Mardi 15 septembre 2015 - Autour de Tucson

L'hôtel est bruyant, nous le savions dès hier soir. Heureusement que nous avons prévu les boules Quiès ! Le petit déjeuner est servi au restaurant de l'hôtel jusqu'à 9 heures, on ne traîne pas.

Nous passons la journée autour de Tucson, où nous avons pas mal de choses à voir :

C'est une journée chargée qui se presente. Nous restons à Tucson ce soir, donc peu de kilométrage au programme.

Comme nous n'avons pas les bagages, nous pouvons rouler décapotés. Vu le temps, chapeau ou casquette sont obligatoires !

L'histoire de la région est très spécifique. En effet, toute la partie sud de l'Arizona et une partie du sud-ouest du Nouveau-Mexique étaient des territoires mexicains jusqu'en 1853. C'est l'Achat de Gadsden, du nom de l'ambassadeur des Etats-Unis au Mexique de l'époque, qui les a intégrés à l'Union. Cet achat de territoire avait plusieurs motivations :

  • Tout d'abord, stabiliser la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, la ligne provisoire, pourtant acceptée par le Traité de Guadalupe Hidalgo après la guerre de 1846-1848 entre les Etats-Unis et le Mexique, ayant fait l'objet de disputes quasi-permanentes,
  • Ensuite, favoriser la construction d'une nouvelle ligne de chemin de fer transcontinentale très au sud, pour relier le Texas au sud de la Californie sans devoir passer par les chaînes de montagnes situées plus au nord,
  • Enfin, désenclaver et mettre en valeur les territoires du sud-ouest des Etats-Unis.

L'Achat de Gadsden a été négocié sous la présidence de Franklin Pierce, le 14ème Président, par un certain Jefferson Davis, Secrétaire à la Guerre (on ne disait pas encore à la Défense), qui se fera remarquer comme Président des Etats Confédérés pendant la Guerre Civile, entre 1861 et 1865.

Tucson est située en plein coeur du territoire de l'Achat de Gadsden. Autant dire que, dans toute la région, les traces de l'occupation espagnole, puis mexicaine, sont bien plus présentes que partout ailleurs.

Mission San Xavier del Bac, Tucson, AZ
Mission San Xavier del Bac

La mission San Xavier del Bac est très représentative de cette histoire particulière, ainsi que de la vocation missionnaire de la très catholique Espagne dans tous les territoires de son empire colonial d'Amérique.

La toute première mission catholique dans la région a été fondée en 1692 par un missionnaire jésuite, Eusebio Francisco Chini, qui lui a donné le nom d'un des co-fondateurs de la Compagnie de Jésus au 16ème siècle, Saint François-Xavier. En 1700, la toute première église de cette mission a été construite à quelques kilomètres du site actuel. En 1767, le Roi d'Espagne Charles III, très suspicieux à l'égard des Jésuites, a fini par les bannir de tous les territoires espagnols d'Amérique et par les remplacer par des Franciscains.

L'église d'origine, très vulnérable aux attaques des Apaches, a été détruite en 1770. L'église actuelle a été construite entre 1783 et 1797, par des missionnaires, toujours franciscains, grâce au prêt accordé par un riche fermier de la région. Après l'indépendance du Mexique en 1821, tous les prêtres de naissance espagnole ont été bannis par le gouvernement en 1828, et le dernier Franciscain a quitté les lieux en 1837. Le déclin de la mission San Xavier semblait inéluctable.

Cependant, après l'Achat de Gadsden en 1853, ce qui restait de la mission a été rattaché au diocèse de Santa Fe en 1859, et l'église a pu réouvrir. Dès l'établissement du diocèse de Tucson en 1868, des messes ont été de nouveau célébrées régulièrement à San Xavier.

A partir de 1872, les Soeurs Saint-Joseph de Carondelet ont ajouté une école, plusieurs fois agrandie, à la mission, qui garde encore aujourd'hui une forte vocation scolaire.

Intérieur de la mission San Xavier del Bac, Tucson, AZ
Intérieur de la mission San Xavier del Bac

Nous arrivons à San Xavier par l'Interstate 19 qui, outre sa longueur de seulement 101 km, présente la curiosité d'être la seule autoroute des Etats-Unis dont les distances sont signalées en kilomètres. Comme bien entendu les limitations de vitesse en vigueur sont exprimées en miles par heure comme dans le reste du pays, la gymnastique intellectuelle entre les deux systèmes de mesure est très intéressante.

Nous nous joignons à un groupe qui part visiter la mission, guidé par un retraité bénévole qui a été élève de l'école. Forcément, il connait particulièrement bien les lieux.

