Vendredi 11 septembre 2015 - De Chinle à Flagstaff

Nous avons rendez-vous avec notre guide Navajo devant l'hôtel à 9h. Donc lever pas trop tard, petit déjeuner dans le restaurant de l'hôtel, toujours aussi correct, on fait les sacs, et on charge la Camaro, qui nous attendra toute la matinée sur le parking.

Ce n'est pas plus mal d'attaquer tôt car la journée va être dense, avec à la fois des visites et de la route :

A l'heure dite, et même un peu en avance, notre guide est là. Il s'appelle Terrell. Il est venu avec un 4x4 qui doit dater de plusieurs décennies, avec un peu plus de 200 000 miles au compteur. La voiture est dans un état qui ne lui permettrait sans doute pas de passer un contrôle technique, mais peu importe. Terrell est sympa, il prend tout son temps pour ses explications, et m'en laisse encore davantage pour traduire à Marie. C'est évidemment un authentique Navajo.

Le Canyon de Chelly est en forme de Y, il se divise en deux branches, nord et sud. Au nord, c'est le Canyon del Muerto, que nous allons visiter avec Terrell, au sud le Canyon de Chelly proprement dit. Les premières traces d'occupation humaine datent de près de 5000 ans. Le canyon a été successivement habité par les Anasazis (750-1300), les Hopis (1300-1700), puis les Navajos depuis 1700. Aujourd'hui, environ 70 familles Navajo habitent toujours le canyon.

Il existe deux moyens de visiter le Canyon de Chelly :

  • Soit seuls, en prenant les deux routes sur le plateau, qui bordent chacune de ses deux branches. L'inconvénient est qu'on ne voit les sites archéologiques que d'assez loin,
  • Soit en prenant une visite guidée, qui permet d'approcher ces mêmes sites de beaucoup plus près, tout en bénéficiant des commentaires du guide.

La visite du canyon commence par une très courte halte tout près du visitor center pour acheter un permis à 2$, qui nous autorise à pénétrer dans le canyon accompagnés de notre guide.

Pictogrammes Anasazi, Canyon de Chelly
Pictogrammes Anasazi

Notre premier arrêt est devant un rocher vertical sur lequel les premiers habitants du canyon ont laissé toutes sortes de gravures, des mains, des enfants, des animaux, etc. Le zigzag à gauche de la photo représente un serpent.

Le nom du Canyon de Chelly vient d'une déformation espagnole d'une expression Navajo qui signifie à peu près "le canyon à l'intérieur", ce qui traduit finalement plutôt bien ce que nous allons voir, une gorge encaissée à l'intérieur d'une mesa.

Canyon de Chelly
Canyon de Chelly

Le Canyon de Chelly est un site archéologique, c'est entendu. C'est aussi un joli site naturel, un canyon en Y encastré entre ses rives nord et sud. Nous sommes toujours sur le plateau du Colorado, au milieu de son empilement de couches calcaires.

Ce canyon est bien moins profond que celui du Colorado, entre 150 et 300m. Tout au fond du canyon, au plus près de la rivière pratiquement à sec, nous ne nous sentons pas écrasés. C'est une vision presque intimiste.

Le soleil brille, il n'y a pas un nuage. Les rochers sur les flancs du canyon ont pris des nuances entre l'orange et le rouge brique.

First Ruin, Canyon de Chelly
First Ruin

Nous nous arrêtons à First Ruin, comme son nom l'indique le premier site à partir de l'entrée du canyon. First Ruin est un site Anasazi, on reconnait les maisons et leurs fenêtres, le grenier rond et son ouverture minuscule, et le choix d'un site suffisamment élevé au-dessus de la rivière pour ne jamais être inondé.

Comme à Mesa Verde et ailleurs, je suis émerveillé par l'état de conservation de ces sites vieux de 7 siècles.

Junction Ruin, Canyon de Chelly
Junction Ruin

A la jonction des deux canyons se trouve, en  toute logique, Junction Ruin. Là aussi, les maisons ont été construites à un endroit surélevé.

Suivant les endroits, le fond du canyon est plus ou moins large. Là où il y a un peu de place, l'humidité apportée par la rivière permet quelques cultures, notamment de maïs. Les habitants actuels poursuivent leur agriculture ancestrale, en l'accompagnant d'un peu d'élevage.

