Dimanche 30 août 2015 - Montgolfière, Great Sand Dunes

Nous nous levons à 5h du matin. En effet, les vols en montgolfière s'effectuent toujours très tôt, pour profiter de l'air frais offrant la meilleure portance. Nous sautons le petit déjeuner de l'hôtel. Dommage, les buffets avaient l'air sympa.

Lorsque nous partons, il fait encore nuit noire. Après une rapide traversée de Taos, nous retrouvons comme prévu Ken et Jennifer, notre compagne de vol ce matin. Nous suivons Ken jusqu'à sa base où ses équipiers, Casey et Kory, terminent de charger le camion.

Puis nous prenons la route vers le nord pour quelques kilomètres. Nous descendons le long de l'Arroyo Hondo, un petit affluent du Rio Grande, que nous traversons pour rejoindre notre point d'envol, situé tout près de la gorge.

Par décret du Président Obama, toute la région a été intégrée en 2013 dans le Rio Grande del Norte National Monument, ce qui fera dire à Ken que le Président a juste oublié de donner un peu d'argent pour refaire les routes, effectivement en assez mauvais état.

Pleine lune au bord du Rio Grande, El Prado, NM
Pleine lune au bord du Rio Grande

Il fait encore presque nuit. Marie prend quelques photos de la pleine lune. Heureux présage, il semble faire un temps splendide. Il fait très frais, nous avons bien fait de prendre les pôlaires.

Ken et son équipe préparent le matériel
Ken et son équipe préparent le matériel

Ken, Kory et Casey préparent le matériel. Ils apportent le plus grand soin à tout revérifier plusieurs fois.

Pour le moment, le ballon n'est encore qu'une enveloppe de tissu d'environ 25 mètres de long  totalement vide, étendue sur le sol. Déjà les brûleurs sont en place au sommet du panier.

Ken m'explique qu'une montgolfière, bien que d'une conception évidemment plus simple, est certifiée selon les mêmes procédures qu'un avion de ligne, et doit être périodiquement inspectée et révisée. D'ailleurs, le ballon de Ken est immatriculé ... exactement comme un avion de ligne !

Lever du soleil au bord du Rio Grande
Lever du soleil au bord du Rio Grande

Pendant que le travail de préparation se poursuit, Marie prend encore quelques photos, dont ce lever de soleil sur les montagnes qui nous font face de l'autre côté de la gorge du Rio Grande. Quelque part devant nous se trouve le pic Wheeler, le plus haut sommet du Nouveau-Mexique, 4011m. Les montagnes autour de Taos abritent d'ailleurs une station de sports d'hiver, ce qui semble inimaginable en cette saison, malgré la fraîcheur du petit matin.

On maintient l'ouverture du ballon pendant le gonflage
On maintient l'ouverture du ballon pendant le gonflage

Contrairement à ce que j'imaginais, le gonflage du ballon s'effectue à l'air froid, avec un très gros ventilateur, tout simplement pour ne pas risquer de brûler la fragile enveloppe de nylon. Au début, il faut de l'aide pour maintenir l'ouverture de la mongolfière. Jennifer et moi, nous nous dévouons. Rapidement, le ballon prend du volume et notre participation est moins nécessaire.

Par la suite, Ken se servira des brûleurs au propane pour réchauffer l'air du ballon et lui donner sa forme définitive.

Pendant ce temps, Casey, Kory et Ken finissent de tout préparer et vérifier.

L'accès à bord est très basique : pendant que les équipiers maintiennent le panier bien plaqué au sol, chaque passager monte à son tour, en enjambant le rebord.

Casey, Marie, Christian, Jennifer et Ken, prêts à partir !
Casey, Marie, Christian, Jennifer et Ken, prêts à partir !

Ca y est, tout est prêt. Nous sommes déjà à bord et le décollage est imminent. Pendant que Casey maintient le ballon encore quelques instants, Kory prend une dernière photo.

Pour l'anecdote, la bouteille de propane que tient Casey est une bouteille de secours. Les nôtres (il y en a toujours deux, au cas où) sont déjà solidement sanglées au fond du panier.

La gorge du Rio Grande
La gorge du Rio Grande

Le décollage est extraordinairement doux, sans à-coup d'aucune sorte, et tout de suite le ballon est poussé par le vent faible du petit matin. Ken sait déjà dans quel sens il souffle à différentes altitudes : quelques minutes avant le décollage, il a lancé un petit ballon à l'hélium et l'a regardé monter dans le ciel, suivant des yeux ses différents déplacements. Il sait donc déjà à peu près comment il va naviguer, et dans quelle direction. En effet, le seul moyen de diriger une montgolfière est d'utiliser les vents, en faisant varier l'altitude. A bord, il n'y a d'ailleurs qu'un instrument de navigation, l'altimètre. Cela peut sembler simple, mais ce pilotage nécessite à l'évidence de solides connaissances en aérologie.