La visite commence par l'église principale, décorée dans le style plutôt chargé commun à toutes les missions espagnoles d'Amérique, auquel les populations indiennes locales ont encore ajouté des couleurs vives. Au fur et à mesure des dons, certains travaux de restauration redonnent à la mission son lustre d'antan. La nef principale est superbe, alors que les petites chapelles latérales n'ont pas encore pu toutes être traitées avec le même soin.

A l'arrière de l'église principale, la visite se poursuit par le cloître, sur lequel donnent les anciennes salles de classe. En effet, en 1947, une école plus grande a été construite juste à côté de la mission.

A la droite de la mission, une petite colline héberge les tombes des missionnaires Franciscains décédés ici.

A l'inverse d'autres missions catholiques de la région, San Xavier est toujours active, aussi bien pour la célébration des messes que pour son école maternelle et primaire, au service des communautés locales.

Puis nous quittons San Xavier en direction des Old Tucson Studios, à une vingtaine de kilomètres. 

Old Tucson Studios, Tucson, AZ
Old Tucson Studios

Nous passons une première fois devant les studios, dont dépassent des grues et d'autres accessoires. Nous sommes donc bien au bon endroit. Par contre, nous trouvons bizarre que le parking soit quasiment vide. Ce n'est finalement pas si étonnant que ça. En fait, les studios sont fermés tout le mois de septembre, ce qu'évidemment nous ignorions.

C'est dommage. Nous nous faisons une joie de visiter les studios où ont été tournées des scènes de nombreux films : Winchester 73, Rio Bravo, Josey Wales hors-la-loi, et beaucoup d'autres, et d'assister aux animations.

Maigre consolation, la boutique est ouverte.

Nous n'avons pas fait un bien grand détour. Notre itinéraire passait de toute façon devant les Old Tucson Studios.

Serpent à sonnette, musée du Désert, Tucson, AZ
Serpent à sonnette, musée du Désert

Cinq kilomètres plus loin, notre étape suivante est le Arizona-Sonora Desert Museum, que j'appellerai plus simplement Musée du Désert. A la fois musée, zoo, aquarium, jardin botanique et exposition de fossiles et de minéraux, cet établissement permet de découvrir les beautés du désert sur environ 40 hectares.

Les plantes et animaux sont présentés dans des conditions proches de leur environnement naturel, le espèces les plus dangereuses, comme les serpents, étant évidemment hors d'atteinte du visiteur.

Le propos de ce musée est de faire découvrir au visiteur les richesses de la vie du désert, sans passer trop de temps à les chercher vainement dans toute la région. Nous sommes à peu près sûrs de pouvoir voir la plupart des animaux hébergés ici.

Ce musée combine des expositions intérieures (fossiles, minéraux, certains animaux) et des activités extérieures, ainsi que des présentations par les rangers. Environ 85% des activités étant extérieures, il faut être prêt à marcher au chaud soleil du sud de l'Arizona.

Hibou, musée du Désert, Tucson, AZ
Hibou, musée du Désert

Après la visite des serpents à sonnette, dont j'ignorais qu'il en existât autant d'espèces, nous assistons à la présentation d'un petit hibou par une ranger. L'animal regarde curieusement l'appareil photo, comme s'il avait été réveillé en sursaut. S'agissant d'un oiseau en principe nocturne, ce n'est pas très étonnant.

La ranger le montre dans diverses positions. Curieusement, l'animal tourne la tête et parvient à fixer son regard toujours sur le même point.

Tempête de sable au milieu des saguaros géants depuis le musée du Désert, Tucson, AZ
Tempête de sable au milieu des saguaros géants

Nous avons quitté le bâtiment principal pour une promenade au milieu du désert. La signalisation insiste logiquement sur la nécessité de s'hydrater et de se protéger correctement du soleil, au point de mettre à disposition des visiteurs des distributeurs de crème solaire dans les toilettes.

Si l'on veut parcourir l'ensemble des thèmes proposés, la promenade fait environ 3 km. Cela peut sembler peu, mais il ne faut pas oublier que, même si nous restons à portée de la civilisation, nous sommes en plein désert. D'ailleurs, nous avons nos sacs à dos avec de l'eau en quantité.

A un moment, entre yuccas et saguaros géants, le vent se lève brusquement en une brève tempête de sable, qui se calme presque aussitôt, comme si de rien n'était.

Yucca et saguaros, végétation du désert de Sonora, Tucson, AZ
Yucca et saguaros, végétation du désert de Sonora

Une bonne partie du parc est aménagé de manière minimaliste, en respectant autant que possible les environnements et les écosystèmes naturels. C'est le cas du jardin botanique, qui montre cactus et yuccas.

