Lundi 14 septembre 2015 - Apache Trail

J'ai pitié de la sciatique de Marie, je la laisse dormir un peu. Sauf qu'à un moment, il faut bien émerger, sous peine de ne pas avoir de petit déjeuner. Ce serait dommage, le buffet est bien garni.

Après le rituel skype à la famille en France, nous quittons l'hôtel.

Les orages d'hier ne sont plus qu'un lointain souvenir. Il fait un temps superbe et déjà bien chaud. Nous avons quitté le plateau du Colorado pour le désert de Sonora, perdant au passage 1000 m d'altitute et gagnant quelques degrés. Nous en reparlerons dans la journée.

L'étape du jour est raisonnable, environ 320 km. Nous reprenons la route US-60, qui se présente en fait comme une autoroute, jusqu'à Apache Junction. Puis nous prenons la route AZ-88, plus connue sous le nom d'Apache Trail. C'est notre programme de la journée, avec de multiples arrêts en chemin.

Apache Trail tient évidemment son nom des indiens Apaches qui peuplaient la région, et utilisaient cet itinéraire pour leurs déplacements. Les réserves Apaches actuelles sont cependant situées un peu plus à l'est.

Nous allons traverser les Superstition Mountains. Leur nom provient de légendes jamais prouvées à base de mines d'or perdues, et d'une croyance Apache locale qui y situait l'entrée de l'enfer.

Entrée de la ville fantôme de Goldfield, AZ
Entrée de la ville fantôme de Goldfield

Notre premier arrêt est à Goldfield, une ville fantôme, un peu dans le genre de Calico, que nous avons visitée il y a 5 ans, mais moins étendue, un peu moins mercantile, et au moins aussi authentique. Comme son nom l'indique, Goldfield vivait de mines d'or.

L'âge d'or (c'est le cas de le dire ...) de Goldfield a été très bref, de 1892 à 1897. Quand les mines se sont épuisées, les habitants sont partis chercher fortune ailleurs. Une seconde tentative dans les années 1920 n'a pas duré plus longtemps. Après avoir compté jusqu'à 4000 habitants, Goldfield est aujourd'hui une ville fantôme, comme l'Ouest des Etats-Unis en compte un certain nombre.

Le parking et l'accès sont gratuits. La visite n'est pas guidée et s'effectue au rythme de chacun. Il y a aussi un petit train qui fait le tour de la ville, avec un commentaire qui décrit l'histoire locale et celle du Sud-Ouest des Etats-Unis.

La rue principale de Goldfield, AZ
La rue principale de Goldfield

Comme beaucoup de villages de l'Ouest, Goldfield a été bâtie autour d'une rue principale, avec des constructions de chaque côté. Une trentaine de bâtiments ont été reconstruits selon la tradition. On trouve, entre autres, un saloon, diverses boutiques, des restaurants, un magasin de photo, une église, et même un bordel.

Le sol est en terre battue. Lorsqu'il pleut, ce doit être assez pénible de marcher. La rue principale est assez large, avec une pente modérée.

Le saloon de Goldfield, AZ
Le saloon de Goldfield

Le saloon a été complètement restauré dans le style western. Bien qu'il abrite un restaurant tout à fait contemporain, il conserve malgré tout un cachet et une authenticité évidentes.

L'église de Goldfield, AZ
L'église de Goldfield

Tout en haut de la rue principale de Goldfield, l'église a elle aussi été parfaitement restaurée dans l'esprit western. On peut y entrer librement, la porte est grande ouverte.

Juste à côté de l'entrée, un petit panneau de bois gravé énumère les 10 Commandements, dans le style et avec le vocabulaire des cow-boys. Ce n'est pas très politiquement correct, mais absolument hilarant !

Ancien puits de mine de Goldfield, AZ
Ancien puits de mine de Goldfield

Goldfield était bel et bien une ville minière. De ce passé révolu depuis longtemps, il reste une ancienne mine réhabilitée, que nous ne prenons pas le temps de visiter.

Il y a quelques autres attractions, destinées à d'autres publics : orpaillage pour les enfants, visite du bordel, tir à la carabine.

Saguaro au bord d'Apache Trail
Saguaro au bord d'Apache Trail

Peu après Goldfield, Apache Trail quitte la plaine pour les Superstition Mountains, dont nous traversons la partie nord. Ces montagnes ne sont pas très élevées, nous allons passer la journée entre 600 et 800 m d'altitude.

