Mercredi 12 juin 2013 - Philadelphie, Jersey Shore, New York

Les ouvriers qui travaillent dans le lobby et le couloir de l'hôtel ne savent pas le service qu'ils nous rendent, en nous réveillant malgré eux à 6h30. Nous avons toute la journée devant nous, notre seule contrainte étant de restituer la voiture chez Hertz à New York avant 17h.

Juste après le petit déjeuner, notre première visite est pour la Première Banque des Etats-Unis, tout près de notre hôtel.

Philadelphie, la première banque des Etats-Unis
La première banque des Etats-Unis

La Première Banque des Etats-Unis a été mise en place par Alexander Hamilton, le tout premier Secrétaire du Trésor (chez nous, on dirait ministre du Budget), en 1791. La mission de cette banque était triple :

  • Donner de la clarté à l'ordre financier de la jeune nation,
  • Réguler le crédit, à l'intérieur comme à l'extérieur,
  • Etablir la confiance dans une monnaie fiduciaire, le dollar, non directement convertible.

Pour atténuer les objections des anti-fédéralistes comme Jefferson ou Madison, le mandat de cette première banque a été limité à 20 ans, soit jusqu'en 1811. Une seconde banque prendra le relais, jusquen 1836. Après cette date, les Etats-Unis resteront sans banque centrale jusqu'en 1913, où, suite à la panique bancaire de 1907, la création d'une Réserve Fédérale sera décidée par le président Wilson.

L'immeuble, dans le plus pur style grec prévalent à la fin du 18ème siècle, est resté une banque jusqu'en 1929, avant d'être confié à la ville de Philadelphie, puis au National Park Service. Le rez-de-chaussée, une reconstitution d'une banque du 19ème siècle, se visite. Les étages supérieurs sont utilisés pricipalement comme bureaux par le National Park Service et ne se visitent pas.

Nous retournons ensuite vers le visitor center du Independence National Historical Park tout proche. Nous aimerions visiter deux dernières curiosités avant de quitter Philadelphie : l'Independence Hall et Liberty Bell. Pour l'Independence Hall, c'est mort, la prochaine visite est à 14h. Pour Liberty Bell, en revanche, c'est bon. Il nous suffit de faire la queue devant l'entrée du Liberty Bell Center.

Philadelphie, la Cloche de la Liberté
La Cloche de la Liberté

A l'origine, Liberty Bell est une cloche tout à fait ordinaire, commandée en 1751 à un fondeur anglais pour être installée dans le clocher de la Pennsylvania State House, aujourd'hui l'Independence Hall. Elle devait être utilisée pour annoncer les proclamations les plus importantes de l'assemblée provinciale. La Pennsylvanie n'était effectivement pas encore un état.

La cloche a commencé à se fêler dès son arrivée à Philadelphie en 1753, lors du tout premier test sur un simple échafaudage de bois, le clocher de la Pennsylvania State House n'étant pas encore terminé. Elle a été réparée par deux artisans locaux peu expérimentés, et s'est refendue aussitôt. Elle a été refondue deux fois et, à chaque fois, elle s'est de nouveau fêlée.

En 1975, des analyses conclueront que l'alliage d'origine contenait bien trop de plomb et d'étain, au détriment du cuivre, il est vrai nettement plus cher, ce qui rendait la cloche trop cassante, et qu'à chacune des deux refontes, on  a ajouté des alliages de piètre qualité. Il n'est donc pas étonnant qu'à chaque tentative d'utilisation, la cloche se soit fêlée. Probablement plus ancienne, sa fêlure actuelle a été constatée en 1846 par un journaliste et est devenue son signe distinctif, reconnaissable entre tous.

Il n'est pas du tout prouvé que Liberty Bell ait sonné le 4 juillet 1776, pour la Proclamation de l'Indépendance. En effet, aucune annonce n'a eu lieu ce jour-là. La première proclamation officielle de l'Indépendance a eu lieu le 8 juillet et toutes les cloches de Philadelphie ont sonné. Il est donc possible que Liberty Bell ait retenti.

Quoi qu'il en soit, la valeur symbolique de la cloche ne vient pas de son rôle lors de l'Indépendance, mais de bien après. C'est George Lippard, un jeune écrivain à l'imagination particulièrement fertile, qui a fabriqué de toutes pièces la légende de la Cloche de l'Indépendance, dans un article publié en 1847. Liberty Bell a été alors placée dans la salle d'audience de l'Independence Hall, entre-temps transformé en tribunal. On jugeait donc les esclaves en fuite sous le symbole même de la Liberté, incongruité régulièrement pointée du doigt par les abolitionnistes.

