Dimanche 9 juin 2013 - Arlington, Washington

Aujourd'hui, nous ne prenons pas la voiture. Nous avions choisi notre hôtel parce qu'il est en principe proche du terminus du métro. Comme à New York et à Boston, nous ne tenons pas à être victimes des problèmes de parking inhérents à toute grande ville.

En fait, notre hôtel est à 6 kilomètres du métro et, après avoir demandé quelques renseignements au personnel, la navette n'étant pas disponible, nous prenons le bus. Les machines automatiques installées dans les bus ne rendent pas la monnaie, et nous payons 2$ des billets qui valent 1,60$ l'unité.

WMTA-SmartTrip-540
Washington Metropolitan Area Transit Authority

Au métro, au moment d'acheter nos billets, nous constatons que nos cartes Visa sont refusées par les distributeurs. Nous finissons quand même par acheter deux SmarTrip, des cartes rechargeables et utilisables dans le bus comme dans le métro.

Ici, un peu comme à Boston, les lignes portent des noms de couleur. Nous quittons la ligne jaune pour la bleue à Pentagon et descendons à Arlington Cemetery.

Le cimetière militaire d'Arlington, que je vais visiter pour la seconde fois, est une véritable ville : 253 hectares, 400 000 habitants, tous décédés, une vingtaine de nouveaux arrivants chaque jour, et plus de trois millions de visiteurs par an.

C'est aussi un lieu de calme, de paix et de recueillement où, malgré la foule des dimanches, nous ne serons pas incommodés par le bruit.

C'est enfin un endroit chargé d'histoire. Outre les nombreux personnages historiques qui y reposent, le cimetière a été établi sur l'ancienne propriété du général Confédéré Robert E. Lee. Le général, qui avait rejoint l'armée Confédérée lors de la sécession de la Virginie en 1861, était considéré par l'Union comme en fuite, et dans l'incapacité de payer l'impôt foncier. Sa propriété a été confisquée et ses vastes terrains utilisés pour le premier cimetière militaire fédéral, inauguré en 1864 et largement agrandi depuis.

Cimetière militaire d'Arlington, entrée du visitor center
Cimetière militaire d'Arlington, entrée du visitor center

Comme partout, la visite commence par le visitor center, qui s'appelle ici le Welcome Center. Le bâtiment, inauguré en 1990, s'inspire du style architectural du sud, avec la classique colonnade ombragée.

A l'intérieur, en plus d'un musée consacré aux Forces Armées Américaines, se trouvent les guichets et les boutiques. La visite du cimetière pouvant être assez longue, il est recommandé de prévoir de l'eau en cas de forte chaleur.

Arlington-540
Cimetière National d'Arlington

Après avoir pris nos billets, nous rejoignons le départ des navettes sur le parvis du Welcome Center.

Il est toujours possible de visiter Arlington à pied mais, vu l'étendue, ce n'est pas la manière la plus recommandée. Les navettes desservent tout le cimetière, s'arrêtent à de nombreux endroits significatifs, on peut descendre et remonter à sa convenance, et la visite est commentée en anglais.

Bien entendu, il n'est pas question de visiter le cimetière en voiture.

Cimetière militaire d'Arlington, mémorial des femmes ayant servi dans les forces armées
Mémorial des femmes ayant servi dans les Forces Armées

Au bout de Memorial Avenue, qui vient de l'entrée du cimetière, se trouve le Mémorial aux Femmes ayant servi dans les Forces Armées Américaines. On l'oublie parfois, mais les femmes jouent un rôle dans les Forces Armées des Etats-Unis depuis la Guerre Révolutionnaire, quand Margaret Corbin a continué de servir le canon abandonné par son mari tué.

Sans grande surprise, les premières tentatives d'intégration de femmes dans l'armée ont été les corps d'infirmières. Après la guerre hispano-américaine de 1898, où la maladie a tué bien plus d'hommes que le combat lui-même, ces messieurs les officiers ont finalement compris la nécessité d'officialiser le rôle indispensable des femmes dans un milieu jusque-là exclusivement masculin.

Il faudra encore de nombreux conflits, de nombreuses tentatives d'intégration plus ou moins heureuses et de nombreuses hésitations d'un corps d'officiers masculins plutôt conservateur pour vaincre les multiples réticences. Ce n'est qu'au milieu des années 90, après la Première Guerre du Golfe, que le rôle des femmes dans les unités de combat sera enfin clarifié.