Nous sommes bien au milieu d'un désert, que l'on reconnait à sa végétation clairsemée, dominée par la garrigue et les saguaros géants.

Saguaros, Canyon Lake, Superstition Mountains, Apache Trail, AZ
Saguaros, Canyon Lake, Superstition Mountains

Quelques kilomètres plus loin, Apache Trail rattrape le cours de la Salt River, une des seules rivières importantes de la région. Son cours est coupé par quatre barrages, principalement destinés à l'irrigation et à l'approvisionnement en eau de l'agglomération de Phoenix.

Nous suivons la rive de Canyon Lake, un des lacs de barrage. Tous ces lacs servent également aux loisirs des habitants de la région. Nous verrons de nombreux bateaux à voile ou à moteur, et au moins une marina par lac.

Superstition Mountains, Tortilla Flat, AZ
Superstition Mountains, Tortilla Flat

Après avoir suivi la rive de Canyon Lake un moment, Apache Trail s'en éloigne un peu. Nous sommes en plein coeur des Superstition Mountains, une formation essentiellement calcaire, à la géologie nettement plus tourmentée que celle du plateau du Colorado.

La route est très sinueuse, nous roulons plutôt doucement. Nous avons donc tout le temps d'admirer les magnifiques paysages du désert et leur végétation étique.

Ecole transformée en musée, Tortilla Flat, AZ
Ecole transformée en musée, Tortilla Flat

Nous arrivons à Tortilla Flat, une communauté de 6 habitants, pas un de plus, qui semble pratiquement endormie au chaud soleil de ce début d'après-midi.

A l'origine, dans la seconde moitié du 19ème siècle, Tortilla Flat était une sorte de camp de base pour les prospecteurs d'or qui pullulaient dans toute la région. A partir de 1904, elle a servi d'étape aux convois qui acheminaient le matériel sur le chantier du barrage Theodore Roosevelt, que nous verrons un peu plus tard. Lorsque le barrage est devenu une attraction touristique, jusqu'aux années 1930, elle servait d'étape aux touristes.

Avec le développement de l'automobile, il n'y avait plus vraiment besoin d'une étape entre Phoenix et le barrage Roosevelt. Tortilla Flat a rapidement périclité, ne conservant que l'activité apportée par les quelques visiteurs qui parcourent Apache Trail et s'y arrêtent.

A l'extrémité du village, l'école a été transformée en un petit musée d'une seule pièce. La visite est libre, nous y passons quelques minutes à regarder les témoignages de l'histoire locale, photos, articles de journaux et quelques objets.

Superstition Saloon, Tortilla Flat, AZ
Superstition Saloon, Tortilla Flat

La seule activité économique significative est le Supersition Saloon, qui sert à la fois de restaurant et de magasin général, comme souvent dans les villages de l'Ouest. Il y a bien quelques visiteurs, mais ce n'est pas la grosse affluence. Nous sommes déjà mi-septembre, j'espère pour les exploitants qu'il y a un peu plus d'activité en haute saison.

Finalement, Tortilla Flat est assez représentative de ce que peut devenir un village de l'Ouest lorsque l'essentiel de ses activités disparaît, ne laissant que le tourisme.

Superstition Mountains, Apache Trail, AZ
Superstition Mountains, Apache Trail

Les paysages au coeur des Superstition Mountains sont réellement superbes, nous roulons doucement pour en profiter le plus possible.

Un peu plus loin, nous nous arrêtons faire quelques photos à un point de vue qui domine le paysage. Un panneau rappelle aux visiteurs les divers dangers de la région, et notamment les serpents à sonnette.

Apache Lake, Salt River, AZ
Apache Lake

Nous nous arrêtons à un point de vue qui domine l'Apache Lake, le troisième des 4 lacs de barrage de la Salt River. Je m'avance un peu, pour ne pas avoir sur les photos les fils téléphoniques qui longent Apache Trail.

Bien que nous ayons pris un peu d'altitude, c'est toujours la végétation du désert qui domine : arbustes de garrigue et, bien sûr, l'omniprésent saguaro.

Apache Trail
Apache Trail

Je n'y avais pas prêté particulièrement attention lorsque nous avons préparé ce voyage mais, quelques kilomètres après Tortilla Flat, le bitume s'arrête. Il ne reprendra que juste avant le barrage Roosevelt, soit 22 miles de piste non revêtue, fort heureusement en très bon état. A condition de faire attention, comme sur toute route non revêtue, nous passons sans difficulté avec la Camaro.