Fausses chauves-souris dans leur grotte, musée du Désert, Tucson, AZ
Fausses chauves-souris dans leur grotte

A un moment, nous traversons une grotte dont le plafond héberge une colonie de chauves-souris, un volatile très commun des régions désertiques. A cette heure ci (nous sommes en tout début d'après-midi), elles semblent faire la sieste et ne nous prêter absolument aucune attention. C'est normal, elle sont fausses, elles font partie du décor de cette grotte. Inutile d'attendre, elles ne risquent pas de s'animer au crépuscule !

Cristaux de roche locaux, musée du Désert, Tucson, AZ
Cristaux de roche locaux

Une autre exposition intérieure montre la géologie de la région, plutôt animée ces deux derniers milliards d'années, entre éruptions volcaniques majeures, montées de lave, immersions, couvertures de sédiments, dérive des continents, etc. La richesse et la variété des cristaux et pierres précieuses est une conséquence directe de cette histoire tourmentée.

Jeune cerf à queue blanche, musée du Désert, Tucson, AZ
Jeune cerf à queue blanche

Après la galerie géologique et l'exposition de minéraux, nous ressortons visiter le zoo. Dans un grand enclos, nous voyons ce jeune cerf à queue blanche.

A priori, il ne devrait pas y avoir de cervidés au milieu du désert. Mais la vocation du Musée est plus large que ça. Il présente les écosystèmes de l'ensemble de la région, pas seulement du sud de l'Arizona. Au nord, d'où nous venons, l'altitude, la couverture forestière et la disponibilité d'une nourriture adaptée permettent l'existence de nombreux cervidés. Nous en avions d'ailleurs croisé sur la route en quittant Grand Canyon.

S'il y a des naissances dans ce zoo, c'est que les animaux doivent s'y sentir bien.

Ours noir, musée du Désert, Tucson, AZ
Ours noir

Dans les déserts du sud de l'Arizona, en principe, il n'y a pas non plus d'ours noirs. Eux aussi, on les trouve plus vers le nord, vers le Grand Canyon, là où la température plus clémente leur permet de trouver un habitat adapté, avec de la nourriture qui leur convient. Ceci confirme la vocation du parc, plus étendue que ce que nous pensions.

Marie remarque que cette femelle tourne de long en large dans son enclos, comme si elle s'y sentait à l'étroit. C'est possible, tout comme il est aussi possible que, tout simplement, cet animal ait un peu de mal à supporter la forte chaleur. Heureusement, les concepteurs de son enclos ont prévu une grande mare pour qu'elle puisse se rafraîchir.

Coyote, musée du Désert, Tucson, AZ
Coyote

Le coyote, lui, est bien un animal du désert. Cependant, il est très difficile de l'apercevoir dans son habitat naturel. Tout d'abord, c'est un animal assez discret. Et ensuite, aux heures chaudes de la journée, il reste bien caché, ne sortant qu'en soirée ou la nuit.

D'ailleurs, celui-ci a sagement choisi l'ombre d'un arbuste pour se reposer.

Variété de cactus, musée du Désert, Tucson, AZ
Variété de cactus

Nous parcourons toute la Desert Loop Trail, la promenade d'environ 3 km qui fait le tour du parc, à la recherche des animaux mentionnés sur le plan. Nous venons de voir le coyote, nous cherchons maintenant le javelina, une sorte de cochon noir sauvage de la famille des pécaris, à ne pas confondre avec un phacochère. Son enclos est relativement grand, nous regardons attentivement, de préférence à l'ombre, sous les arbustes, puis près des points d'eau, là où nous pensons avoir les meilleures chances de le voir.

Peine perdue, le javelina reste introuvable. Il faut dire que sa couleur sombre lui permet de se dissimuler astucieusement sous la végétation. Nous sommes peut-être passés tout près sans le voir. S'il peut se protéger des prédateurs, il peut sans difficulté se cacher de deux touristes juste armés d'un appareil photo.

Lynx, musée du Désert, Tucson, AZ
Lynx

Au retour de la Desert Loop Trail, nous passons par le Cat Canyon, la galerie des félins, surélevée et recouverte de grillage, au cas où. Nous y voyons notamment des lynx, dans un grand enclos reproduisant leur habitat naturel, avec arbres et rochers.

De la galerie supérieure, Marie arrive à prendre quelques photos des lynx en contrebas. 

