Mardi 11 juin 2013 - Washington, Philadelphie

Nous sommes plutôt obstinés. La pluie a cessé, le temps est revenu au beau, nous sommes donc déterminés à prendre des photos de la Maison Blanche un peu moins pâlichonnes que celles d'hier.

Aussitôt le petit déjeuner avalé, nous quittons donc l'hôtel direction Washington. Ca ne nous détourne pas vraiment, il fallait de toute façon traverser la capitale avant de rejoindre Philadelphie, notre prochaine étape.

Evidemment, plus question de métro. Après quelques efforts, nous trouvons un parking souterrain dans la 17ème Rue, juste en face du Eisenhower Executive Office Building, l'un des immeubles du Pouvoir Exécutif des Etats-Unis. Ce parking va nous coûter une petite fortune pour à peine deux heures.

Nous remontons la 17ème Rue jusqu'à Pennsylvania Avenue.

Washington, 1600 pennsylvania Avenue, entrée nord de la Maison Blanche
Washington, 1600 Pennsylvania Avenue, entrée nord de la Maison Blanche

Pour d'évidentes raisons de sécurité, la partie de Pennsylvania Avenue qui passe devant la Maison Blanche est piétonne. Pas question de laisser une voiture passer devant la résidence du Président, ou devant Blair House, à notre gauche, où sont hébergés les invités de marque.

A l'égal du 10 Downing Street à Londres, le 1600 Pennsylvania Avenue à Washington est sans doute une des adresses postales les plus connues de la planète. C'est l'entrée principale de la Maison Blanche, celle des chefs d'Etat et des grands de ce monde. Derrière les grilles se trouve la pelouse nord, au milieu de laquelle on voit une jolie fontaine entourée d'arbustes colorés.

Derrière nous, la place Lafayette aménagée en parc rend hommage à quatre héros de la Guerre Révolutionnaire en exposant leurs statues :

Au centre de la place se trouve la statue d'Andrew Jackson, héros de la guerre de 1812 contre les Britanniques et 7ème Président de l'Union.

Comme on le voit sur la photo, la Maison Blanche n'est pas immense. Elle est donc flanquée de deux ailes. L'Aile Ouest, ajoutée en 1901, constitue le véritable siège de la puissance américaine. Elle inclut le célèbre Bureau Ovale. L'Aile Est, ajoutée en 1942, comporte le sécrétariat de la Maison Blanche, le bureau de la First Lady et le bunker. Le bâtiment central d'origine, l'Executive Residence, comprend la résidence du couple présidentiel et les principales salles de réception.

Depuis Theodore Roosevelt, les Présidents des Etats-unis parviennent donc, jusqu'à un certain point, à séparer leur activité professionnelle de leur vie privée.

Le développement de la bureaucratie, aux Etats-Unis comme ailleurs, nécessite d'autres locaux. Le Eisenhower Executive Office Building, situé entre la Maison Blanche et la 17ème Rue, héberge donc d'autres services gouvernementaux, ainsi que le bureau de cérémonie, que le vice-président utilise pour ses réunions et pour recevoir la presse.

Washington, pelouse sud de la Maison Blanche, le jardin potager de Michelle Obama
Pelouse sud de la Maison Blanche, le potager de Michelle Obama

Nous faisons tout le tour de la Maison Blanche par l'est, passant devant le Département du Trésor, qui administre le budget des Etats-Unis, collecte les impôts et gère l'immense dette fédérale. C'est à ce titre que cette administration reçoit régulièrement l'attention du public et des média.

Nous faisons le tour du monument dédié au général William Tecumseh Sherman, un des plus brillants statèges de l'Union pendant la Guerre Civile, et nous revoici face à la pelouse sud de la Maison Blanche.

Nous faisons quelques photos du jardin potager planté par Michelle Obama en 2009. Contrairement à ce que je pensais, ce potager est situé relativement près des clôtures. Je présume que, quand la First Lady jardine, toutes les précautions de sécurité doivent être prises !

Washington, la Maison Blanche et la pelouse sud
La Maison Blanche et la pelouse sud

Nous arrivons enfin à prendre une photo décente de la Maison Blanche par temps clair. Nous sommes sur E Street, une rue interdite à la circulation automobile, qui sépare le parc de l'Ellipse du parc de la Maison Blanche proprement dit. La présence policière reste relativement discrète.