Comme pour tout aéronef, il y a aussi des aides météo au sol. Avant de quitter sa base, Ken avait pris contact avec l'aérodrome de Taos, pour connaître les vents dominants et choisir, parmi la demi-douzaine de points d'envol à laquelle il a habituellement accès, celui que nous venons de quitter.

L'ombre de notre ballon
L'ombre de notre ballon

Le vent qui souffle légèrement de travers a vite fait de nous amener juste au dessus de la gorge du Rio Grande toute proche. Le jeu, puisque c'en est un, consiste à descendre dans la gorge. Comme il vaut mieux éviter de toucher les parois, la navigation se fait de plus en plus précise, et l'expérience du pilote prend toute son importance.

Le soleil est maintenant complètement levé. Il découpe cette ombre de notre ballon sur la paroi. Ken a volontairement pris peu d'altitude. La vue est donc à la fois très proche et réellement magnifique.

A part quelques coups de propane dans les brûleurs de temps en temps et nos propres conversations, le silence est total. Il n'y a même pas de sifflement d'air puisque, portée par le vent, notre montgolfière se déplace à la même vitesse que lui.

Pont sur le Rio Grande
Pont sur le Rio Grande

Le défi d'aujourd'hui est de descendre dans la gorge du Rio Grande le plus bas possible pour, idéalement, toucher en douceur la surface de l'eau avec le fond du panier, puis remonter vers le plateau, toujours évidemment sans toucher les parois. Comme le vent souffle de travers, cela donne une navigation un peu compliquée. Ken règle le problème en traversant résolument le Rio Grande, puis en finissant sa descente au-dessus de l'Arroyo Hondo, ce petit affluent par lequel nous sommes arrivés. Une première tentative échoue, Ken n'insiste pas. La seconde sera la bonne, de toute beauté.

A l'époque de la conquête de l'Ouest, l'Arroyo Hondo était le passage d'une ancienne piste de pionniers. Un petit pont en bois, depuis longtemps emporté par les crues parfois féroces du Rio Grande, passait quelques dizaines de mètres en amont du pont métallique visible sur la photo. A une époque plus récente, la route US-64 a remplacé toutes les anciennes pistes de la région, en traversant le Rio Grande un peu plus au sud, par un superbe pont métallique que nous verrons plus tard.

L'intérieur du ballon et les brûleurs
L'intérieur du ballon et les brûleurs

Je pensais que deux brûleurs et deux bouteilles de propane étaient uniquement justifiés par un souci de redondance, au cas où l'un des dispositifs viendrait à tomber en panne. Ken m'explique que ce n'est pas la seule raison. Il y a aussi, tout simplement, le souhait de disposer de plus d'autonomie, pour des vols plus longs. D'ailleurs, je constate qu'il prend un certain soin à utiliser alternativement les deux systèmes, afin de toujours conserver un niveau comparable entre les deux bouteilles de propane.

Un peu plus tard, à l'invitation de Ken, je donne quelques coups de gaz avec un des brûleurs. Le temps de réponse est énorme : il ne s'écoule pas moins de sept secondes entre le coup de gaz et le moment où le ballon commence à reprendre de l'altitude. Bien entendu, l'expérience du pilote lui permet d'anticiper ce décalage important.

A la surface du Rio Grande
A la surface du Rio Grande

Nous avons maintenant atteint le niveau de la rivière. Dans un instant, le fond du panier va toucher en douceur la surface du Rio Grande, dégageant un minuscule sillage. Comme nous l'avons vu, le vent souffle légèrement de travers, et il faut vite reprendre de l'altitude et sortir de la gorge. Ce sera l'affaire de quelques coups de brûleur.

Avant de venir dans cette région, je m'imaginais le Rio Grande comme un grand fleuve, large et profond. Après tout, quelques centaines de kilomètres plus au sud, il détermine la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Mais il n'en est rien. En cette fin d'été, c'est une rivière modeste, au débit limité, qui laisse affleurer quelques rochers. Raison de plus pour ne pas nous attarder ici plus que de raison.

Le plateau de Taos
Le plateau de Taos

Après l'excursion dans la gorge et le toucher de la rivière, Ken reprend de l'altitude, pour aller chercher un vent qui nous ramènerait vers le plateau dont nous sommes partis. Il faut en effet que Casey et Kory, restés au sol avec le camion, viennent nous récupérer. Ken trouve à peu près ce qu'il cherche vers 2600 mètres d'altitude, soit en gros 600 mètres au-dessus du plateau.

