Vendredi 4 septembre 2015 - Raft sur le Colorado

Ce matin, nous nous levons tôt une fois de plus. Après le petit déjeuner, nous filons directement à l'agence Tag-A-Long, un peu plus loin dans Moab, moins de deux minutes de route.

Après avoir signé les décharges de responsabilité, nous faisons connaissance de nos compagnons de raft pour la journée. Gunnar sera notre guide, accompagné de trois jeunes en formation, qu'il surnomme amicalement les hooligans. A 24 ans, il fait déjà figure d'ancien, et nous comprendrons plus tard dans la journée que ce statut est amplement mérité. Il y a aussi un couple du Maryland et quatre jeunes de New York, avec un second accompagnateur.

Nous partirons avec 2 bateaux :

  • Un canoë à rames pour les 4 jeunes, le couple du Maryland et leur accompagnateur, où tout le monde va ramer en cadence,
  • Et un raft classique à gros boudins gonflables pour Gunnar, les hooligans, Marie et moi. C'est Gunnar qui sera seul à la manoeuvre. Nous n'avons pas à ramer, c'est bien ce que nous voulions.

Pendant que nous discutons, l'équipe technique attache solidement les 2 bateaux sur la remorque, derrière l'ancien bus scolaire hors d'âge qui nous servira à rejoindre le départ du canyon de Westwater. Il y a une heure et demie de route, Gunnar prend son temps pour nous commenter le trajet en détail.

Les 4 jeunes de New York ont déjà attaqué à la bière, ils sont venus avec un pack de 48, ça promet !

Descente du Colorado, préparation du matériel
Descente du Colorado, préparation du matériel

La première partie du trajet passe par la route UT-128, dont nous reparlerons en fin de journée. Gunnar, qui connait la région jusqu'au dernier caillou, nous décrit presque chaque rocher. Puis la seconde partie, toujours sur la route UT-128, rejoint l'interstate 70 pendant quelques kilomètres. Enfin, une petite route nous amène jusqu'à Westwater Ranger Station, au bord du Colorado, d'où nous partirons.

En chemin, avec Gunnar et les hooligans, nous comparons le nombre d'Etats que nous avons visités. Je ne suis pas très sûr de mes 30 ou 31, mais c'est bien moi, et de loin, qui en ai visité le plus. J'ai beau répéter que l'exploit n'en est pas un, que j'avais choisi, que j'ai mis 36 ans pour en arriver là, que ... je ne sais quoi d'autre, Gunnar hurle dans tout le bus "Eh, vous savez quoi ? Ce mec est allé dans 31 Etats !!!!"

Pendant que l'équipe technique prépare le matériel et revérifie un nombre de fois considérable chaque équipement, je regarde un peu comment se passent les départs. Il y a un garde assermenté à côté du point de départ, qui vérifie que chaque équipage a le droit de partir, que l'accompagnateur est certifié, que tous les équipements de sécurité sont bien présents à bord, etc. Pas de doute, rien ne semble laissé au hasard. C'est rassurant.

Puis c'est notre tour de partir.

Contrairement à ce que je pensais, le Colorado n'est pas un fleuve très large, moins que, disons, la Seine à Paris. Par contre, le débit semble considérable, si j'en juge par le courant. Et encore, nous sommes en fin de saison, il n'a pas plu depuis longtemps, c'est une journée calme à tous points de vue. J'essaye mentalement d'imaginer à quoi doit ressembler le Colorado, disons un lendemain d'orage, au printemps, en période de fonte des neiges. Plus tard pendant la descente, Gunnar me donnera quelques clés, en me montrant le niveau atteint par les hautes eaux quelques mois auparavant ... 7 ou 8 m au-dessus de la surface actuelle.

Descente du Colorado, pause déjeuner
Descente du Colorado, pause déjeuner

La descente fait en tout 27 km, divisés en trois parties à peu près égales. La première partie est de tout repos, avec des rapides de classe 0 ou 1, c'est-à-dire quasiment imperceptibles. Après la pause déjeuner, les choses sérieuses commencent, avec une succession de rapides de classes 2, 3 et 4. Pour vous donner une idée, un rapide de classe 4, c'est un truc assez impressionnant qui bouge dans tous les sens, façon cheval sauvage, haut comme un étage, avec des rochers énormes au milieu pour tout arranger, duquel les profanes que nous sommes n'ont aucune chance de sortir indemnes s'ils ne sont pas accompagnés d'un professionnel expérimenté. Pour information, il existe des rapides de classe 5, et même 6. Un classe 6, ça doit être vraiment terrible, mais là, on n'y emmène pas les touristes. La troisième partie de la descente est de nouveau calme, et nous pourrons profiter du paysage superbe du canyon de Westwater.

L'excursion d'ajourd'hui s'appelle Whitewater Rafting, la descente en radeau sur l'eau blanche. L'eau blanche ? J'imagine qu'il s'agit de l'écume dans les rapides.