De 1866 à 1947, Liberty Bell a été exposée lors de voyages à travers tout le pays, mais à chaque sortie, sa fêlure s'aggravait, et des amateurs de souvenirs parvenaient à en arracher de petits morceaux de métal. La ville de Philadelphie, qui en avait la garde, se montrait de plus en plus réticente à exposer Liberty Bell, et plus encore à l'utiliser.

Finalement, après d'âpres négociations, c'est le National Park Service qui a hérité de Liberty Bell en 1948, lors de la construction du Independence National Historical ParkLa cloche a alors été exposée dans un petit pavillon construit pour elle, et c'est là que je l'ai vue pour la première fois en 1979. Le Liberty Bell Center actuel, bien plus grand car il abrite plusieurs expositions thématiques, a été inauguré en 2003 au milieu d'une très vive controverse. En effet, il est partiellement construit sur l'emplacement d'anciennes habitations d'esclaves.

Comme la démocratie américaine qu'elle représente si bien, Liberty Bell est imparfaite, mais elle résiste aux assauts du temps.

Puis nous reprenons la route, traversons le pont Benjamin Franklin, direction le New Jersey, terre d'origine de Bruce Springsteen. Fan, moi ? Doux euphémisme !

Freehold, New Jersey, église Saint Rose of Lima
Freehold, église Saint Rose of Lima

A une centaine de kilomètres de Philadelphie, notre première étape est pour Freehold, la ville où le Boss a grandi. Bruce Springsteen est souvent associé à Asbury Park, New Jersey, mais en fait il n'a pour ainsi dire pas quitté Freehold jusqu'à l'âge de 18 ans.

Nous nous arrêtons sur McLean Street, dans le quartier de son enfance. Nous sommes juste devant l'église Saint Rose of Lima où sa maman, une fervente catholique d'origine italienne, allait prier. L'église est située au coin de McLean Street et Randolph Street et nous passons, sans le savoir, devant l'emplacement d'une des maisons où il a grandi, maintenant le parking de l'église.

Un peu plus tard dans notre promenade, nous passerons tout près de deux autres endroits du même quartier où Bruce Springsteen a habité.

Freehold, NJ, école Saint Rose of Lima
Freehold, école Saint Rose of Lima

Après avoir traversé le parking de l'église et contourné le presbytère, nous sommes devant l'école Saint Rose of Lima, où Bruce Springsteen est allé de 6 à 14 ans.

En réalité, Bruce Springsteen n'a jamais fréquenté l'école de la photo. Ce bâtiment a remplacé en 1965 une ancienne école, fondée en 1875. Bruce était déjà parti depuis 2 ans.

Bruce Springsteen n'a pas particulièrement brillé dans les études. Bien qu'il ait détesté la discipline stricte imposée par les Soeurs de l'école, il ne leur en a pas voulu. Il a même donné un concert gratuit au bénéfice de l'école le 8 novembre 1996.

Freehold, New Jersey
Freehold, New Jersey, et la bataille de Monmouth

La municipalité de Freehold n'existait pas encore en 1778, mais c'est tout de même ici que s'est livrée la Bataille de Monmouth, un des premiers engagements majeurs de la Guerre Révolutionnaire.

Le 28 juin 1778, après s'être longuement entrainée, l'Armée Continentale de George Washington a attaqué l'arrière-garde de l'armée britannique de Charles Cornwallis, qui avait quitté Philadelphie pour aller défendre New York, menacée par les troupes françaises. Les soldats et certains de leurs officiers étaient encore jeunes et peu expérimentés, et la bataille s'est essentiellement conclue par la retraite des troupes de Cornwallis à la faveur de la nuit tombante.

Néanmoins, la Bataille de Monmouth a scellé la réputation de grand stratège de George Washington, ainsi que celle de Lafayette.

Puis nous quittons Freehold.

Belmar, NJ, croisement de 10th Avenue et E Street
Belmar, New Jersey, croisement de 10th Avenue et E Street

A une trentaine de kilomètres de Freehold, notre arrêt suivant est à Belmar, sur la côte Atlantique. David Sancious, le premier pianiste du E Street Band, le groupe de Bruce Springsteen, habitait au 1107, E Street, et la maman de David permettait au groupe de répéter dans le garage de sa maison. C'est du nom de la rue que vient, d'après la légende, le nom du E Street Band.