De là-haut, et par ce temps absolument splendide, la vue porte à des dizaines de kilomètres. Ken en profite pour me faire un cours de géologie. La région a été séparée en deux par une gigantesque faille tectonique, plus tard remplie d'alluvions, ce qui donne cet aspect tranquille au plateau. Le Rio Grande n'a pas creusé la gorge, il n'a eu qu'à se frayer un chemin dans la faille. Les cônes volcaniques, derniers vestiges d'une activité géologique autrefois intense, ne manquent d'ailleurs pas. Fort heureusement, ils sont éteints depuis bien longtemps.

Le pont de la gorge du Rio Grande
Le pont de la gorge du Rio Grande

L'altitude aidant, vers le sud, nous avons une vue imprenable sur le pont de la gorge du Rio Grande, un des ponts métalliques les plus spectaculaires des Etats-Unis. Sur le chemin du retour, nous passerons dessus.

Après un peu plus d'une heure de vol, l'atterrissage a lieu dans une vaste prairie finalement assez proche de notre point de départ. Toute la difficulté est de toucher le sol à la vitesse du vent sans renverser le panier, son contenu et ses occupants, c'est-à-dire nous. Ce n'est pas si simple. Un peu comme sur un avion, l'atterrissage est en fait la manoeuvre la plus délicate.

De plus, une montgolfière ne doit pas atterrir n'importe où. La moindre des choses est de demander l'autorisation du propriétaire du terrain. Ken s'est mis d'accord depuis longtemps avec quelques fermiers des environs pour utiliser leurs terres, et il sait où il peut atterrir. L'endroit choisi doit aussi être accessible pour le camion. C'est une raison de plus pour soigner la navigation.

Au moment de l'atterrissage, le panier du ballon fait fuir dans tous les sens toute une bande de lièvres effrayés. Heureusement, ils sont nettement plus rapides que nous, et nous n'en écraserons aucun.

Puis Casey, Kory et Ken, avec un peu de notre aide, replient le matériel et chargent le camion. Nous prenons ensuite le chemin du traditionnel brunch au champagne, qui est censé conclure tout vol en montgolfière.

Le pont de la gorge du Rio Grande
Le pont de la gorge du Rio Grande

Le brunch a lieu sur l'aire de repos au bord de la route US-64, juste à côté du pont de la gorge du Rio Grande. L'endroit est très bien choisi. Il dispose de tables et de chaises à l'ombre (le soleil est maintenant haut dans le ciel), et la vue y est évidemment magnifique.

Nous n'avons pas eu à marcher beaucoup pour que Marie puisse prendre la photo du pont, à peine quelques dizaines de mètres.

Pendant ce temps, Kory me donne un véritable cours magistral sur l'origine de la tradition du champagne qui suit tout vol en montgolfière. Elle date du tout premier vol humain habité, le 21 novembre 1783, dont les célèbres passagers étaient Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes. Maintenu en l'air un moment par un feu de paille, donc produisant une énorme quantité de fumée noire, leur ballon a eu l'idée curieuse d'aller se poser dans un champ, au milieu de paysans absolument terrorisés par ce dragon d'origine inconnue. Pour amadouer la foule en colère, les deux gentilshommes n'ont pas eu d'autre solution que de leur offrir les bouteilles de champagne qu'ils avaient emportées pour célébrer l'éventuelle réussite de leur vol. Les esprits échauffés étaient calmés, la tradition était née.

Souscrivant à l'usage, nous avons droit à un brunch en bonne et dûe forme, accompagné d'un champagne de Californie. Je me gave de tranches de fromage et de charcuterie, tout en discutant de l'histoire de l'aérostation avec Kory, dont l'érudition force le respect. Sur le champagne, j'y vais doucement. Nous avons de la route, après.

Christian, Kory, Ken, Jennifer, Casey
Christian, Kory, Ken, Jennifer, Casey

Avant de revenir à la base et de partir chacun de notre côté, Marie prend une dernière photo de groupe.

Puis nous retournons chez Ken récupérer nos voitures et chacun part de son côté. Plus tard, je m'apercevrai que j'ai oublié ma pôlaire dans les toilettes de Ken. Ce n'est pas une bonne idée, elle me manquera plusieurs fois.

Nous reprenons la route 522 vers le nord puis entrons dans le Colorado. C'est un état que nous n'avions pas encore visité.

Rio Grande Scenic Railroad
Rio Grande Scenic Railroad

A l'entrée de Fort Garland, nous sommes arrêtés quelques instants à un passage à niveau par le Rio Grande Scenic Railroad, un train touristique régional qui relie Alamosa à La Veta, en offrant de nombreuses vues spectaculaires des montagnes du Colorado. La prochaine fois, peut-être ...