Nous nous arrêtons pique-niquer sur la berge du Colorado. Comme nous sommes dans une zone naturelle très protégée, les consignes sont extrêmement strictes : il ne doit rester aucune trace de notre passage. Gunnar a même prévu des toilettes portatives et un rouleau de papier. Les Américains savent être très organisés en toutes circonstances. Pour les garçons, c'est ... pipi dans la rivière !

Gunnar et son collègue préparent une salade composée dans laquelle ils mélangent du maïs, du cheddar, du jambon et tout un tas d'autres choses très colorées et très goûteuses. Dommage qu'ils se soient un peu lâchés sur la mayonnaise. A part ça, c'est à la fois simple, nourrissant et très correct pour un pique-nique en bord de rivière. Puis avec des tortillas de maïs, il fabriquent des casse-croûtes tout simples, fourrés avec la salade composée. J'en mange 3, je n'ai plus faim ! Bien entendu, pas question de faire du feu, donc pas de plat chaud.

Pendant la préparation, les 4 new-yorkais me proposent de partager une tequila avec eux. J'accepte bien volontiers, mais je me contente de deux doigts, une seule fois. Eux, avec un peu d'aide des hooligans mais sans plus, ils vident la bouteille !

Descente du Colorado, premiers rapides
Premiers rapides

Pendant que Gunnar et son collègue remballent le matériel, nous regardons un peu ce qui nous attend. Le rapide sur la photo est à peine un classe 1, donc en rien comparable avec les monstres à travers lesquels nous n'allons pas tarder à passer.

Assez rapidement, sauf à accepter de noyer son appareil hors de prix dont nous avons encore besoin pour le reste du voyage, Marie ne pourra plus prendre de photos. C'est pourquoi vous n'en verrez pas. Elle le range soigneusement dans un des sacs étanches qui, en principe, peuvent survivre sinon à une immersion totale, tout au moins à une sacrée douche. Et de douches, nous n'allons pas en manquer, pendant les deux heures qui vont suivre.

Je me venge sur la GoPro qui, elle, dispose d'un boîtier étanche. La seule difficulté est de ne pas perdre la caméra dans le Colorado, parce que là, ça serait vraiment très compliqué d'aller la récupérer. Mais nous avons prévu le cas : j'ai une sangle de tête sur laquelle la GoPro est solidement accrochée, ce qui me permet de garder les mains libres pour me tenir fermement aux cordages. Plusieurs fois, notre bateau sera totalement submergé, et nous avec. Mais la caméra tient bon, continuant même de filmer au milieu des tourbillons. Maintenant, il n'y a plus qu'à monter les vidéos et à produire un clip, que je mettrai en ligne dès que possible. Ca devrait être plutôt spectaculaire !

Descente du Colorado, le calme avant la tempête
Le calme avant la tempête

Les rapides se présentent par séries. Parfois, comme sur cette photo, nous disposons d'un peu de calme.

A un moment, Julie, la dame du Maryland, demande à monter avec nous. La consommation d'alcool croissante des 4 jeunes de New York a eu raison de sa patience, et commence à réellement l'inquiéter. Elle est infirmière et semble largement connaître le sujet des ravages de la boisson. Peut-être aussi a-t-elle envie de profiter d'une autre compagnie. Son mari, plus flegmatique, reste sur le canoë à rames.

La situation se gâte petit à petit. Après deux chavirages dans des endroits pas forcément rassurants, les 4 jeunes sont maintenant à peu près incapables de coordonner leurs mouvements, et leur accompagnateur éprouve les pires difficultés à les faire aller droit, en tout cas à maintenir son bateau en-dehors des endroits les plus dangereux. Il y a donc changement d'équipage. Les hooligans, qui sont encore en état de naviguer, vont ramener le canoë à bon port avec l'accompagnateur, tandis que les jeunes de New York montent avec nous sur le raft.

Et c'est ainsi que nous franchissons les dernières séries de rapides. L'un d'entre eux s'appelle Skull, le Crâne, un autre Last Chance, la Dernière Chance. Ca veut tout dire !

Descentte du Colorado, Gunnar, notre guide
Gunnar, notre guide, à la manoeuvre

Avec une force herculéenne et un calme olympien, Gunnar dirige notre raft d'une main ferme au milieu des rapides, parfois normalement vers l'avant, parfois en marche arrière, parfois même sur le côté. Je suis absolument scotché par sa maîtrise absolue d'un engin quand même relativement lourd, surtout avec 6, puis 8, personnes à bord.

Je suis tout autant scotché par sa connaissance du fleuve, absolument ahurissante de précision, genre "Dans ce rapide-là, juste là, il y a un gros rocher, qu'on ne voit pas bien sous l'eau, alors là, je mets le raft en travers pour passer à gauche en profitant du courant, qui passe là quand il n'a pas plu depuis tant de jours ...", etc.

A un moment un peu plus calme, je lui demande si j'ai raison de penser qu'il a des ancêtres vikings. Sa réponse est sans équivoque : "Moi, je suis de Grand Junction, Colorado, mais mes grands-parents sont tous les deux arrivés de Norvège.". Effectivement, Gunnar ne prête guère à confusion. Bonne pioche !

