Vendredi 7 juin 2013 - Williamburg

Lorsque nous nous levons, nous sommes au moins sûrs d'une chose, c'est que la tempête Andrea nous a bel et bien rattrapés. La météo de la télé nous le confirme pendant le petit déjeuner. De la tempête elle-même, nous échappons au vent, mais il nous reste la pluie, beaucoup de pluie.

Tant pis, nous visiterons Williamsburg sous la pluie.

Williamsburg n'est qu'à 70 kilomètres de notre hôtel. C'est la reconstitution aussi fidèle que possible de la capitale de la Virginie à l'époque de la colonisation britannique. La Virginie a eu pour capitale Jamestown de 1619 à 1699, puis Williamsburg de 1699 à 1780, puis Richmond, de 1780 à nos jours.

J'étais déjà venu à Williamsburg adolescent, j'y reviens pour constater que la reconstitution a beaucoup progressé. De nombreuses maisons et échoppes d'artisans ont été ajoutées à ce que j'avais vu à l'époque.

Colonial Williamsburg
La ville coloniale de Williamsburg

Comme d'habitude, nous commençons par une visite en règle du visitor center, toujours aussi bien conçu. Je demande conseil à une hôtesse charmante, qui nous dissuade de visiter Williamsburg et Jamestown, pourtant très proches, dans la même journée. Son avis est très censé, nous allons le suivre. Il y a beaucoup à voir rien qu'à Williamsburg.

Il existe plusieurs manières de visiter Williamsburg. On peut se promener librement dans la ville, ou opter pour le Citizen Passport, qui donne droit aux films du visitor center, à l'entrée dans tous les bâtiments officiels, maisons et échoppes, ainsi qu'à l'ensemble des animations. C'est notre choix.

Jamestown, la première véritable ville coloniale de Virginie, a également fait l'objet d'une reconstitution en règle.

Nous commençons la visite par un film retraçant l'itinéraire de Patrick Henry, planteur, avocat, orateur et politicien, qui a été le premier Gouverneur de Virginie de l'ère post-coloniale. On voit très bien dans ce film la grande différence entre le tempérament très volontaire des Indépendantistes du Massachusetts et celui nettement plus attentiste des élus de Virginie. Indirectement, le Congrès Continental, la première institution commune des 13 Colonies, a d'ailleurs été convoqué à la suite de la lettre circulaire du Massachusetts.

L'itinéraire de Patrick Henry est celui d'un gentilhomme de l'aristocratie locale, d'abord plutôt conciliant vis-à-vis du colonisateur, qui évoluera assez rapidement vers l'indépendance pure et simple. On se souvient de ce brillant orateur pour son éloquence, lors de discours enflammés contre les décisions de la Couronne britannique.

A la suite de la guerre contre la France et les Indiens, l'Angleterre s'est trouvée à court de ressources financières. Elle a donc décidé, à partir de 1765, de taxer de manière unilatérale un grand nombre de ressources des 13 colonies, sans consulter les assemblées locales. C'est cette taxation détestée qui est à l'origine de la rébellion, qui devait conduire à l'Indépendance, ainsi que du principe "Pas de taxation sans représentation", qui perdure encore de nos jours.

Après le film, nous prenons la navette. La ville coloniale n'est pas très loin du visitor center, mais la pluie qui persiste nous dissuade.

Colonial Williamsburg, la salle du Conseil du Gouverneur
Capitole de Williamsburg, la salle du Conseil du Gouverneur

Nous descendons à l'extrémité est de l'avenue du Duc de Gloucester, l'artère principale de la Williamsburg coloniale, orientée est-ouest, qui sera notre fil conducteur pour l'essentiel de cette journée. Déjà, au tout début du 18ème siècle, le plan de la ville était orthogonal, préfigurant ce qui s'imposera presque partout en Amérique du Nord.

Nous commençons par une visite du lieu de culte presbytérien, qui étonne par sa modestie. Mais il ne faut pas oublier que l'Eglise dominante, celle du colonisateur, est l'Eglise anglicane. Forcément, dans un système qui n'a pas encore instauré le pluralisme religieux, les croyances autres que la religion d'état se font plutôt discrètes.

Nous allons ensuite visiter le Capitole, le Parlement de la Colonie, composé d'une chambre Basse, la Chambre des Bourgeois, et d'une chambre Haute, le Conseil du Gouverneur, sorte de Chambre des Lords de membres appointés par la Couronne. En cette période coloniale, on ne parle pas encore de séparation des pouvoirs ni d'élection au suffrage universel. On se contente de reproduire à l'échelle de la Colonie les institutions du colonisateur.