Le Mémorial honore pas moins de deux millions et demi de femmes ayant servi, ou servant actuellement, dans les Forces Armées des Etats-Unis.

Cimétière militaire d'Arlington
Cimetière militaire d'Arlington

Le cimetière est divisé en une soixantaine de sections. Certaines, comme celle de la photo, sont couvertes de pierres toutes identiques. D'autres ont des monuments plus variés, avec parfois le signe d'une appartenance religieuse.

De nos jours, le cimetière ne pratique plus la ségrégation. C'este une ordonnance du président Truman, en 1948, qui a définitivement aboli cet usage. Ceux qui sont tombés pour leur pays reposent côte à côte, sans distinction de couleur, de confession ni de genre.

Les prérequis pour être enterré à Arlington sont relativement simples. Il faut :

Comme on le voit, la nationalité américaine n'est absolument pas nécessaire. L'accent est mis sur l'honneur plus que sur le statut.

Cimetière militaire d'Arlington, tombes de John et Jacqueline Kennedy
Tombes de John et Jacqueline Kennedy

Notre premier arrêt est pour le monument de la famille Kennedy. Le frère aîné du 35ème président a été tué accidentellement au-dessus du sud de l'Angleterre le 12 août 1944. Le Président lui-même avait servi dans la Marine, dans le Pacifique, de 1941 à 1945, malgré ses chroniques problèmes de dos. C'est au titre du regroupement familial que ses deux plus jeunes frères, Bob, candidat à la Présidence en 1968, et Ted, sénateur du Massachusetts de 1962 à 2009, l'ont rejoint. Malgré son remariage avec Aristote Onassis, son épouse Jacqueline, décédée en 1994, repose aux côtés de son mari assassiné, ainsi que leurs deux enfants morts-nés.

La première tombe du président assassiné était un rectangle d'herbe tout simple entouré d'une petite palissade blanche, bien moins élaboré que le monument en granite du Massachusetts que nous avons sous les yeux. C'est la famille Kennedy, en accord avec la direction du cimetière, qui a souhaité un monument plus apte à accueillir les millions de visiteurs qui rendent chaque année un dernier hommage à John Fitzgerald Kennedy et à ses proches. Ce nouveau monument a été inauguré en 1967.

Tout près de là, les tombes de ses frères Joseph Jr, Robert et Edward restent de simples pierres dans l'herbe.

Arlington House, la maison du général Lee
Arlington House, la maison du général Lee

Le monument de la famille Kennedy est situé sur le flanc de la colline d'Arlington, dont le sommet est occupé par Arlington House, l'ancienne propriété du général Lee, que nous visiterons plus tard dans la journée.

Du monument Kennedy jusqu'à Arlington House, la colline monte en pente assez raide, et le cimetière a jugé le terrain impropre à l'installation d'autres tombes. A cet endroit, les pelouses sont donc absolument vierges.

Cimetièr militaire d'Arlington, tombes et monument aux soldats inconnus
Tombes et monument aux soldats inconnus

Nous reprenons la navette et photographions quelques tombes plus ou moins célèbres.

Seuls deux anciens présidents sont enterrés à Arlington, William Howard Taft et John Fitzgerald Kennedy. Bien d'autres présidents ont servi dans les Forces Armées (on pense naturellement à Washington, à Grant, à Eisenhower), mais ont préféré se faire inhumer dans leur Etat natal.

La navette ralentit pour que les passagers puissent photographier les tombes et monuments variés d'Arlington, qui ne manquent pas. Parfois, au détour d'une courbe, nous découvrons la vue de plus en plus dominante sur la capitale fédérale.

Puis nous nous arrêtons au Memorial Amphitheater, à la fois amphithéatre, musée et lieu de mémoire. Nous allons y passer un assez long moment.

Cimetière militaire d'Arlington, drapeaux des Forces Armées et plaque du Memorial Day
Drapeaux des Forces Armées et plaque du Memorial Day

Le Memorial Amphitheater héberge un musée dans lequel sont exposés de nombreux objets, médailles et drapeaux des Forces Armées américaines, ou offerts à ces Forces Armées.

La plaque de la photo a été offerte pour commémorer la désignation, en 1868, du 30 mai comme Memorial Day, ou journée en mémoire des militaires qui ont perdu la vie dans les différents conflits menés par les Etats-Unis. Depuis, une décision du président Nixon a fixé le Memorial Day au dernier lundi de mai, ce qui permet aux Américains de bénéficier d'un jour férié. Officieusement, le week-end du Memorial Day lance la saison d'été un peu partout aux Etats-Unis.