Canyon de Westwater, après les rapides
Canyon de Westwater, après les rapides

Après les derniers rapides, le fleuve s'élargit quelque peu. Nous sommes toujours dans le canyon de Westwater, mais les eaux sont nettement plus calmes.

Les jeunes de New York Peu vont se baigner. Tant mieux, ça leur rafraîchira les idées. Je les accompagne un moment. Contrairement à ce que je supposais, l'eau du Colorado est fraîche mais pas glaciale. En fait, elle est plutôt bonne. Gunnar parle de 16° environ, mais je le trouve pessimiste. La seule difficulté est de ne pas s'éloigner du raft, parce qu'avec le courant, ça serait difficile de le rattraper. Il va de soi que les baigneurs gardent leurs gilets de sauvetage.

De toute façon, nous sommes trempés jusqu'aux os, ce ne sont pas 10 minutes de baignade qui vont y changer quoi que ce soit.

Même dans un canyon encaissé, le soleil arrive à se montrer un peu. Et comme il fait beau, finalement, nous séchons tous assez vite.

Canyon de Westwater, gros plan sur les rochers rouges
Canyon de Westwater, gros plan sur les rochers rouges

La dernière partie du canyon traverse de superbes paysages de rochers rouges, typiques des formations calcaires de la région. L'un des 4 new-yorkais voit des têtes de chien un peu partout. Sa consommation de tequila et de bière n'est sans doute pas pour rien dans son imagination extrêmement fertile. La nature se montre généreuse, mais la bouteille l'est encore plus.

Puis nous sortons du canyon, le fleuve s'élargit, et c'est bientôt l'abordage. L'équipe range le matériel et nous, ô miracle ... nous sommes secs ! Qui l'eût cru, après un rodéo pareil au milieu des rapides ?

Nous repartons dans le même bus scolaire hors d'âge qu'à l'aller. L'itinéraire passe par un village fantôme, Cisco, où ont été tournées quelques scènes de films, y compris certaines de Thelma et Louise, encore une fois. Un village fantôme nommé Cisco ? Les ingénieurs spécialistes en réseaux apprécieront. J'adore l'ironie.

Avant de rentrer à Moab, nous repassons par la route UT-128, comme à l'aller. Postcard Alley est vraiment superbe, mais les photos au travers des vitres sales du bus ne donnent rien d'extraordinaire. Nous nous promettons donc d'y revenir. Tiens, pourquoi pas dès maintenant, puisque nous avons amplement le temps ?

Route UT-128, Postcard Alley
Route UT-128, Postcard Alley

C'est exactement ce que nous faisons. Après avoir échangé quelques derniers mots et salué nos compagnons du jour, nous reprenons la Camaro, bien sûr décapotée, et repartons sur Postcard Alley. Notre idée est de remonter d'une trentaine de kilomètres, puis de revenir lentement en profitant bien des paysages de western totalement inédits, sauf évidemment dans les westerns.

Pourquoi dans ce sens bien précis ? Tout simplement pour profiter d'un meilleur éclairage sous le soleil déjà déclinant de cette fin d'après-midi.

Route UT-128, les rochers rouges
Route UT-128, les rochers rouges

Nous remontons toute la partie la plus encaissée de la route UT-128, celle où les paysages sont absolument somptueux. A l'aller, nous nous arrêtons peu. Au retour, en revanche, nous prenons notre temps.

Comme il fait beau, l'éclairage sur les rochers rouges donne des jeux de couleurs assez subtils, que Marie essaye de capter au mieux sur ses photos.

L'avantage de rouler décapotés, c'est que Marie peut prendre les photos sans même sortir de la voiture.

Route UT-128, Fisher Towers
Les Fisher Towers

Les Fisher Towers sont un ensemble d'aiguilles rouges, formées par sensiblement le même processus que toutes celles de la région, érosion de l'eau, du vent, et cycles de gel et dégel. On voit assez bien les premières de la route, comme le montre la photo.

L'orage qui semble se préparer derrière les Fisher Towers est en fait un peu plus loin, sur les La Sal Mountains. Il y restera. Nous profitons vaiment d'un temps superbe.

Route UT-128, Postcard Alley
Postcard Alley

Nous faisons une dernière pause le long de la route UT-128 pour photographier ce typique paysage de western. Si ce n'était la route, que l'on voit au premier plan, on s'attendrait à voir surgir de n'importe où un convoi de pionniers, une bande d'indiens vociférants ou un régiment de cavalerie, qui arrive toujours à l'heure comme chacun sait.

Puis nous rentrons à Moab. Nous allons dîner au Blu Pig (l'ortographe est correcte), un établissement à la fois bar et restaurant, juste à côté de notre hôtel.

Après quelques cartes postales, les notes de Marie et la mise à jour du blog pour moi, il est l'heure d'aller dormir un peu.