Les délégués étaient soumis à une limitation de mandat : sur toute période de 6 ans, ils ne pouvaient être élus que 3 ans. Ceci permettait une rotation plus fréquente des élus, ainsi qu'une meilleure communication entre les élus et les électeurs. Des deux côtés de l'Atlantique, nos institutions modernes feraient bien de s'inspirer de la sagesse de la Virginie coloniale.

Seuls les propriétaires terriens avaient un droit de vote et les femmes ne votaient pas.

Après l'Indépendance, la Chambre des Bourgeois est devenue la Chambre des Délégués de Virginie, la chambre basse du Congrès de Virginie.

Notre guide nous montre la salle où se réunissait le Conseil du Gouverneur, nommé, puis la salle de la Chambre des Bourgeois, élue. Il arrivait fréquemment que les deux instances ne soient pas d'accord. Dans ce cas, on se réunissait dans une troisième salle située à mi-chemin des deux premières, on effectuait des arbitrages, puis on procédait à de nouveaux votes jusqu'à obtenir un accord.

Capitole de Williamsburg
Le Capitole de Williamsburg

Sur cette photo extérieure du Capitole, on voit bien les deux parties, l'une pour l'assemblée élue, l'autre pour le conseil nommé et, dans le pont reliant les  deux ailes, la salle où l'on procédait aux arbitrages.

Inutile de dire que nous ne sommes pas dérangés par la foule.

Toute la journée, nous allons mettre à profit les nombreuses averses pour nous abriter en visitant des lieux fermés. La richesse historique de Williamsburg est presque un atout.

Williamsburg, le patron du café Charlton
Williamsburg, le patron du café Charlton

Tout près du Capitole se trouve le café Charlton, fréquenté par les délégués et leurs assistants. Le patron nous décrit son activité, son association avec un autre commerçant arrivé avant lui à Williamsburg et qui lui a servi de bailleur de fonds pour financer son établissement.

Lorqu'un nouveau colon arrivait en Virginie, il ne disposait le plus souvent d'aucun capital à investir. Les colons déjà établis lui avançaient les sommes nécessaires, contre intérêt évidemment ... ou contre ce que l'on appellerait aujourd'hui une prise de participation dans le capital de l'affaire, lui permettant de s'établir et de démarrer son activité. Par la suite, le nouvel arrivant remboursait évidemment ses dettes dans le cas d'un emprunt, ou versait une rémunération à ses "actionnaires".

Le système moderne du capital-risque semble hérité en droite ligne de ce système de financement colonial.

Nous profitons de notre visite du café Charlton pour faire une pause autour d'un café bien chaud, préparé devant nous avec du matériel d'époque, et de quelques gâteaux, offerts par la maison.

Williamsburg, rue principale sous la pluie
Williamsburg, la rue principale sous la pluie

Après le café Charlton, nous poursuivons notre visite par l'avenue du Duc de Gloucester. Les averses se succèdent, nous en profitons pour visiter les différents établissements. En dépit de la très faible affluence, presque toutes les boutiques sont ouvertes.

Ce ne sont pas que les maisons qui ont été reconstituées. Sur la photo, on voit que la partie gauche du trottoir, de petites briques rouges juxtaposées, reproduit un pavage britannique de la même époque. La partie droite, en revanche, est à l'évidence bien plus contemporaine.

Williamsburg, habitante en costume d'époque devant la boutique du coiffeur
Habitante en costume d'époque devant la boutique du coiffeur

Comme dans toute ville, il y a un salon de coiffure. Celui-ci a comme clientèle la bourgeoisie de Williamsburg, hommes et femmes. Il fabrique également des perruques, accessoires de mode très prisés en cette fin du 18ème siècle.

La personne en costume d'époque sous l'auvent est l'assistante du barbier.

Colonial Williamsburg, les acteurs sont là mais la parade est annulée
Les acteurs sont là, mais la parade est annulée pour cause de pluie

Une journée à Williamsburg est en principe ponctuée de plusieurs parades, et on me propose aimablement de participer à l'une d'elles. Malheureusement, la pluie persistante met fin à la bonne volonté des uns et des autres.

Les deux personnages de la photo, le joueur de flûte et le fermier, étaient censés conduire la parade. Ils espèrent une éclaircie qui ne viendra pas.

Colonial Williamsburg, travail de l'argent
Travail de l'argent

Nous visitons ensuite l'échoppe de l'orfèvre, qui travaille en fait l'argent. La personne de la photo nous montre en détail comment former un objet, ici une petite coupe.

