. La température dans la mine avoisinant les 15°C été comme hiver (il fait déjà plus de 30°C à l'extérieur), on nous prête aussi des vestes de mineur.

Nous sommes un groupe d'une douzaine de visiteurs, accompagnés par un guide, lui-même ancien mineur à Bisbee, maintenant retraité, qui sait donc parfaitement de quoi il parle, et d'une autre personne. Le groupe se rassemble à l'extérieur et prend place sur un petit train très étroit. Nous sommes assis à califourchon sur les sièges.

Le train se met en route, on ouvre la porte de la galerie, puis nous entrons. Un premier arrêt rapide permet aux guides de s'assurer que personne n'est claustrophobe, et la visite se poursuit.

Déjà, sur les côtés du tunnel, plusieurs reconstitutions montrent des mineurs au travail.

Chariot de transport, Queen Mine, Bisbee, AZ
Chariot de transport

A l'arrêt suivant, nous descendons du train et montons 36 marches, jusqu'à un endroit plus spacieux. Notre guide prend le temps de nous expliquer ce qui était extrait dans cette mine : essentiellement du cuivre, mais aussi du plomb, du zinc, et même un peu d'argent et d'or. Cette mine était considérée comme une des plus productives des Etats-Unis.

Pendant son exploitation, de 1880 à 1975, la Queen Mine a produit 4 millions de tonnes de cuivre, d'un minerai contenant 23% de cuivre, ce que les professionnels considèrent comme énorme. La plupart des mines de cuivre extraient des minerais d'une richesse de 3 à 4%.

Le minerai était essentiellement acheminé hors de la mine par des wagonnets tractés. Le petit chariot tracté de la photo est donc une exception. On imagine qu'il devait servir à transporter les repas. En effet, les mineurs passaient la journée sur leur lieu de travail, ils ne sortaient que le soir.

Notre guide en plein commentaire, Queen Mine, Bisbee, AZ
Notre guide en plein commentaire

Les deux toboggans sur la photo servaient à acheminer au point d'embarquement les minerais extraits des galeries supérieures de la mine. Les filons de cuivre étant rarement horizontaux, il fallait en effet disposer de galeries sur plusieurs niveaux.

Ces toboggans n'étaient bien sur pas utilisés par les mineurs eux-mêmes, qui disposaient d'escaliers ou d'ascenseurs.

Chariot pour les outils et les explosifs, Queen Mine, Bisbee, AZ
Chariot pour les outils et les explosifs

Les mineurs utilisaient toutes sortes d'outils et de matériel, qu'on leur faisait parvenir avec ce genre de chariot.

A gauche du guide, la boîte métallique rouge contient un téléphone de secours, utilisé pour les alertes : fuite de gaz, effondrement, inondation, risque pour les travailleurs, etc.

Utilisation des explosifs, Queen Mine, Bisbee, AZ
Utilisation des explosifs

Ici, notre guide nous explique comment on creusait une nouvelle galerie en une seule fois.

Tout d'abord, au pic pneumatique, une équipe forait une vingtaine de trous. Puis un artificier spécialisé mettait dans chaque trou une cartouche de dynamite reliée à une mèche dont la longueur était soigneusement calculée. il n'y avait plus qu'à relier toutes les mèches à un boîtier électrique, mettre tout le monde à l'abri, appuyer sur le bouton,  et attendre l'explosion.

A ma question sur la longueur des mèches, notre guide me répond qu'il aurait été imprudent et dangereux que toutes les cartouches explosent en même temps. Les longueurs des mèches étaient donc légèrement différentes, de manière à avoir un petit décalage entre les explosions.

Une fois la poussière retombée et la galerie aérée, l'équipe revenait avec ses pelles, dégageait les débris, et le départ d'une nouvelle galerie était ouvert.

Puits d'accès aux galeries inférieures de la mine, Queen Mine, Bisbee, AZ
Puits d'accès aux galeries inférieures de la mine

Nous avons déjà dit qu'il y avait plusieurs niveaux de galeries dans la Queen Mine. Pour accéder aux niveaux inférieurs, les mineurs utilisaient les ascenseurs comme celui de la photo.

On voit bien qu'il n'y a pas de rails dans la cage d'ascenseur, qui est de toute façon trop exiguë pour contenir des chariots. Le minerai n'était pas transporté par là, il empruntait un autre chemin.

Les latrines, Queen Mine, Bisbee, AZ
Les latrines

Les journées étaient longues, dans la mine, et les travailleurs n'avaient pas le temps de retourner à l'extérieur pour satisfaire leurs besoins naturels. Il y avait donc à certains endroits des latrines sur roulettes, qu'on changeait de temps en temps. Soyons clairs : ces toilettes étaient peu hygiéniques, et encore moins adaptées à une quelconque intimité.

Curieusement, les latrines se trouvaient dans les pièces de repos, où les mineurs prenaient leurs repas.

J'écoute attentivement notre guide, Queen Mine, Bisbee, AZ
J'écoute attentivement notre guide

Nous sommes ici dans une pièce un peu plus étendue, où sont entreposés des chariots et d'autres équipements. La taille de la pièce a imposé un étayage particulièrement résistant du plafond, que l'on voit bien sur la photo.

Notre guide prend le temps de répondre avec précision à toutes mes questions. Nous avons eu droit à un exposé complet, couvrant de nombreux sujets, comme le travail à la mine et ses dangers, l'outillage, la vie des mineurs, l'histoire de la mine. L'ensemble était extrêmement instructif.

C'était notre dernier arrêt dans la mine. Nous remontons sur le train et regagnons la sortie. Au plus profond, nous étions approximativement à 500 m de l'entrée.