Cimetière militaire d'Arlington, monument aux soldats inconnus, relève de la garde
Relève de la garde devant le monument aux soldats inconnus

Sur l'esplanade devant le musée se trouvent le monument et les trois tombes de soldats inconnus, une pour la 1ère Guerre Mondiale, une pour la 2ème Guerre Mondiale et la Guerre de Corée, et une pour la Guerre du Vietnam. Sur l'esplanade, un soldat en uniforme de prestige monte la garde en permanence, en faisant sa ronde selon une chorégraphie savamment orchestrée, marchant 21 pas dans chaque sens. Le nombre 21 est une marque de très grand honneur dans les Forces Armées américaines : on salue en effet la dépouille d'une personnalité de 21 coups de canon lors de funérailles nationales.

La relève de la garde est elle aussi minutieusement chorégraphiée. Un officier accompagne un nouveau soldat sur le parvis, puis vient chercher celui qui est relevé, là encore en marchant 21 pas avant chaque changement de direction.

C'est dimanche, le public se presse assez nombreux sur les marches du musée pour assister à la relève de la garde. Nous verrons le spectacle deux fois à une demie-heure d'intervalle, visitant le musée entre les deux.

Cimetière militaire d'Arlington, mémorial de la navette spatiale Challenger, 1986
Mémorial de la navette spatiale Challenger, 1986

De l'autre côté du musée, la section 46 est particulièrement riche en mémoriaux dédiés à divers événements dans lesquels des militaires ont joué un rôle. On trouve dans cette section le mémorial de la navette Challenger, en 1986, celui de la navette Columbia, en 2003, et celui de la tentative ratée de libération des otages de Téhéran, en 1980.

On l'oublie parfois, mais les équipages de la NASA comprenaient de nombreux officiers ayant servi dans l'Aviation ou l'Aéronavale. Ils ont légitimement leur place à Arlington.

Cimetière militaire d'Arlington, tombe d'Audie Murphy
Tombe d'Audie Murphy, le soldat le plus décoré de la 2ème Guerre Mondiale

Un peu plus loin, toujours dans la section 46, se trouve la tombe d'Audie Murphy, le soldat américain le plus décoré de la 2ème Guerre Mondiale.

Puis nous verrons le monument dédié aux infirmières de la Guerre Hispano-Américaine, et celui dédié à toutes les infirmières.

Un petit peu plus loin, nous voyons le mât du Maine, navire de guerre coulé par les Espagnols dans le port de La Havane en 1898, point de départ de la Guerre Hispano-Américaine. Les 165 marins et officiers du Maine enterrés à Arlington sont les premières victimes d'un conflit dans lequel les Etats-Unis sont impliqués à avoir péri en dehors du territoire américain.

Cimetière militaire d'Arlington, tombe de Pierre-Charles L'Enfant
Tombe de Pierre-Charles L'Enfant, l'homme qui a dessiné le plan de Washington

Nous avons repris la navette jusqu'à Arlington House, la demeure du général Robert E. Lee. Du haut de la colline, la vue sur la capitale fédérale, surtout par temps correct comme aujourd'hui, est superbe. Rien que le panorama mérite le détour.

Juste devant nous se trouve la tombe de Pierre-Charles L'Enfant, l'architecte d'origine française qui a conçu le plan de Washington. Intégré comme Lafayette dans l'Armée Continentale de Washington, son statut de militaire au service des Etats-Unis lui donne toute légitimité pour reposer à Arlington, bien qu'il soit né en Eure-et-Loir.

Inutile de dire que dès le début de la Guerre Civile, la colline d'Arlington et la propriété du général Lee ont été occupées par l'armée de l'Union, non pas en représailles contre Lee, mais pour des raisons purement tactiques. En effet, la capitale fédérale toute proche aurait fait une superbe cible, si les Confédérés étaient parvenus à installer quelques batteries de canons au sommet de la colline !

Assez curieusement, l'histoire n'a retenu aucun effort des Confédérés pour prendre cette position, pourtant de toute première valeur sur le plan militaire.

Vue de Washington et du Lincoln Memorial du haut de la colline d'Arlington
Vue de Washington et du Lincoln Memorial du haut de la colline d'Arlington

Devant nous, en bas de la colline, se trouve Arlington Memorial Bridge, qui relie en un symbole d'unité retrouvée la capitale fédérale, restée dans l'Union, à la Virginie, qui avait rejoint la Confédération lors de la sécession. Memorial Avenue, qui dessert le cimetière, et le pont constituent une large perspective qui va jusqu'au Lincoln Memorial, le bâtiment blanc en forme de temple grec.