Tout près de là, E Street croise 10th Avenue, qui a donné son nom à la chanson Tenth Avenue Freeze-Out, deuxième titre de l'album Born To Run, sorti en 1975. Ce titre, qui n'est pas monté plus haut que la 83ème place dans les charts, reste encore aujourd'hui l'un des favoris des fans lors des concerts du Boss, dans de multiples versions sans cesse renouvelées. C'est ni plus ni moins que l'histoire de la formation du E Street Band.

Malgré de multiples tentatives d'explication, on ne sait toujours pas très bien ce qu'est un "freeze-out", et les paroles de la chanson ne sont pas d'un grand secours. Il s'agit vraisemblablement de la tension qui monte inexorablement lors des débuts du E Street Band, et qui finit par se résoudre avec l'arrivée du saxophoniste Clarence Clemons dans le groupe.

Sans aucun doute, l'intersection de E Street et 10th Avenue est le croisement le plus mythique de toute l'histoire du rock'n roll. Il valait évidemment un détour.

Asbury Park, NJ, le Stone Pony
Asbury Park, New Jersey, le Stone Pony

A quelques kilomètres de Belmar, nous entrons dans Asbury Park et nous garons la voiture juste en face du Stone Pony, le club où Bruce Springsteen, Steve Van Zandt, Southside Johnny et tant d'autres ont débuté. Tout ce que le New Jersey compte de rock stars est un jour passé par cette scène mythique. Le Stone Pony, c'est beaucoup plus que ça, c'est l'endroit où toute rock star digne de ce nom rêve de jouer, plus même que le Madison Square Garden.

Je ne serais sans doute pas plus ému devant la Grotte de la Nativité à Bethléem.

Depuis sa première ouverture en 1974, l'histoire du Stone Pony n'est pas exempte de hauts et de bas. On ne compte plus le nombre de fois où le club a dû fermer pour mieux réouvrir un peu plus tard, que ce soit suite à des faillites, des procès pour conduite en état d'ivresse ou par la cupidité de promoteurs lorgnant sur le terrain face à l'océan.

Je me souviens être déjà venu au Stone Pony en 2002. Il y avait à l'époque un petit restaurant très sympa, dont, sans grande surprise, un mur complet était recouvert de photos des stars y ayant joué, avec évidemment le Boss en bonne place.

Aujourd'hui, le Stone Pony est plus vivant que jamais, et reste le point d'attration numéro un de la scène musicale du Jersey Shore. Bien servi par un public très connaisseur, il donne leur chance à de nombreux artistes locaux.

En France, le seul endroit comparable serait le Golf Drouot, à Paris, qui, de 1955 à 1981, a également permis à nombre d'artistes de faire leurs premiers pas sur scène.

Nous faisons ensuite un bref détour par Long Branch, la ville natale du Boss, puis nous refaisons le plein pour la dernière fois et prenons la route de New York.

New York, Manhattan vue de Brooklyn
New York, Manhattan vue de Brooklyn

Nous faisons un détour volontaire par Staten Island, pour passer par le pont Verrazano et le Brooklyn Battery Tunnel, qui s'appelle maintenant Hugh L. Carey Tunnel, du nom de l'ancien gouverneur de l'Etat de New York. Le détour nous coûte la coquette somme de 20$, Outerbridge Crossing, Verrazano Bridge et Hugh L. Carey Tunnel étant à péage.

Il fait toujours aussi beau. Coincés au milieu des embouteillages de l'après-midi, nous avons tout le temps de prendre quelques photos. Sur celle-ci, on reconnait Manhattan, avec One World Trade Center à gauche et l'Empire State Building à droite.

New York, Brooklyn, peinture murale contre la guerre
Brooklyn, peinture murale contre la guerre

Ici aussi, il y a des peintures murales. Il y a au moins celle-ci, réalisée en 2008 par un collectif de 13 jeunes femmes de couleur de Brooklyn, pour représenter leur résistance aux efforts de recrutement des Forces Armées pour la guerre en Irak.