Ici, c'est un peu l'inverse de Mesa Verde. Les cultures et le bétail sont au fond du canyon, les habitations et les greniers un peu plus haut.

Peintures Hopi, Canyon de Chelly
Peintures Hopi

Un peu plus loin, Terrell nous montre d'autres peintures, qui semblent plus récentes que les premières. Les motifs sont un peu plus détaillés et les couleurs plus variées. Ce sont sans doute des traces laissées par les Hopis et non plus par les Anasazis.

Antelope House Ruin, Canyon de Chelly
Antelope House Ruin

Après presque 2 heures de visite, nous nous arrêtons à un endroit où le canyon est un peu plus large, au milieu de quelques maisons Navajo. Le hameau est habité par quelques familles,  qui pratiquent l'agriculture et l'élevage, et vivent de l'artisanat local vendu aux touristes.

A quelques dizaines de mètres du village, il y a un très beau site en ruine, Antelope House Ruin, protégé par une clôture pour le préserver. De toute notre visite, c'est le seul site presque au niveau du fond du canyon. Une des hypothèses est que la rivière n'a pas toujours été à ce niveau, et que cette partie du canyon a pu être comblée par des alluvions.

Nous nous arrêtons un moment. Pendant que Terrell discute, nous allons prendre quelques photos des ruines.

C'est la fin de la visite. Nous remontons dans le 4x4 brinquebalant et retournons à l'entrée du canyon puis à l'hôtel. Il ne nous reste plus qu'à remercier Terrell pour cette visite détaillée.

Chariot de la Conquête de l'Ouest, Chinle
Chariot de la Conquête de l'Ouest, Chinle

Avant de partir, Marie prend quelques photos des reliques de l'Ouest Sauvage sur le parking de l'hôtel, dont ce chariot de pionniers en très bon état, à l'exception de la toile, qui a disparu. Il faut imaginer une famille complète y entassant tout ce qu'elle possède et traversant l'Ouest pour chercher une vie meilleure. Pour nous Européens, plutôt sédentaires, c'est très courageux, et souvent risqué.

Nous quittons Chinle pour de bon et nous revoici sur la route US-191, direction plein sud, jusqu'à la petite ville de Ganado.

Hubbell Trading Post
Hubbell Trading Post

Juste avant Ganado, nous nous arrêtons à Hubbell Trading Post, un comptoir commercial devenu un site historique classé et géré par le National Park Service.

Après leur exil forcé à Fort Sumner, à 650 km de distance, les Navajos ont été autorisés à revenir sur leurs territoires traditionnels en 1868, et un traité leur a accordé une réserve, qui allait petit à petit devenir la nation Navajo telle qu'elle existe aujourd'hui. Seulement voilà, après 4 ans d'absence, plus rien n'était en état : bétail décimé, terres à l'abandon, maisons détruites. Il fallait tout reconstruire à partir de rien.

C'est là que John Lorenzo Hubbell a commencé à jouer un rôle essentiel, aussi bien pour sa propre prospérité que pour les Navajos. En 1878, soit 10 ans après le retour des Navajos sur leurs terres, il a établi un premier comptoir commercial en plein coeur de la réserve et a commencé à fournir la nourriture qui n'était pas produite sur place, les semences, les outils, et plus généralement tout ce qui manquait aux habitants. En échange, il achetait la laine, les moutons et, plus tard, les tapis, les bijoux, les paniers.

Le comptoir tel que nous le visitons aujourd'hui a été construit en 1897. John Lorenzo Hubbell est décédé en 1930, et ce sont ses descendants qui ont pris la suite, jusqu'en 1965. Le comptoir a finalement été vendu au National Park Service en 1967. L'activité commerciale existe toujours.

Le site comprend deux groupes de bâtiments principaux :

  • A droite à l'entrée du site, un petit bâtiment fait office de visitor center, avec un petit musée où sont exposées quelques pièces historiques,
  • Au fond, un ensemble d'un seul niveau, qui regroupe la maison familiale des Hubbell, le comptoir commercial proprement dit, et une vaste grange qui sert d'entrepôt.

Autour de ces deux bâtiments, il y a quelques enclos avec un peu de bétail, et quelques parcelles cultivées de manière traditionnelle.