Le long de E Street (rien à voir avec la rue du même nom ayant donné son nom au groupe de Bruce Springsteen !), se trouvent le White House Visitor Center, actuellement en travaux, et le Zero Milestone, petit monument de granite à partir duquel toutes les distances routières des Etats-Unis doivent en principe être calculées.

Nous quittons E Street pour traverser le parc dans lequel se trouve le Monument de la Première Division, un hommage à la Première Division d'Infanterie ayant servi en Europe pendant la Première Guerre Mondiale. Cet obélisque est surmonté de la Statue de la Victoire.

Puis nous reprenons la voiture et quittons Washington pour de bon.

Nous suivons l'autoroute 95 juqu'à Philadelphie, traversant Baltimore sans nous y arrêter. Aujourd'hui, nous aurons parcouru quatre Etats, la Virginie, le Maryland, le Delaware et la Pennsylvanie, plus le District de Columbia.

Nous arrivons à Philadelphie en tout début d'après-midi. Après avoir garé la voiture et pris notre chambre à l'hôtel, nous avons le reste de la journée devant nous pour visiter la ville.

Philadelphie, Independence Hall
Philadelphie, Independence Hall

Après New YorkBoston et WashingtonPhiladelphie est la quatrième ville historique de ce voyage. Elle a été fondée en 1682 par William Penn. Son nom à consonnance grecque la désigne comme la ville de l'Amour Fraternel.

En toute logique, nous commençons par nous rendre au visitor center du Independence National Historical Park tout proche. Heureuse surprise pour Marie, il existe quelques prospectus en français !

Ce parc, qui regroupe de nombreux sites et bâtiments de la période de l'Indépendance et, plus tard, lorsque Philadelphie était la capitale temporaire de l'Union, pendant la construction de Washington (1790-1800), mérite une visite approfondie. On peut notamment y voir une reconstitution partielle de la résidence présidentielle qui a précédé la Maison Blanche de Washington, que le premier Président n'a jamais habitée.

A cette époque, Philadelphie espérait encore, contre toute attente, devenir la capitale permanente de l'Union, en dépit du choix assumé des rives du Potomac pour y édifier la capitale fédérale. Cette décision avait été entérinée par le Residence Act de 1790 établissant le District de Columbia, en dehors de tout Etat, sous juridiction directe du Congrès.

Philadelphia Trolley Works
Philadelphia Trolley Works

Au visitor center, on nous propose une visite guidée en bus découvert. Il fait beau et, comme nous n'avons que quelques heures pour découvrir la ville, nous choisissons ce moyen pratique.

En principe, on peut descendre d'un bus et remonter dans un autre, mais nous préférons rester avec notre guide, une jeune femme au commentaire très vivant, plein d'humour et d'anecdotes sur sa ville, qu'elle connait visiblement par coeur.

Plus tard, nous reviendrons à pied à certains endroits, pour mieux les découvrir.

Philadelphie, Sassafras Street, Race Street
Sassafras Street, ancien nom de Race Street

Le centre historique de Philadelphie date de la fin du 17ème siècle. C'est William Penn lui-même qui avait baptisé les premières rues, choisissant des noms de plantes qui poussent spontanément dans la région. Sassafras Street a été renommée Race Street en 1853, mais cette ancienne plaque demeure.

On le voit sur la photo, la plupart des bâtiments historiques du centre ville sont faits de brique rouge, un peu comme à Boston. Il reste quelques traces historiques des débuts de la ville, soigneusement préservées : plaques de rues, réverbères, pavés.

Dans les années 1750, Philadelphie était devenue, grâce à son port en eau profonde accessible par les plus gros navires de l'époque, tout en restant à l'abri des féroces tempêtes de l'Atlantique nord, la seconde ville de l'Empire Britannique après Londres, bien avant Boston ou New York.

Aujourd'hui, Philadelphie demeure la seconde ville de la côte Est après New York, avec 1 540 000 habitants en 2012.

Philadelphie, l'hôtel de ville
L'hôtel de ville

Market Street, une des artères les plus importantes du centre ville, est coupée par l'Hôtel de Ville, le City Hall. Nous sommes ici devant son entrée est. Nous reverrons le City Hall vers la fin de la visite.

Philadelphie, une des 3000 peintures murales
Une des 3000 peintures murales de Philadelphie

Philadelphie est également très connue pour ses peintures murales. Des itinéraires de promenades y sont même consacrés. Avec 3000 réalisations, il est vrai que le sujet est presque inépuisable. J'ai donc dû sélectionner les photos.