Dans une pièce attenante, il y a une petite forge pour fondre le métal.

Toute la production de l'atelier, évidemment authentique puisque réalisée sous nos yeux, est exposée dans des vitrines et proposée à la vente. C'est très varié, on trouve notamment des couverts, de la vaisselle et des bijoux. Les pièces sont de grande qualité.

Des divers ateliers que nous visitons, il faut retenir que seules les techniques de la fin du 18ème siècle sont utilisées.

Colonial Williamsburg, maisons sous la pluie
Maisons coloniales sous la pluie

Certaines maisons, bien que parfaitement reconstituées, ne se visitent pas. C'est le cas des deux habitations de la photo.

La plupart des maisons sont en bois, seule la cheminée est en briques. Rares sont les habitations totalement construites en dur.

Colonial Williamsburg, le marché et l'armurerie
Le marché et l'armurerie

Nous sommes maintenant sur la place du marché, presque au croisement, déjà à angle droit, des deux principales artères de Williamsburg. La météo toujours aussi maussade ne contribue pas à l'animation du marché, bien déserté. Aucun marchand ne s'est présenté aujourd'hui.

Colonial Williamsburg, intérieur de l'armurerie
L'intérieur de l'armurerie

L'armurerie, en revanche, est très bien achalandée. Il s'agit non seulement d'un arsenal, mais aussi d'un entrepôt, qui contient tout ce qui est nécessaire pour équiper une milice locale. On y trouve donc des armes, évidemment, des tentes, de la poudre, des uniformes, des tambours, et tout le matériel nécessaire à entretenir une petite armée.

Il faut se souvenir qu'à l'époque coloniale, il n'existe aucune institution commune aux 13 colonies, pas même une force d'autodéfense. La seule armée est celle du colonisateur britannique. Evidemment, en cas d'attaque extérieure, la seule solution est d'entretenir une milice locale.

La première véritable institution commune aux 13 colonies, le Congrès Continental, qui deviendra plus tard le Congrès de la Confédération, puis le Congrès des Etats-Unis, ne voit le jour qu'en 1774, évidemment contre l'avis de l'occupant britannique. L'Armée Continentale, prélude à une véritable armée fédérale, l'US Army, date de 1775.

Colonial Williamsburg, justice de paix
Tribunal de la Justice de Paix

Il y avait deux niveaux de justice à Williamsburg. Les crimes les plus sérieux, comme la trahison ou la piraterie, étaient traités au Capitole par le Conseil du Gouverneur. La justice de paix, elle, prenait en charge tous les petits délits de la vie quotidienne.

Nous sommes ici devant le tribunal de la justice de paix.

Par une curiosité architecturale, le fronton du bâtiment ne comporte pas de colonnes. Les portes ouvrent directement sur la salle d'audience, sans passer par une quelconque antichambre.

Colonial Williamsburg, salle d'audience de la Justice de Paix
Le juge dans la salle d'audience de la Justice de Paix

A l'intérieur, nous sommes accueillis par un guide expert dans son domaine, qui commence par nous montrer la salle des délibérés et le bureau du juge. Revenus dans la salle d'audience, nous allons jouer une courte saynète reproduisant une audience. Le guide tient le rôle du juge, et je suis le prévenu.

  • Etes-vous allé à l'église, dimanche ?
  • Euh ... non, votre Honneur.
  • Bien, 2 shillings d'amende. Affaire suivante !

Comme on le voit, les audiences étaient très courtes, et les châtiments assez prévisibles. En cas de véritable litige, j'ai un peu de peine à imaginer chaque partie faisant valoir ses droits lors d'un débat contradictoire en bonne et dûe forme, dans un format aussi court.

La justice de cette époque semble nettement plus expéditive que celle de maintenant.

Colonial Williamsburg, le cordonnier au travail
Le cordonnier au travail

Nous continuons la visite par l'atelier du cordonnier. Comme on le voit sur la photo, tout est fait sur place, et, comme tout à l'heure pour l'argenterie, toute la production est proposée à la vente. Nous voyons des bottes, toutes sortes de chaussures, des sacoches, des gants, des chapeaux.

Aucun outil moderne n'est utilisé, pas même pour découper les pièces de cuir. Tout est reconstitué comme à l'époque coloniale. Je suis tout à fait admiratif devant la préservation d'un tel savoir-faire artisanal.