Nous visitons le comptoir commercial. La production de l'artisanat Navajo tient évidemment une place de choix. Après tout, c'est la vocation de ce site. Les différentes pièces sont assez chères, mais de grande qualité. Je recommande particulièrement les tapis très colorés, les paniers, la poterie et les bijoux.

Après un passage au visitor center, nous reprenons la route, direction la Forêt Pétrifiée. Nous rattrapons l'Interstate 40 à Chambers. Nous sommes à peu près sur le parcours de l'ancienne Route 66.

Petrified Forest National Park
Petrified Forest National Park

L'Interstate 40 traverse la partie nord du Parc National. Nous quittons l'autoroute et nous sommes tout de suite à l'entrée du parc.

Nous venons juste de quitter le territoire de la nation Navajo. Le GPS embarqué de la Camaro a un peu hésité, puis a fini par se remettre à l'heure de l'Arizona. Nous gagnons une heure, ce qui est très bon à prendre pour une journée aussi chargée.

Nous nous arrêtons quelques instants au visitor center, le temps d'acheter quelques cartes postales et de quoi manger vite fait. Sur le parking, nous voyons une Chevrolet Bel Air 1957 en parfait état. Décidément, on sait prendre soin de ses voitures, dans ce pays !

Le Désert Peint, Petrified Forest National Park
Le Désert Peint

Petrified Forest National Park est traversé du nord, où nous sommes, au sud par une route de 46 km, jalonnée de nombreux arrêts. Le plus simple est de parcourir toute la route, de nous arrêter partout où nous en avons envie, puis de quitter le parc par le sud en direction de Holbrook, où nous avions de toute façon prévu de nous arrêter.

Notre premier arrêt est à Tiponi Point, un point de vue surélevé qui domine le Désert Peint. Nous avons déjà traversé son extrémité nord-ouest il y a 5 ans le long de la route US-89 entre Cameron et la jonction de la route US-160 près de Tuba City, nous découvrons maintenant son extrémité sud-est. Il fait plus de 180 km de long. Sa géologie est assez simple, comme le reste du plateau du Colorado. Les couches calcaires ont été érodées, puis façonnées par l'usure des grains de sable portés par le vent. C'est cette érosion très particulière qui donne ces formes douces et arrondies.

Petrified Forest National Park est un des innombrables sites naturels protégés par décret du Président Theodore Roosevelt au titre de l'Antiquities Act de 1906. Il a d'abord été un Monument National, avant de devenir un Parc National en 1962. En 2004, sous l'administration de George W. Bush, une loi a autorisé le doublement à terme de sa surface, pour préserver la plus grande quantité possible de bois pétrifié. Cependant, et malgré une surveillance intensive, les rangers du parc estiment que 11 tonnes de bois pétrifié sont prélevées illégalement chaque année.

Painted Desert Inn, Petrified Forest National Park
Painted Desert Inn

Pour le moment, si on oublie la souche sous le panneau d'entrée, nous n'avons encore vu aucun arbre pétrifié. Par contre, nous savons que la Route 66 traversait le parc dès sa mise en service en 1926, quand il était encore Monument National. Bien entendu, le trafic routier avait attiré quelques commerçants. Dès les années 1920, une auberge avait été établie à cet endroit. En 1935, le National Park Service a acheté le site et ses environs.

L'auberge actuelle a ouvert en 1940. Suite à l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, elle a fermé en 1942, après à peine 2 ans d'activité. Après la fin des hostilités, en 1947, l'architecte Mary Jane Colter, dont nous avons déjà parlé à propos de la tour de vigie de Desert View dans le Parc National du Grand Canyon, a été mandatée pour restaurer et redécorer les lieux dans le style Pueblo Revival. Malgré tout, au cours des années suivantes, l'auberge s'est dégradée et a fini par fermer en 1963, après l'ouverture du visitor center à côté de l'entrée du parc.

La démolition du bâtiment était prévue pour 1975 mais, comme souvent aux Etats-Unis, une collecte de fonds a permis de la sauver. L'auberge a étré désignée Monument Historique en 1987 et a rouvert après sa restauration en 2006. Nous la découvrons aujourd'hui telle qu'elle apparaissait aux voyageurs en 1949. Le mobilier est rare, mais la décoration intérieure est en parfait état. Quelques objets d'époque rappellent ce qu'était une auberge en bordure de nationale : tables, chaises, et les toutes premières radios à transistors.