A l'origine, en 1984, ces peintures murales ont été conçues comme un programme anti-graffiti, dirigé par Jane Golden, sous l'impulsion de l'ancien maire Wilson Goode. Depuis, ce programme a pris de l'ampleur. Chaque année, une centaine d'auteurs de graffiti sauvages sont enrôlés pour développer leurs propres réalisations. Le programme emploie 36 personnes à plein temps.

Les thèmes abordés par les artistes sont des plus divers : immigration, environnement, représentations ethniques ou religieuses, urbanisme. Pour réaliser une peinture murale, la seule condition semble être d'avoir à sa disposition un mur suffisamment grand.

A Philadelphie, depuis toujours, on ne fait rien comme ailleurs. Aux amendes ou à la prison, qui au fond ne résolvent pas grand-chose, la ville de l'amour fraternel préfère la cooptation.

Philadelphie, statue de John Marshall
Statue de John Marshall

Nous quittons le centre historique de Philadelphie. Après être passés devant Eastern State Penitentiary, une prison qui tentait de privilégier la rééducation plutôt que la répression pure, nous traversons Benjamin Franklin Parkway, une large avenue bordée d'arbres et de contre-allées.

A l'angle de Kelly Drive et 25th Street se trouve une statue de Jeanne d'Arc, un peu inattendue ici, achetée à Paris par la ville de Philadelphie en 1889, témoignage d'amitié entre les deux villes.

Puis, contournant le Philadelphia Museum of Art, nous voyons cette statue de John Marshall, le 4ème Président de la cour Suprême des Etats-Unis, dont nous avons déjà parlé. Un tel personnage ne pouvait que trouver sa place dans cette ville décidément hors normes.

Philadelphie, le Please Touch Museum
Le Please Touch Museum

Philadelphie est installée entre la Delaware River, un fleuve large et profond, et son affluent la Schuylkill River. De nombreux parcs ont été aménagés, dont, le long de la Schuylkill River, l'immense Fairmount Park. Sur l'autre rive de la Schuylkill River, le West Fairmount Park abrite le zoo.

Toujours sur l'autre rive de la Schuylkill River se trouve le Please Touch Museum. Au moment même où l'Amérique célébrait son bicentenaire, Portia Sperr a eu l'idée de faire jouer les enfants de moins de 7 ans, pour éveiller leurs sens, en commençant par le toucher. Ce musée très interactif est donc une suite ludique d'activités dédiées aux plus jeunes. Une visite prend trois bonnes heures.

Ce musée nous envoie deux messages. Le premier, à l'attention des enfants, est consacré à l'éveil et à la curiosité. Le second, à l'attention des parents, consiste à lutter de toutes leurs forces contre cettre propension bien naturelle à répéter à notre progéniture lors de la visite d'un musée : "Ne touche pas !".

Le Musée d'Art de Philadelphie
Le Musée d'Art de Philadelphie

Puis nous retournons en ville.

Tout au bout de la Benjamin Franklin Parkway se trouve le Philadelphia Museum of Art, un musée très riche en oeuvres de toutes sortes et de toutes époques.

Ce musée reste surtout dans tous les esprits pour la scène finale de Rocky, où l'on voit Sylvester Stallone monter les 72 marches en courant. L'exploit est renouvelé dans Rocky II, III, V et Rocky Balboa. Dans Rocky III, une statue de Rocky est installée pour les besoins du film en haut des marches. Cette statue existe toujours, elle est maintenant visible dans le parc, un peu à droite du pied de l'escalier. La montée des marches au pas de gymnastique dans Rocky est une métaphore du Rêve Américain, selon lequel un individu parti de rien relève tous les défis un par un, pour finalement accéder à la reconnaissance.

La célèbre scène de Rocky I a été un des premiers cas d'utilisation dans un film grand public de la Steadicam, une caméra stabilisée qui permet à l'opérateur de filmer sans à-coups pendant qu'il marche ou même qu'il court.

Par beau temps, nombreux sont les visiteurs qui se refont la scène pour leur usage personnel, filmés par leur petite amie avec leur téléphone portable.

Lors des Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996, la basketteuse Dawn Staley, née à Philadelphie, a porté la Flamme Olympique lors d'un relais jusqu'en haut des marches.

Du parvis, la vue sur la perspective de la Benjamin Franklin Parkway porte jusqu'au City Hall. C'est spectaculaire et magnifique.