Les Great Sand Dunes vues de loin
Les Great Sand Dunes vues de loin

Encore quelques kilomètres vers le nord, et nous arrivons en vue des Great Sand Dunes, des dunes de sables d'environ 200m de haut au beau milieu des Montagnes Rocheuses, à 2500m d'altitude. Elles se voient de loin, elles marquent la limite du plateau que nous sommes en train de traverser.

Nous faisons un rapide passage au Great Sand Dunes Lodge, où notre chambre n'est pas encore prête. Nous allons en profiter pour visiter le Great Sand Dunes National Park tout proche. C'est notre premier parc national de ce voyage, nous en profitons pour acheter notre pass America The Beautiful, qui nous donne accès à l'ensemble des sites gérés par le National Park Service. Vu notre programme chargé, il va nous faire de l'usage !

Nous commençons par le visitor center, très instructif, où nous voyons un film qui explique l'origine de ces dunes, inattendues à cet endroit. Tout commence par l'érosion causée par l'eau, le gel et le vent, un phénomène tout à fait normal, qui arrache des matériaux de la montagne et les use jusqu'à en faire du sable. Ce sable est amené en bas de la montagne par l'eau de ruissellement. Mais, au lieu de couler vers les vallées, puis vers l'océan, avec les rivières, il reste là, sur ce plateau cerné de hauts chaînes. Le vent dominant, qui souffle dans un sens opposé de l'écoulement de l'eau, n'a plus qu'à le ramener à son point de départ, formant ces dunes spectaculaires. Le mouvement est perpétuel, il s'entretient depuis des dizaines de millénaires.

C'est là que nous achetons mon chapeau de ranger, une sage précaution quand on passe l'essentiel de son temps dehors, et notre nouveau passeport des parcs nationaux, le précédent ayant beaucoup souffert de la pluie à New York il y a 2 ans.

Dehors, il fait très chaud et très lourd. On nous recommande d'éviter le milieu de l'après-midi pour escalader les dunes. Nous suivons le conseil. Nous nous contentons d'une marche assez courte sur une piste bien ombragée, puis nous allons nous reposer un moment au lodge. J'en profite pour aller passer un moment à la piscine.

Les Great Sand Dunes
Les Great Sand Dunes

Lorsque nous revenons au parc en fin d'après-midi, il fait effectivement un peu moins chaud. Nous marchons un moment le long de la Medano Creek, presque à sec. La largeur de son lit est néanmoins impressionnante, et donne une vague idée de ce que doit être son débit au moment de la fonte des neiges. Il devient logique que d'énormes quantités d'alluvions soient charriées jusqu'ici et deviennent le sable des dunes.

Les Great Sand Dunes
Les Great Sand Dunes

Après avoir traversé le lit de la Medano Creek et être revenus en face de notre point de départ, nous nous décidons à escalader les dunes. Seulement voila, marcher dans du sable avec des chaussures de randonnée, certes de bonne qualité mais ordinaires, et par forte pente, ce n'est pas facile. Pour deux pas en avant, nous en faisons un en arrière. Pourtant, nous nous obstinons et, petit à petit, la vue s'élève et devient spectaculaire.

Nous n'irons pas jusqu'en haut, enfin pas tout à fait. Marie abandonne aux deux tiers de la pente. Je poursuis encore un peu, mais sans atteindre le haut de la High Dune à 213m.

De là où nous sommes, nous voyons pas mal de surfeurs monter de petites dunes avec leur planche, puis descendre. Faute de neige, on peut surfer sur du sable, la preuve.

Nous restons un petit moment à regarder le paysage, puis nous nous décidons à redescendre.

Great Sand Dunes National Park
Great Sand Dunes National Park

Au moment de quitter le parc, Marie prend cette photo du classique panneau d'entrée. Nous commençons à en avoir une jolie collection, elle va encore s'étoffer dans les semaines à venir.

Colibri
Colibri

De retour au lodge, avant d'aller dîner, Marie observe les colibris qui pullulent sur la terrasse. il faut dire que le lodge met à leur disposition ces distributeurs d'eau. Le vol du colibri est assez spectaculaire. Il bat des ailes tellement vite qu'elles en deviennent presque invisibles, lui donnant un vol stationnaire, un peu à la manière d'un hélicoptère.

Puis nous dînons à l'Oasis, le restaurant juste en contrebas du lodge. Un peu plus tard dans la soirée, nous verrons par la fenêtre du restaurant une biche accompagnée de ses deux faons passer entre les deux bâtiments.