L'histoire de l'auberge n'a donc strictement rien à voir avec la Forêt Pétrifiée. Par contre, elle a tout à voir avec la mystique de la Route 66, dont elle constituait la seule étape entre les villes de Chambers et Holbrook, soit près de 80 km. C'est le seul cas de route nationale, aujourd'hui d'Interstate, traversant un Parc National.

Aujourd'hui, c'est le 11 septembre. En mémoire des 3 200 victimes des attentats de 2001, les drapeaux sont en berne sur tous les sites officiels des Etats-Unis.

Route 66, Petrified Forest National Park
Route 66

Quelques kilomètres après Painted Desert Inn, nous traversons la Route 66, ou plus exactement sa trace. Là où Petrified Forest Road traversait la Mère des Routes, il y a juste une petite esplanade avec le logo de la Route et une vieille carcasse rouillée abandonnée là depuis les années 40. La Route elle-même a disparu, recouverte par la Nature, qui finit toujours par gagner sur l'Homme.

L'emplacement de la route est à peine visible : la végétation est légèrement plus sombre sur une étroite bande rectiligne. Les poteaux téléphoniques, autrefois le long de la route comme il se doit, semblent maintenant totalement incongrus au milieu de la végétation. C'est tout ce qui reste de l'Avenue Principale de l'Amérique, un ruban d'un vert à peine plus foncé que la garrigue qui l'entoure, sur six mètres de large.

Plus la vieille carcasse.

Plus le logo de la Route.

C'est très peu, pour une légende.

Un étrange sentiment me prend. Ce n'est pas de la déception, non, plutôt une sorte de nostalgie un peu triste.

Nous reprenons la route. Un peu plus loin, nous passons au-dessus de la voie de chemin de fer du BNSF, la compagnie de Warren Buffett. Eh oui, le chemin de fer transcontinental traverse également le parc.

Peu après, nous nous arrêtons à Puerco Pueblo, juste après avoir traversé le lit presque à sec de la Puerco River. Ce lit est extrêmement large, pour un simple ruisseau. Nous supposons que, comme souvent dans la région, il ne pleut pas souvent, mais quand par hasard il pleut, la rivière en crue doit tout emporter sur son passage.  Nous n'avons pas le loisir de vérifier, il fait un temps splendide.

Lorsque nous revenons à la voiture après avoir marché quelques minutes, nous trouvons deux corbeaux taille XXL qui s'intéressent de très près aux pneus de la Camaro.

Newspaper Rock, Petrified Forest National Park
Newspaper Rock

Nous roulons jusqu'à Newspaper Rock. Comme la semaine dernière sur la route de Canyonlands, c'est un rocher sur lequel les habitants des siècles passés ont gravé d'innonbrables pictogrammes. Ici, cependant, le rocher est assez éloigné, et il faut utiliser la longue-vue mise à disposition par le parc pour voir quelque chose.

Marie arrive quand même à prendre quelques photos de Newspaper Rock avec le zoom.

The Tepees, Petrified Forest National Park
The Tepees

Notre arrêt suivant est à The Tepees, un ensemble de monticules vaguement en forme de tipis, de la même origine géologique que les dunes pétrifiées du Désert Peint.

Ici, pas de parking. Nous nous arrêtons sur le côté de la route, bien assez large pour la Camaro.

Nous sommes quasiment à mi-chemin de notre visite du parc, et nous n'avons toujours pas vu le moindre arbre pétrifié. Nous ne le savons évidemment pas encore, mais notre curiosité va très bientôt être satisfaite.

Arbre pétrifié, Blue Forest, Petrified Forest National Park
Arbre pétrifié, Blue Forest

Moins de 2 kilomètres plus loin, nous tournons sur Blue Mesa Road, une petite route qui monte au milieu des rochers jusqu'au sommet d'une petite mesa, et se termine par une boucle à sens unique.

Le premier arrêt est un point de vue qui domine le plateau de quelques dizaines de mètres.

Du second arrêt, Blue Forest, part un petit chemin qui descend en serpentant entre les rochers, et c'est là que nous voyons nos premiers arbres pétrifiés, dont celui de là photo.