L'hôtel de ville, la tour, la statue de William Penn
L'hôtel de ville, le beffroi, la statue de William Penn

Nous repassons devant le City Hall. L'immmense hôtel de ville possède un beffroi de 167 mètres, surmonté d'une statue de William Penn, le fondateur de la ville. Il a été le plus haut bâtiment du monde de 1901 à 1908. Une tradition locale voulait qu'à Philadelphie on ne construise pas plus haut que le chapeau de William Penn, mais cette pratique a été abandonnée au milieu d'un véritable tollé de protestations en 1987 lors de la construction de Liberty Place, un ensemble d'immeubles à usage de bureaux, hôtel et centre commercial.

Aujourdhui, le City Hall n'est plus que le 9ème immeuble le plus haut de Philadelphie.

Philadelphia International Records
Philadelphia International Records, la Mecque de la soul music des années 70

Dans l'immeuble à l'angle de Broad Street et Spruce Street se trouve le siège de Philadelphia International Records, fondée en 1971 par Kenneth Gamble et Leon Huff, auteurs, compositeurs et producteurs. Dans les années 70, Philadelphia faisait partie des quatre grandes maisons de disques de la soul et de la funk music, à l'égal de Motown (Marvin Gaye, Diana Ross et les Supremes, les Four Tops, les Temptations, Stevie Wonder), Stax (Isaac HayesOtis Redding) ou Atlantic (Ray Charles, Aretha Franklin, Wilson Pickett). Le Philadelphia Sound nous a donné Thom Bell et les O'Jays, Harold Melvin et les Blue Notes, MFSB, Billy Paul, Lou Rawls, Teddy Pendergrass, les Three Degrees, Patti LaBelle et bien d'autres.

Le moins qu'on puisse dire, vu l'aspect moyennement engageant des locaux, est que cette société a connu des jours meilleurs. Après un incendie en 2010 qui a détruit une partie d'un patrimoine musical inestimable, Philadelphia International Records vit essentiellement de rééditions et de compilations, comme en témoigne le succès remporté par le coffret de 10 CDs édité en 2012, à l'occasion du quarantième anniversaire de la société.

Le fan de musique des années 70 que je suis y va de sa petite larme de nostalgie en passant quelques instants devant Philadelphia International Records. Je me rejoue Philadelphia Freedom dans ma tête, un hommage au Philly Sound par Elton John en 1975.

Philadelphie, Old City Hall
Old City Hall

La visite en bus est terminée, nous sommes de retour au Independence National Historical Park. Face à nous se dresse l'Old City Hall, qui a été le siège de la Cour Suprême de 1791 à son déménagement à Washington en 1800, avant de redevenir l'hôtel de ville de Philadelphie jusqu'en 1854.

Il nous reste pas mal de temps, il fait beau, le centre ville de Philadelphie n'est pas très étendu, nous allons en profiter pour revoir de plus près quelques endroits aperçus du bus.

Cette promenade à pied se révélera très enrichissante, avec quelques surprises.

Philadelphie, la tombe de Benjamin Franklin
La tombe de Benjamin Franklin

A l'angle de Arch Street et 5th Street se trouve le Christ Church Burial Ground, le cimetière où est enterré Benjamin Franklin. Né à Boston en 1706, ce génie universel, tour à tour journaliste, écrivain, peintre, démographe, musicien, inventeur, scientifique, ambassadeur, politicien et homme d'Etat a fui à Philadelphie à l'âge de 17 ans, où il s'est établi.

On se souvient de Benjamin Franklin pour ses recherches sur l'électricité, qui ont conduit à l'invention du paratonnerre. Il faut aussi le créditer des premiers travaux sur les courants marins de l'Atlantique Nord, conduisant à la découverte du Gulf Stream, d'études sur la théorie des ondes lumineuses, totalement novatrice, et totalement ignorée, au 18ème siècle, d'expériences sur la réfrigération et de l'invention d'un ingénieux harmonica de verre. Il a été un des premiers, et un des meilleurs, joueurs d'échecs des 13 Colonies.

Benjamin Franklin a aussi organisé une des premières casernes de pompiers volontaires et un des premiers services postaux d'Amérique du Nord. C'est ce rôle de postier en chef qui lui a permis de mettre en place un réseau de communication qui devait se révéler particulièrement utile lors de la Guerre Révolutionnaire. Plus tard, il est devenu le premier Postmaster General, sorte de Ministre des Postes de ce qui n'était pas encore tout à fait les Etats-Unis d'Amérique.