Arlington House, maison du général Lee, la grande salle de séjour
Arlington House, maison du général Lee, la grande salle de séjour

La maison du général Lee semble presque modeste, pour un homme de son rang et de son statut social. C'est une maison bourgeoise, sans plus, bien construite, avec des matériaux de qualité, mais sans rien qui rappelle le luxe souvent tapageur des propriétés de la 5ème Avenue à la fin du 19ème siècle ... ou de Hollywood de nos jours !

Et, pour une fois, on peut photographier à l'intérieur.

Aux murs de la grande salle de séjour figurent des portraits des ancêtres du général. On se souvient qu'il avait épousé Mary Anna Custis, une arrière-petite-fille de Martha Washington. Par un étrange raccourci de l'Histoire, le plus célèbre héros militaire de la Confédération est ainsi plus ou moins apparenté au plus célèbre héros militaire de l'Indépendance.

De l'ancienne propriété, immense, restent une toute petite partie des jardins et un minuscule potager. Il reste aussi les logements des esclaves, ingénieusement aménagés pour permettre aux occupants des deux niveaux de sortir par une unique issue.

Puis nous reprenons la navette et retournons vers le Welcome Center. Le temps étant à peu près beau, nous traversons Arlington Memorial Bridge à pied.

Washington, le Lincoln Memorial, vue arrière
Le Lincoln Memorial, vue arrière

Nous sommes maintenant à Washington, la capitale fédérale. Nous allons consacrer le reste de cette journée à la visite des Mémoriaux, ces monuments érigés sur le National Mall et les bords du Tidal Basin pour commémorer les héros que l'Union s'est choisis. Ce sont souvent, mais pas toujours, des anciens présidents.

Le National Mall, appelé plus simplement le Mall, est un parc qui traverse tout le centre de Washington, depuis Arlington Memorial Bridge jusqu'au Capitole, soit environ 3 kilomètres. Il est bordé de deux avenues, Constitution Avenue au nord et Independence Avenue au sud. Il est essentiellement composé de grandes pelouses, qui ont connu leurs heures de gloire lors des manifestations pour les Droits Civiques ou contre la Guerre du Vietnam dans les années 60.

Presque à mi-chemin du Capitole, le Mall se poursuit vers le nord par l'Ellipse, un parc qui va jusqu'aux jardins de la Maison Blanche. A cette intersection se trouve le Washington Monument, un grand obélisque de 175 mètres de haut. Nous ne le visiterons pas, il a été assez sérieusement endommagé par le tremblement de terre de 2011, d'une magnitude pourtant modeste de 5,8. Lors de notre visite, il est en réfection, entouré d'échafaudages et de filets de sécurité.

La ville de Washington a été construite sur d'anciens marécages insalubres, qu'il faut régulièrement drainer. C'est le rôle du Tidal Basin, un bassin de 43 hectares, qui est rempli à marée haute puis vidé à marée basse. Les marées remontant depuis l'Atlantique jusqu'au-delà de Washington par le Potomac, leur mouvement naturel est largement suffisant.

A l'origine construction purement hydrologique, le Tidal Basin est devenu la pièce maîtresse d'un parc ponctué de monuments et d'un agréable jardin de cerisiers japonais, offerts à Washington par la ville de Tokyo en 1912.

Washington, Lincoln Memorial, statue du président Lincoln
Lincoln Memorial, statue du président Lincoln

Nous commençons la visite par le Lincoln Memorial, sorte de temple laïque dédié au 16ème président.

A l'intérieur, face à l'ouverture, une statue monumentale de Lincoln assis est surmontée d'une devise dédiée à la mémoire de celui qui a sauvé l'Union lors de la Guerre Civile. A gauche, le Discours de Gettysburg est tout entier gravé dans le marbre.

Washington The Mall, Reflecting Pool et Washington Monument, vus du Lincoln Memorial
The Mall, Reflecting Pool et Washington Monument, vus du Lincoln Memorial

Le Lincoln Memorial est surélevé, et on accède à l'intérieur du mémorial par un escalier presque aussi large que le bâtiment lui-même, ouvert sur le Mall. 