Ces arbres datent de la période Triassique de l'Ere Secondaire, soit il y a environ 225 millions d'années. Lorsqu'un arbre tombe, en principe, il est progressivement dégradé et disparaît entièrement. Ici, rien de tout ça. Les arbres tombés ont été immédiatement engloutis dans le mélange de boue et de cendre volcanique qui servait de sol. Une fois solidifié, ce mélange est devenu roche et a préservé les troncs d'arbres. L'eau contenue dans le sol a alors dissous le silicium de la roche et a imbibé les arbres, remplaçant petit à petit la matière organique par des particules de quartz. Le dioxyde de fer, ainsi que d'autres oxydes métalliques également présents dans l'eau, ont donné aux arbres pétrifiés leurs couleurs aussi brillantes que variées.

La piste de Blue Mesa est assez courte, environ 1,6 km. Heureusement, parce qu'avec cette chaleur et pas un souffle de vent, la marche est vite éprouvante. Comme d'habitude, nous avons prévu une bonne réserve d'eau.

Notre effort est largement récompensé. Nous voyons des tronçons d'arbres pétrifiés un peu partout, en quantités invraisemblables. Nous commençons à comprendre que nous sommes au milieu d'une forêt dense de l'Ere Secondaire. Lorsqu'on visite Petrified Forest du nord au sud, la patience est une vertu cardinale.

Agate Bridge, Petrified Forest National Park
Agate Bridge

Notre arrêt suivant est à Agate Bridge. Comme on le voit sur la photo, il s'agit non plus de tronçons, mais d'un arbre complet qui a été fossilisé dans la roche. Beaucoup plus tard, l'érosion a dégagé le tronc, puis a creusé un ruisseau dessous. L'arbre, en grand danger de se briser pour de bon, a été étayé par une poutre en ciment en 1911. L'ouvrage actuel, en béton, a été construit en 1917. L'esthétique n'est pas très heureuse, mais sans cela cet arbre pétrifié d'un seul tenant, unique en son genre, ne serait jamais parvenu jusqu'à nous.

Depuis le parking, l'arbre couché est accessible par une piste très courte, sans aucune difficulté.

Jasper Forest, Petrified Forest National Park
Jasper Forest

Deux kilomètres plus loin, nous nous arrêtons à Jasper Forest, un point de vue qui domine un vaste plateau recouvert d'arbres pétrifiés. C'est immense, on voit des tronçons d'arbres à perte de vue.

Ici, pas de tronc complet comme à Agate Bridge. Les arbres sont tous brisés. Parmi les couleurs, le rouge domine, révélant la présence de dioxyde de fer.

Curieusement, les arbres semblent être tous à peu près du même diamètre, et les tronçons de tailles assez proches. J'en déduis d'une part que les arbres tombaient à des âges équivalents, et d'autre part que ces forêts de l'Ere Secondaire devaient être peu diversifiées, composées d'un nombre réduit d'essences différentes.

Morceau de tronc pétrifié, Crystal Forest, Petrified Forest National Park
Morceau de tronc pétrifié, Crystal Forest

Notre arrêt suivant est à Crystal Forest, un autre site montrant de très nombreux tronçons d'arbres pétrifiés. Crystal Forest se visite lors d'une marche assez courte, sans difficulté.

La photo montre un gros plan sur un tronçon d'arbre pétrifié. On distingue nettement les traces cylindriques laissées par la matère organique, petit à petit remplacée par le silicium devenu quartz. On peut toucher l'arbre, c'est bien de la pierre. Avec un peu de patience, on pourrait aussi probablement déterminer l'âge auquel cet arbre est tombé.

Crystal Forest était notre dernier arrêt dans la Forêt Pétrifiée. Près de la sortie sud du parc, il y a encore le Rainbow Forest Museum, mais nous ne nous y arrêtons pas.

Nous quittons le parc et prenons la route US-180 vers Holbrook, à une trentaine de kilomètres.

Mustang hot-rod, Wigwam Motel, Route 66, Holbrook, AZ
Mustang hot-rod, Wigwam Motel, Route 66, Holbrook, AZ

Après avoir traversé le Little Colorado, nous entrons dans Holbrook, une étape sur la Route 66, dans une région pratiquement désertique où chaque ville avait donc son importance.