Après une mission à Londres, il est rentré à Philadelphie juste à temps pour être élu à l'unanimité délégué de Pennsylvanie au Congrès Continental, et prendre part à la rédaction de la Déclaration d'Indépendance, publiée à Philadelphie le 4 juillet 1776.

Il a été l'ambassadeur en France, puis en Suède, de la toute jeune nation américaine. C'est lors de son séjour à Versailles qu'il est devenu l'ami de Mirabeau.

A son retour, agé de 81 ans, il a participé à titre honorifique à la Convention Constitutionnelle de Philadelphie, qui devait rédiger la Constitution des Etats-Unis. Il est ainsi le seul des Pères Fondateurs à avoir signé les quatre documents essentiels de la jeune nation : la Déclaration d'Indépendance, le Traité d'Alliance avec la France, le Traité de Paris et la Constitution.

Il a terminé sa vie publique comme Président (on ne l'appelait pas encore Gouverneur) de Pennsylvanie, de 1785 à 1788.

A l'égal d'un Léonard de Vinci ou d'un Thomas JeffersonBenjamin Franklin a été un génie universel, parlant six langues : l'anglais, le français, le latin, le suédois, l'allemand et l'italien. Il est décédé en 1790 à l'âge de 84 ans, un exploit pour l'époque.

Philadelphie, la maison de Betsy Ross
La maison de Betsy Ross

Sur Arch Street, nous nous arrêtons quelques instants devant la maison de Betsy Ross. Cette couturière de métier, en rupture avec sa famille Quaker après un mariage précoce avec John Ross pour cause de grossesse, a rejoint l'Eglise du Christ, également fréquentée par George Washington. C'est à la demande du Général qu'elle a cousu le tout premier drapeau américain.

Malheureusement, aucun document ni témoignage n'étaye ce point d'histoire.

Le tout premier drapeau comporte déjà les 13 bandes rouges et blanches alternées, qui représentent les 13 Colonies originelles, enfin unies dans l'indépendance. En haut à gauche, le champ d'étoiles blanches sur fond bleu représente les Etats. En 1776, évidemment, il n'y en a encore que 13.

Le drapeau actuel à 50 étoiles a été commandé par le président Eisenhower en 1959, après l'admission dans l'Union de l'Alaska et de Hawaii.

Philadelphie, Elfreth's Alley
Elfreth's Alley

Non loin de là, nous passons un moment dans Elfreth's Alley, en principe la plus ancienne rue résidentielle d'Amérique du Nord, puisqu'elle date de 1702. Elle tient son nom de Jeremiah Elfreth, forgeron et propriétaire terrien de l'époque. Les premiers habitants étaient armateurs, travaillant sur le port tout proche, commerçants, joaillers, ébénistes ou souffleurs de verre.

Les 32 maisons qui bordent Elfreth's Alley, toutes authentiques puisque construites entre 1728 et 1836, sont soigneusement entretenues et régulièrement restaurées. Au sol, les pavés sont eux aussi authentiques. En revanche, les deux bandes de dalles bétonnées sont un arrangement contemporain, pour pouvoir supporter un minimum de circulation automobile.

Chaque année, une grande fête de quartier permet de collecter des dons, utilisés pour aider à financer la restauration des maisons les plus anciennes.

Ce qui étonne le plus dans Elfreth's Alley, ce n'est pas l'état impeccable des maisons, nous avons maintenant que les Américains savent préserver leur patrimoine historique. Ce n'est pas non plus l'absence presque totale de circulation automobile.

Ce qui étonne, c'est le calme absolu de ce petit coin d'histoire, soigneusement tenu à l'écart de la frénésie urbaine pourtant toute proche.

Philadelphie, Bladen's Court
Bladen's Court

Une ruelle encore plus étroite prend dans Elfreth's Alley. C'est Bladen's Court, une allée percée entre 1749 et 1753, pour donner accès à des parcelles jusque là enclavées derrière des maisons donnant sur Front Street, l'avenue qui longe la Delaware River.

Il n'y a que trois maisons dans Bladen's Court. A l'époque de la Guerre Révolutionnaire, il y en avait cinq, dont deux étaient occupées par des voisins et beaux-frères aux vues politiques pour le moins divergentes. William Rush a très rapidement opté pour l'Insurrection, tandis qu'Abraham Carlisle a poursuivi son allégeance aux Britanniques, jusqu'à devenir le gardien de la porte installée au-dessus de Front Street. Plus tard, lorsque les Américains ont repris le contrôle de la ville, Carlisle a été pendu pour trahison en 1778.