Lorsque Marie prend cette photo, nous nous tenons approximativement à l'endroit, marqué d'une pierre de couleur différente, où Martin Luther King a prononcé son célèbre discours "I Have A Dream ..." lors de la marche pour les Droits Civiques du 28 août 1963. Il faut imaginer l'esplanade et les vastes pelouses devant nous totalement recouvertes de monde, sur plus d'un kilomètre, jusqu'au Washington Monument, soit environ un demi-million de personnes.

Ecoutons-le :

Lors de ce discours, Martin Luther King est un jeune pasteur de 34 ans, qui s'est fait connaître par son militantisme pour les Droits Civiques.

Pas franchement convaincu par le texte qu'il avait pourtant soigneusement préparé à l'avance,  Martin Luther King improvise délibérément le dernier tiers de son discours, la partie "I Have a Dream ...". Il cite, entre autres, Jefferson, la Constitution, quelques cantiques classiques des églises du Sud et, bien sûr, la Bible. C'est cette spontanéité qui lui vaut d'entrer dans l'Histoire en cinq minutes à peine.

Washington, mémorial Martin Luther King, Jr.
Mémorial Martin Luther King, Jr.

Nous traversons ensuite les jardins du Mall et le mémorial des Vétérans de la Guerre de Corée pour rejoindre le mémorial Martin Luther King, Jr. Ce mémorial, très controversé lors de sa construction, est le plus récent du Tidal Basin : il n'a été inauguré qu'en octobre 2011.

Il est constitué d'une structure qui représente la Montagne du Désespoir, fendue en deux, de laquelle émerge la Pierre de l'Espérance, sur laquelle est sculptée une statue du pasteur de 9 mètres de haut.

Sur les deux flancs du mémorial sont reproduites des citations, extraites de divers discours du pasteur dans de nombreux pays.

On se souvient que Martin Luther King a été assassiné à Memphis le 4 avril 1968, à l'âge de 39 ans seulement, dans des circonstances dont la controverse et la théorie de la conspiration ne sont pas absentes.

Le ranger qui anime la visite, décrit le mémorial et raconte la vie du pasteur est un blanc. Bien que tout ne soit pas parfait, il apparait que les Etats-Unis ont fait de très gros progrès sur l'intégration de leurs diverses populations.

Rappelons-nous juste que le pasteur n'a jamais rien demandé pour lui, et certainement pas un mémorial.

Washington, mémorial Franklin Delano Roosevelt
Mémorial Franklin Delano Roosevelt

Un peu plus loin se trouve le mémorial Franklin Delano Roosevelt. Ce mémorial, inauguré en 1997 par le président Clinton, est le plus grand du Tidal Basin. Il est composé de quatres "chambres" à ciel ouvert, une pour chacun des mandats du 32ème président.

Les flancs du mémorial illustrent les thèmes chers à Roosevelt : la crise et le chômage de masse, le New Deal et la refondation du système libéral, la montée des dictatures dans les années 30 et, bien sûr, la 2ème Guerre Mondiale. Différentes fontaines situées dans chacune des chambres rappellent ces thèmes.

Le rôle d'Eleanor, la Première Dame, est mentionné. Elle a été une épouse irréprochable, fidèle en public et très libérée en privé. Le franc-parler de ses discours, souvent très directs, embarrassait parfois la Maison-Blanche. Elle fut la première vraie First Lady.

La dernière statue, celle de la photo, rappelle le Roosevelt amaigri, épuisé par la tâche et la maladie, tel qu'il est apparu à la conférence de Yalta en février 1945, deux mois avant son décès. Le petit chien est Fala, le Scottish Terrier qui a accompagné le président partout de 1940 à sa mort le 12 avril 1945, et qui lui a survécu jusqu'en 1952.

Washington, mémorial George Mason
Mémorial George Mason

Après avoir traversé une des ouvertures du Tidal Basin, nous atteignons le mémorial de George Mason. Ce personnage, né en 1725 et décédé en 1792, moins connu que Benjamin Franklin ou Thomas Jefferson, n'en a pas moins joué un rôle crucial dans la fondation des Etats-Unis et leur transformation en état fédéral. En 1776, il est le co-auteur de la Déclaration des Droits de Virginie, première véritable Constitution d'un des 13 Etats nouvellement indépendants. Plus tard, il participera en tant que délégué de l'Etat de Virginie à la Convention Constitutionnelle de 1787.