Nous descendons lentement West Hopi Drive, où passait l'ancienne Route 66, et nous nous arrêtons au Wigwam Motel, le 6ème d'une série de 7 motels similaires construits par Frank A. Redford entre 1933 et 1949, du Kentucky à la Californie. Deux de ces motels sont situés sur l'ancienne Route 66, celui-ci et celui de San Bernardino, en Californie. Ils existent toujours. Un troisième, dans le Kentucky, a également été préservé. Les trois sont classés Monuments Historiques, moins pour leur valeur architecturale (ce ne sont après tout que de simples tipis en béton  et acier) que pour leur intérêt historique.

Le Wigwam Motel de Holbrook est un peu à part dans la série. Tout d'abord, il a été construit en 1950, soit après tous les autres, et pas par Frank A. Redford mais par Chester E. Lewis. Pour pouvoir utiliser les plans de Frank Redford, ainsi que le nom commercial "Wigwam Motel", qui était à l'époque une marque reconnue, Chester Lewis avait installé des radios à pièces dans son motel, et chaque pièce de 10 cents, correspondant à 30 minutes de musique, était envoyée à Frank Redford comme paiement. C'est un des premiers accords connus de franchise commerciale.

Le Wigwam Motel de Holbrook a fermé en 1974, lorsque la Route 66 a été remplacée par l'Interstate 40, qui contourne la ville. Les enfants de Chester Lewis, Clinton, Paul et Elinor, ont hérité du motel à la mort de leur père en 1986, l'ont totalement rénové et l'ont rouvert en 1988. Il est toujours exploité par la famille Lewis. Il comporte 15 tipis, numérotés de 1 à 16. En effet, comme souvent aux Etats-Unis, il n'y a pas de numéro 13.

Devant chaque tipi se trouve une voiture ancienne en plus ou moins bon état. La Mustang 65 de la photo ne fait cependant pas partie de la décoration. Elle appartient aux occupants d'un des tipis, avec qui j'ai parlé quelques minutes. C'est un couple originaire de la région de Ketchikan, Alaska, d'une petite île où, sur les 60 familles qui y habitent, au moins 40 restaurent et transforment des voitures de collection en hot-rods. Ce sont de jeunes retraités en vacances, ils ont fait la route avec la Mustang, soit plus de 4 000 km !

Au fait, wigwam ou tipi ? Un wigwam est une construction fixe, faite de branchages, recouverte, selon les régions, de plaques d'écorce, d'herbe, de peaux d'animaux, plus rarement de toile. A l'inverse, un tipi est une construction faite pour être déplacée facilement, donc de quelques piquets de bois recouverts d'une toile. Les chambres du Wigwam Motel sont donc, de par leur forme, très clairement des tipis. Cependant, on ne voit que très rarement des chambres d'hôtel se déplacer. Donc ... au fond, pourquoi pas des wigwams ?

Puis nous quittons Holbrook en direction de Meteor Crater, notre dernière étape avant Flagstaff.

Coucher de soleil près de Flagstaff, AZ
Coucher de soleil près de Flagstaff, AZ

Quand on voyage hors saison, la malédiction, c'est que certains endroits ferment plus tôt. Lorsque nous arrivons à Meteor Crater, le site est fermé depuis plus d'une heure, et nous ne pouvons que deviner les bords du cratère, mais pas entrer, encore moins regarder l'intérieur. Forcément, nous repartons un peu déçus.

Sur la route entre Meteor Crater et Flagstaff, Marie se venge en prenant une belle série de photos du coucher de soleil sur le plateau.

A Flagstaff, notre hôtel est le Baymont Inn, une chaîne que nous ne connaissions pas auparavant. Vu le prix très raisonnable, nous craignions le pire, mais non, l'endroit est classique, sans luxe superflu mais agréable, en très bon état et très bien tenu par un personnel très aimable. C'est une des bonnes surprises de ce voyage.

Nous allons dîner au Five Guys tout près de l'hôtel, une chaine de fast-food que nous adorons pour ses burgers très goûteux, cuisinés à la demande devant nous, avec les ingrédients de notre choix. Puis comme chaque soir, Marie écrit ses notes, pendant que je sauvegarde les photos et mets le blog à jour.