A cette époque, on ignorait tout de l'assainissement. Il y avait un puits dans Bladen's Court, que tous les habitants du quartier utilisaient pour remplir leurs seaux d'eau en principe potable. Mais des documents d'époque attestent également de la présence de toilettes dans le voisinage. Cette regrettable proximité est à l'origine des épidémies de fièvre jaune qui ont ravagé la ville dans les années 1760 et plus tard, en 1793 et 1794.

Philadelphie, Fireman's Hall, caserne de pompiers de 1902 transformée en musée
Fireman's Hall, caserne de pompiers de 1902 transformée en musée

Nous avons déjà dit plus haut que Benjamin Franklin a organisé une des premières casernes de pompiers volontaires d'Amérique en 1736. Tenant à lui rendre hommage préalablement aux célébrations du Bicentennaire en 1976, la ville de Philadelphie et ses pompiers ont installé en 1974, dans une ancienne caserne de 1902 soigneusement restaurée, un petit musée consacré aux soldats du feu et à leur équipement à travers les âges.

On se demande évidemment comment de simples pompes à bras tractées par des chevaux pouvaient venir à bout d'incendies importants dans des immeubles en bois, il est vrai nettement moins hauts que de nos jours.

A l'arrière de l'ancienne caserne restaurée, une aile plus moderne a été ajoutée en 1977.

Philadelphie, Franklin Court, imprimerie, bureau de poste et musée
Franklin Court, imprimerie, bureau de poste et musée

Nous avons également dit que Benjamin Franklin, encore lui, avait installé un des premiers services postaux des Colonies. Dans cet immeuble, qui abritait également les locaux de ses journaux et son imprimerie, a été reconstitué un bureau de poste tel qu'il pouvait se présenter au milieu du 18ème siècle. La Bannière Etoilée n'ayant pas encore été créée à cette époque, c'est le seul bureau de poste des Etats-Unis sur lequel ne flotte aucun drapeau.

Son existence est par ailleurs menacée par les réorganisations en cours au sein du United States Postal Service, la poste Fédérale.

Philadelphie, Library Hall
Library Hall, l'ancêtre de la Bibliothèque du Congrès

Nous retraversons une partie du Mall de l'Indépendance. Nous sommes maintenant devant Library Hall, qui fait figure d'ancêtre de la Bibliothèque du Congrès de Washington.

Sur la même place, un peu plus loin, on peut voir une statue de Robert Morris, un riche commerçant né à Liverpool en 1734 et arrivé dans le Maryland à l'âge de 13 ans. Plus tard, il a fait fortune dans la traite des esclaves et le commerce avec l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, l'Inde et les Antilles. Il a largement financé la Guerre Révolutionnaire et est un des signataires de la Déclaration d'Indépendance, des Articles de la Confédération et de la Constitution.

Plus tard, il a été Agent de la Marine, une sorte de ministère de la Marine marchande qui lui permettait de garder la haute main sur la Marine Continentale, Surintendant des Finances, sorte d'ancêtre du Directeur du Trésor Fédéral, puis organisateur de la première banque des Etats-Unis et sénateur de Pennsylvanie. Des spéculations foncières pas très heureuses l'ont conduit en prison pour dettes pendant 3 ans, de 1798 à 1801. Il est décédé en 1806, à l'âge de 72 ans.

Philadelphie, Best Western Independence Park Hotel
Notre hôtel, le Best Western Independence Park Hotel

Nous sommes de retour devant notre hôtel, lui-même un monument historique, puisqu'il a été ouvert en 1856. C'est aujourd'hui devenu un Best Western. Au moment de notre passage, le hall d'entrée est en pleine réfection. Le résultat promet d'être de très belle facture.

Malgré le bruit, en grande partie causé par les travaux, et l'exiguïté de la chambre, nous apprécions beaucoup cet hôtel charmant, situé en plein centre du quartier historique de Philadelphie.

Un peu plus tard, nous dînons à la Red Owl Tavern, en face du Mall de l'Indépendance, où nous fêtons nos 19 ans de mariage. Après un Philly Cheesesteak, l'incontournable spécialité culinaire locale, j'engage la conversation avec les deux messieurs de la table d'à côté, qui se posent des questions sur "Une par la terre, deux par la mer", le signal d'alerte de Paul Revere. J'ai le plaisir d'éclairer leur lanterne, c'est le cas de le dire.

Philadelphie est riche d'histoire et de culture :

Philadelphie est une ville très agréable à visiter, très attachante et où, apparemment, il fait bon vivre.