Colonial Williamsburg, l'ancien théatre
L'ancien théatre

Continuant notre promenade dans Williamsburg, nous passons devant l'ancien théatre, une simple prairie aménagée avec une estrade, un vague auvent et quelques bancs. Evidemment, aujourd'hui, inutile d'attendre une quelconque représentation, tout a été annulé pour cause de pluie. C'est dommage.

Cet endroit est une reconstitution du tout premier théatre en plein air de Williamsburg. Par la suite, un bâtiment en dur a été construit, pour mettre spectateurs et acteurs à l'abri des intempéries.

Colonial Williamsburg, la salle à manger du palais du Gouverneur
La salle à manger du palais du Gouverneur

Au bout de l'avenue se trouve le palais du Gouverneur, que nous allons visiter en compagnie d'une charmante guide. Cet endroit est en quelque sorte le siège du Pouvoir Exécutif de la Colonie, représenté par le Gouverneur, nommé par le Roi d'Angleterre. Il est aussi la résidence du Gouverneur.

Selon les époques, les Gouverneurs ont exercé le pouvoir d'une manière plus ou moins ferme, le plus souvent à peu près en accord avec la population locale, même si celle-ci n'était pas consultée formellement.

Certains Gouverneurs ne sont même jamais venus en Virginie, mais ont gouverné uniquement par délégation, en nommant des lieutenants-gouverneurs chargés de représenter l'autorité royale. A certaines époques, le pouvoir local était de fait exercé par la Chambre des Bourgeois.

Ce n'est qu'après le Stamp Act de 1765, qui visait à renflouer les caisses de la Couronne, que les différends sont devenus profonds entre la population locale, fermement tenue à l'écart du pouvoir, et le Gouverneur appointé par le Roi. Les différents Gouverneurs ont alors gouverné de manière nettement plus autoritaire, voire brutale, ignorant ou réprimant avec fermeté toute tentative de contestation.

Comme on le sait, tout ceci s'est terminé par la Guerre Révolutionnaire.

Colonial Williamsburg, la salle de bal du palais du Gouverneur
La salle de bal du palais du Gouverneur

Après la visite du bureau du Gouverneur, au rez-de-chaussée, nous montons à l'étage, où se trouvent les différentes pièces d'apparat. Nous sommes dans la grande salle de bal, où le Gouverneur recevait les visiteurs de marque. La réception se terminait le plus souvent par un grand bal, où se retrouvaient les notables de la Colonie. Il était de très bon ton d'être convié à ces soirées, si l'on voulait montrer son statut social.

Les portaits au fond de la salle de bal sont ceux du roi d'Angleterre George III et de son épouse la reine Charlotte de Mecklemburg-Strelitz.

Colonial Williamsburg, pluie sur la terrasse du visitor center
Pluie sur la terrasse du visitor center

Après la visite du palais du Gouverneur, nous reprenons la navette jusqu'au visitor center. La tempête Andrea bat son plein, et je me demande comment les rues peuvent évacuer autant d'eau sans être submergées. Du palais à l'arrêt de la navette, il y a moins de 200 mètres et, malgré nos K-Ways, nous arrivons trempés ! Le moral de Marie en a pris un coup et il commence à être un peu tard pour envisager d'autres visites. Nous finissons la journée au visitor center.

Nous allons nous sécher comme nous pouvons et Marie maudit tout à la fois les climatisations trop froides, les courants d'air et la météo. Fataliste, je passe le temps à regarder quelques présentations du visitor center, maintenant presque désert en cette fin d'après-midi. Le seul endroit réellement animé est, comme on pouvait s'y attendre, la zone des boutiques.

Nous allons faire quelques photos sur la terrasse, dont celle-ci, qui montre les nombreux soutiens totalement nécessaires au financement de la Williamsburg coloniale et à la restauration des nombreux bâtiments que nous avons visités. La fondation Rockefeller occupe une place de choix parmi les généreux mécènes.

Puis nous reprenons l'autoroute jusqu'à Richmond. De retour à l'hôtel pour l'heure du repas, nos chaussures sont toujours trempées, et nous n'avons aucune envie de ressortir. Je nous commande donc à dîner par téléphone. Prétextant diverses erreurs, le livreur met plus d'une heure à arriver. J'ai eu largement le temps de charger les photos sur le site et de mettre le blog à jour.

La malédiction des lasagnes nous poursuit, il est une fois de plus impossible d'en obtenir.

La journée a malgré tout été très intéressante pour la reconstitution historique. Dommage que la météo l'ait quelque peu gâchée. Encore un endroit qui méritera une nouvelle visite.