Petit train de la mine, Queen Mine, Bisbee, AZ
Petit train de la mine

Nous avons retrouvé l'air libre. Marie prend une photo du petit train que nous avons emprunté lors de la visite. On voit bien les bancs recouverts de plastique sur lesquels nous étions assis. La galerie n'étant pas très large, le train ne peut pas l'être non plus, et les visiteurs sont assis les uns derrière les autres.

J'imagine que le train est propulsé par des moteurs électriques, pour des raisons évidentes de ventilation.

Entrée de la galerie principale, Queen Mine, Bisbee, AZ
Entrée de la galerie principale, Queen Mine

Voici l'entrée de la galerie que nous avons visitée. En-dehors des brefs moments où le train entre et sort, le portail est fermé. Le feu vert au-dessus de la grille indique qu'il n'y a personne dans la galerie et qu'un autre train est autorisé à s'engager.

La Queen Mine a été ouverte en 1880, mais l'entrée actuelle n'a été construite qu'en 1915. La production a cessé en 1975. La mine a réouvert en 1976 comme attraction toursistique.

Bisbee est située dans une région de montagnes, les Mule Mountains, particulièrement riche en minéraux de toutes sortes, cuivre, mais aussi plomb, zinc, et même argent et or. Au début du 20ème siècle, le district minier de Bisbee était l'un des plus prospères des Etats-Unis.

Il existe toujours des mines dans la région de Bisbee, mais plus à Bisbee même, et plus en galerie, seulement à ciel ouvert. La plus connue, peut-être la plus importante, était la Lavender Pit, juste à la sortie de Bisbee, dont on a extrait essentiellement du cuivre jusqu'en 1974.

Eglise épiscopale, Bisbee, AZ
Eglise épiscopale, Bisbee

Après la visite de la Queen Mine, nous allons nous promener à pied dans Bisbee. Disons-le tout net, nous sommes un peu déçus. Nous pensions voir une ville très active (c'est tout de même le siège du comté de Cochise depuis 1929 ...), et nous traversons une ville presque morte.

Bisbee semble avoir attiré une quantité phénoménale de marginaux de toutes sortes. L'explication est toute simple. Lorsque l'activité minière a commencé à péricliter dans les années 1950, la population est allée chercher fortune ailleurs, et les prix de l'immobilier ont chuté de manière vertigineuse. Le climat étant attractif, à la fois chaud et sec, toutes les tendances de la contre-culture des années 1960, hippies et autres, se sont retouvées à Bisbee. Les ateliers d'artistes semblent effectivement assez nombreux.

Malheureusement, les mêmes raisons ont aussi attiré de nombreux junkies, et nous allons en croiser quand même un certain nombre. Nous nous étonnons notamment de voir des baskets accrochées aux fils téléphoniques. Curieux, mais logique. Elles servent à dissimuler la drogue.

Ford Mustang Mach 1, Bisbee, AZ
Ford Mustang Mach 1

La ville de Bisbee n'est pas laide, elle est juste assez commune et, lors de notre promenade à pied, rien de tangible ne permet de deviner son passé historique.

Nous croisons quand même une Ford Mustang Mach 1 de 1969-70, que l'on reconnait au mustang sauvage sur le côté gauche de la calandre. Les années suivantes, il est plus logiquement revenu au milieu. Elle semble en parfait état.

Musée historique de la mine, Bisbee, AZ
Musée historique de la mine, Bisbee

Les seules traces que nous ayons vues du passé minier de Bisbee, finalement, sont le musée historique de l'industrie minière et ses alentours. Dans les jardins autour du musée se trouvent de nombreux objets historiques : chariots, structures métalliques, outillage.

Le musée a été construit dans l'ancien siège social de la compagnie qui exploitait, entre autres, la Queen Mine.

Une ville bien calme, Bisbee, AZ
Bisbee, une ville bien calme

Nous sommes en début d'après-midi et, dans cette région quasi-désertique bien qu'à presque 1700 m d'altitude, la chaleur est étouffante, sans le moindre souffle d'air ou presque. Ceci explique peut-être pourquoi le centre ville est si calme.

Nous allons rapidement manger un morceau dans le bâtiment de la Chambre de Commerce, dont le rez-de-chaussée comporte une galerie marchande, puis nous quittons Bisbee, direction Douglas. A la sortie de Bisbee, nous passons le long de l'ancienne mine de cuivre de Lavender Pit.

Désert de Chihuahua, Nouveau-Mexique
Désert de Chihuahua, Nouveau-Mexique

A Douglas, nous sommes à moins de 2 km de la frontière mexicaine, puis nous allons graduellement nous en éloigner. Nous sommes toujours sur la route AZ-80. Peu avant la frontière du Nouveau-Mexique, nous passons devant le monument élevé à l'endroit où le célèbre chef Apache Geronimo s'est rendu pour la troisième et dernière fois aux troupes fédérales.

Nous traversons le désert de Chihuahua, qui s'étend des deux côtés de la frontière, au Mexique comme aux Etats-Unis. Nous reprenons l'Interstate 10 de Steins à Las Cruces, où nous arrivons en fin d'après-midi. Notre hôtel est correct, sans plus, et l'hôtesse d'accueil semble un peu débordée par le peu d'activité qu'elle a. Après une conversation avec deux couples rencontrés à la réception de l'hôtel, nous allons profiter de la piscine et du jacuzzi, que Marie trouve froid, comparé à ceux de ces derniers jours.

Lorsque nous ressortons chercher à manger, nous constatons que cette ville n'a pas du tout été conçue pour les piétons. Il n'y a aucun trottoir, et les passages piétons sont inexistants.