Nous croisons peu de monde, sur ce tronçon de route. Les touristes semblent s'être arrêtés avec le bitume.

52°C, il commence à faire chaud sur Apache Trail !
51°C, il commence à faire chaud sur Apache Trail !

La route monte et descend au gré des lignes de montagnes. Lorsque nous nous trouvons au fond d'un canyon, il n'y a pas un souffle d'air, et la température monte très vite. Le thermomètre de la Camaro indique jusqu'à 123°F, soit 51°C. Ca commence à faire beaucoup.

Inutile de dire que, pour profiter de la climatisation, nous n'avons pas décapoté, aujourd'hui.

Apache Lake, Salt River, AZ
Apache Lake, Salt River

Nous suivons maintenant la rive d'Apache Lake. Comme dans d'autres lacs, les prélèvements d''eau en fin de saison ont fait baisser le niveau, ce que montre bien la bande blanche le long du rivage.

Le barrage Theodore Roosevelt
Le barrage Theodore Roosevelt

Nous sommes maintenant devant le barrage Theodore Roosevelt. En 1902, le 26ème Président a autorisé, sous le nom collectif de Newlands Reclamation Act, de multiples projets d'irrigation pour favoriser la mise en valeur de l'Ouest, dont cinq sur la Salt River. Ce barrage a été construit entre 1905 et 1911. En son temps, il a été le plus grand barrage en maçonnerie du monde.

Plus tard, de 1989 à 1996, il a été réhaussé de 23 m, atteignant une hauteur totale de 109 m, et recouvert de béton. Cette extension a permis de contrecarrer les effets de la sécheresse sévissant dans toute la région. Malgré tout, le lac n'a atteint son niveau maximal qu'en février 2009.

Curieusement, le barrage et le lac n'ont reçu le nom de Theodore Roosevelt qu'en 1959.

En plus de son rôle dans le système d'irrigation de la région, ce barrage est le seul des quatre de la Salt River à posséder une centrale électrique.

Apache Trail permet plusieurs points de vue sur le barrage Roosevelt. Nous verrons donc le barrage du bas, puis plus haut, où un parking est aménagé. A l'approche du barrage et de sa centrale, le bitume reprend.

Le lac Theodore Roosevelt
Le lac Theodore Roosevelt

Apache Trail prend fin à la jonction entre la route AZ-88 et la 188. Nous sommes de retour dans la civilisation, la route est normalement revêtue. La route AZ-188 continue de s'appeler Apache Trail jusqu'à sa jonction avec la route US-60 à Claypool, mais elle n'a plus rien de typique ou d'historique. C'est une route bien aménagée dans une jolie région de montagne, point.

Un peu plus loin, nous nous arrêtons à un point de vue qui domine le lac Theodore Roosevelt, pas très loin de la marina, puis à un visitor center, dans lequel un film raconte l'histoire du barrage, du lac et d'Apache Trail.

L'après-midi est déjà avancée, il ne nous reste plus qu'à parcourir les 230 km qui nous séparent de Tucson (on prononce "tou-sonne"), la grande ville du sud de l'Arizona, en plein coeur du désert de Sonora. Nous contournons les Superstition Mountains par l'est, puis par le sud, puis nous traversons le désert.

Comme beaucoup de villes de l'Ouest où le terrain ne coûte presque rien, Tucson est une grande ville plate, à l'exception de son centre, où on trouve quand même quelque gratte-ciel. Notre hôtel, un Best Western dans le style local qui rappelle les construction mexicaines, est presque en centre ville, ce qui est pratique par rapport à notre programme de demain. Par contre, situé près d'une voie de chemin de fer et d'une caserne de pompiers, il est plutôt bruyant.

Nous profitons un moment de la piscine et du jacuzzi, qui achève de soigner la sciatique de Marie, puis nous allons dîner dans le restaurant de l'hôtel, qui propose un menu assez varié, avec notamment des plats tex-mex, que j'adore.

Que retenir de cette journée ? Apache Trail est une route riche en points d'intérêts de toutes sortes, sites naturels, flore, histoire, industrie, loisirs. Chacun y trouvera de quoi s'occuper. Nous avons pris notre temps, choisi ce que nous voulions voir, et bien profité du beau temps. A vrai dire, ce fut une belle journée.