Comme Patrick Henry ou Thomas Jefferson, George Mason était très méfiant à l'égard d'un Etat fédéral fort, dont il imaginait qu'il pouvait conduire à l'autocratie et à la dictature. Il a donc fortement milité pour l'inclusion dans la Constitution fédérale de droits explicites pour les Etats et leurs populations. Ces ajouts sont devenus les 10 premiers Amendements, collectivement connus sous le nom de Déclaration des Droits ("Bill of Rights"). On y trouve, entre autres, le Premier Amendement, qui définit la liberté d'opinion et de parole, la liberté de religion, et que l'on utilise souvent pour cautionner la liberté de la presse et la séparation de l'Eglise et de l'état.

On y trouve aussi le Second Amendement, qui définit le droit des citoyens à porter et à utiliser des armes, dans le but de s'organiser en milices pour défendre les personnes et les propriétés. Contrairement à ce que l'on croit parfois, le Second Amendement est tout sauf un blanc-seing pour le port d'armes et l'auto-défense. Ce sont des interprétations plus récentes, souvent sorties du contexte historique d'origine, parfois non dénuées d'arrières-pensées politiciennes, qui ont conduit à cette croyance erronée.

Le Cinquième Amendement définit ce que doit être un jugement équitable en matière criminelle et défend les citoyens contre l'abus de pouvoir du Gouvernement et l'obligation de se dénoncer eux-mêmes, ou de dénoncer d'autres personnes. A ce titre, il est assez souvent invoqué dans les procès de journalistes, pour protéger leurs sources. Il est aussi la base constitutionnelle du "Vous avez le droit de garder le silence ..." que l'on entend régulièrement lors d'une arrestation dans toute bonne série policière américaine.

On le voit, la contribution de George Mason dépasse largement son époque, puisqu'elle a des conséquences très contemporaines. Un tel personnage méritait bien un mémorial le long du Tidal Basin.

Washington, mémorial Jefferson
Mémorial Jefferson

Continuant notre tour du Tidal Basin, nous visitons maintenant le mémorial Jefferson. Nous avons déjà abondamment raconté sa vie et son oeuvre lors de notre visite de sa propriété de Monticello. Rappelons simplement cette citation du grand homme, incluse dans la Déclaration d'Indépendance :

"Nous tenons pour des vérités totalement évidentes que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur."

Et cette autre :

"J'ai juré sur l'autel de Dieu une éternelle hostilité à toute forme de tyrannie à l'égard de l'esprit de l'homme."

Ces deux citations sont gravées dans le marbre à l'intérieur du Mémorial.

On retrouve bien là l'esprit universel de Jefferson, dont un contemporain pourra regretter qu'il n'ait pas perçu plus tôt la contradiction entre l'esclavage, qu'il pratiquait à Monticello, et ses idéaux de liberté et d'égalité tant de fois réaffirmés, avec tant de conviction.

En cette agréable fin d'après-midi, nous achevons notre tour du Tidal Basin, en traversant les derniers jardins bordés de cerisiers du Japon.

Puis nous reprenons le métro, direction le Pentagone.

Arlington, le Pentagone et le mémorial du 11 Septembre
Le Pentagone et le mémorial du 11 Septembre

Autant la plupart des bâtiments publics de la capitale sont relativement accessibles, autant le Pentagone est ultra-sécurisé. Le touriste est soigneusement tenu à l'écart, il est en principe interdit de photographier, et de nombreux postes de garde jalonnent le périmètre. Il faut dire que, entre ma première visite et maintenant, il y a eu les attentats du 11 septembre 2001, qui ont coûté la vie à 184 personnes sur le site même.

Il est en théorie possible de visiter le Pentagone, en prévoyant suffisamment longtemps à l'avance.

Construit entre 1941 et 1943, le Pentagone est le siège des cinq branches des Forces Armées des Etats-Unis :

Le Pentagone est une ville à lui tout seul. Ses 23 000 employés disposent de 20 restaurants, 284 toilettes et 16 parkings. Il y a assez de câblage téléphonique et informatique dans le bâtiment pour faire 4 fois et demie le tour de la terre.

D'après son propre site web, le Pentagone accueille 106 000 visiteurs à l'année, ce qui fait un peu moins de 300 par jour. Pour un bâtiment autant chargé d'histoire, c'est très peu.

Nous nous consolons en nous promenant dans le Mémorial du 11 Septembre, lui-même à l'écart du bâtiment principal. Les noms et les dates de naissance des 184 victimes y sont gravés. La plus jeune avait 3 ans.

Puis nous reprenons le métro puis le bus, direction Alexandria. Nous dînons au Subway, juste en face de notre hôtel.

Finalement, le temps se sera maintenu toute la journée. Nous avons marché 11 kilomètres.