Puis nous restituons la voiture chez Hertz et nous cherchons un taxi pour nous emmener, nous et nos volumineux bagages, à notre hôtel, qui se trouve assez loin de là, dans le West Side. Une fois n'est pas coutume à New York, c'est mission impossible, et nous finissons par opter pour le métro. A l'heure de pointe, avec nos sacs et par une chaleur torride, c'est pénible, mais heureusement, le temps reste au beau fixe.

Après avoir pris notre chambre à l'hôtel, nous repartons pour une ballade dans Manhattan et pour acheter les derniers cadeaux pour la famille.

New York, château d'eau en bois en haut d'un gratte-ciel
Château d'eau en bois en haut d'un gratte-ciel

C'est notre dernière soirée à New York, et nous sommes décidés à en profiter le plus longtemps possible.

Nous cherchons quelques photos sympa à prendre. En regardant bien, on trouve encore quelques châteaux d'eau en haut des immeubles, mais ils deviennent rares. Lors de ma première visite en 1979, il y en avait presque un par immeuble !

Celui-ci est en parfait état et méritait bien une photo en gros plan.

New York, Manhattan, limousine
Limousine dans Manhattan

New York, c'est aussi l'excès d'une Amérique de tous les excès. Même à Hollywood, je n'ai pas souvent vu de limousine aussi longue. Celle-ci attend ses passagers devant un grand hôtel de la 7ème Avenue.

New York, Manhattan, Empire State Building
L'Empire State Building

Nous descendons la 7ème Avenue à la recherche d'un angle correct pour photographier l'Empire State Building. Nous le trouvons à l'angle de la 34ème Rue Ouest, une des rares rues de Manhattan à double sens, et de ce fait un peu plus large que les autres.

Ca nous change des photos un peu pâlichonnes que nous avions prises au début de notre voyage.

Après quelques ultimes achats, nous allons dîner dans restaurant italien très agréable, Il Punto, à l'angle de la 9ème Avenue et de la 38ème Rue Ouest.

New York, Manhattan, le sommet de l'Empire State Building la nuit
Le sommet de l'Empire State Building la nuit

Après le dîner, la température reste agréable. Nous allons marcher vers les rives de l'Hudson River, là où, il y a bien longtemps, accostaient les transatlantiques. J'avais connu ce quartier dans un triste état, totalement à l'abandon, lors de mon tout premier voyage à New York, mais  tout a bien changé. Il y a un centre de conférences, le Jacob K. Javits Convention Center, qui a donné son nom à notre hôtel. Il y a aussi l'embarcadère des bacs qui traversent l'Hudson. Toutes les rives de l'Hudson ont été totalement réaménagées, avec des jardins, une piste cyclable et des jeux pour enfants.

C'est devenu un quartier où il fait bon se promener, même la nuit.

Enfin, les immeubles sont nettement moins hauts ici que dans le centre de Manhattan. Au détour d'un croisement, nous prenons cette photo du sommet de l'Empire State Building. L'éclairage est particulièrement travaillé, passant par du rouge, du vert, du bleu, du blanc, et plusieurs combinaisons de couleurs. C'est un spectacle à lui tout seul.

New York, Manhattan, caserne de pompiers ouverte la nuit
Caserne de pompiers ouverte la nuit à Manhattan

New York, c'est réellement la ville qui ne dort jamais, comme l'a si bien chanté Frank Sinatra. Sur le chemin du retour, nous passons devant la caserne de pompiers Engine 34 Ladder 21, à un bloc de notre hôtel, grande ouverte. Tout est calme, aucune intervention ne semble imminente, nous en profitons pour prendre une photo.

Un peu plus loin, nous voyons deux garages ouverts la nuit, qui entretiennent essentiellement des taxis. C'est toujours inattendu de pouvoir faire réparer sa voiture à presque minuit.

New York, Manhattan, bus de police en pleine nuit sur la 38ème Rue Ouest
Bus de police en pleine nuit sur la 38ème Rue Ouest

Il commence à se faire tard, il faut bien rentrer.

Sur la 38ème Rue, presque en face de notre hôtel, nous avons cette vision incongrue d'un bus de police garé le long du trottoir, comme abandonné. Que fait-il là ? Mystère. Peut-être que son chauffeur est rentré trop tard pour le garer dans le parking en face, tout simplement. Nous ne le saurons jamais.

Derrière le bus, nous profitons encore quelques instants des éclairages multicolores sur les gratte-ciel du Midtown, puis nous montons nous coucher.