Coati, musée du Désert, Tucson, AZ
Coati

Après l'avoir cherché un petit moment dans son enclos, par chance, nous finissons par voir le coati, un mammifère de la même famille que le raton-laveur. Si l'on en croit la photo, il est à la recherche de nourriture. Ca ne serait guère étonnant, cet animal omnivore passe le plus chair de son temps à chercher de quoi manger : graines, insectes, fruits, oeufs, racines.

Mouflon, musée du Désert, Tucson, AZ
Mouflon

Lorsqu'ils ont aménagé le parc, ses concepteurs ont astucieusement utilisé le relief pour reproduire les habitats naturels des animaux. Ici, un escarpement a été soigneusement habillé en pan de rocher pour le mouflon.

Normalement, le mouflon est un animal assez commun dans l'Ouest. Malgré tout, nous n'en verrons qu'ici et, fugitivement, sur la route de Carlsbad Caverns dans quelques jours. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir regardé attentivement !

Après avoir fait à peu près le tour du Musée du Désert, nous revenons vers le bâtiment principal et quittons le parc.

Finalement, le plus grand mérite du Musée est de faire découvrir la vie du désert sous tous ses aspects, extrêmement variés, sans devoir prendre le risque de se lancer à l'assaut du désert. C'est un très bon compromis.

Saguaros géants, Saguaro National Park, Tucson District
Saguaros géants, Saguaro National Park

Notre étape suivante est à Saguaro National Park, qui tient bien évidemment son nom des cactus géants, particulièrement communs dans toute la région. Ce parc est divisé en deux parties, l'une à l'est de Tucson, le Rincon District, que nous visiterons demain, et l'autre à l'ouest, le Tucson District, où nous allons passer un moment en cette fin d'après-midi.

Nous nous arrêtons un moment au visitor center, où nous voyons un film sur la vie dans les déserts.

Décidément, nous parlons beaucoup de déserts, aujourd'hui. C'est normal, toute cette région du sud-ouest des Etats-Unis est composée de quatre déserts principaux, soit d'ouest en est :

Les trois premiers sont des déserts de plaine, chauds, et même très chauds. Le quatrième est un désert de hauts plateaux, le plus souvent chaud, mais qui peut aussi être très froid en hiver. Mis bout à bout, ils représentent presque trois fois la superficie de la France. Autant dire que nous n'avons pas fini notre traversée du désert, pour ainsi dire.

Après le visitor center, nous allons voir le Desert Discovery Nature Trail, une piste relativement courte, moins de 1 km, qui permet de découvrir d'une façon assez didactique la vie végétale du parc, et notamment les fameux saguaros géants qui lui ont donné son nom. C'est ainsi que nous apprenons qu'un saguaro peut vivre jusqu'à plus de 300 ans, qu'il pousse à la verticale pendant plusieurs décennies, et que les "bras" qui se développent le long de son tronc indiquent plus ou moins son âge.

Nous voyons aussi quelques saguaros morts tombés à terre. A l'intérieur, ce n'est pas juste un matériau mou. Il y a vraiment du bois dur. Les saguaros les plus hauts dépassent largement la douzaine de mètres.

Saguaro National Park, Tucson District
Saguaro National Park

Un peu plus loin commence la route circulaire qui fait le tour du parc. Malheureusement, cette route n'est pas revêtue, et le début, en très mauvais état, nous fait renoncer très vite.

Nous quittons le parc, sans oublier de photographier le panneau d'entrée, et prenons lentement la route du retour vers Tucson.

Double arc-en-ciel sur le chemin du retour, Tucson, AZ
Double arc-en-ciel sur le chemin du retour

Ce matin à San Xavier, il faisait à peu près beau, mais toute la journée, le temps s'est progressivement couvert, et il fait maintenant franchement sombre. Par miracle, nous allons en être quittes pour à peine quelques gouttes, juste assez pour former le double arc-en-ciel de la photo.

Retour vers Tucson par Gates Pass
Retour vers Tucson par Gates Pass

Nous revenons vers Tucson en traversant le Tucson Mountain Park, une large zone protégée à l'ouest de la ville. Nous ne sommes plus sur l'itinéraire de ce matin, nous franchissons les Tucson Mountains, la chaîne de montagnes de la photo, par le Gates Pass (rien à voir avec Bill !), après nous être arrêtés faire quelques photos un peu avant le col. Le point de vue sur la plaine et le désert est superbe, ça valait vraiment le coup de passer par cette route.

Le ciel s'est éclairci, il fait de nouveau très beau, et toujours aussi chaud. Nous entrons dans Tucson par une large avenue qui nous ramène presque directement à l'hôtel. Comme hier, nous profitons de la piscine et du jacuzzi avant d'aller dîner au restaurant de l'hôtel.