Jeudi 30 mai 2013 - Acadia National Park

On voit que Bangor est une région de sportifs, le petit déjeuner de notre hôtel est particulièrement copieux.

Après la douche et la connexion sur Skype avec la famille, nous partons pour Acadia National Park, à 85 km de Bangor, soit un peu plus d'une heure de voiture. Sans doute à la suite du Memorial Day, une bonne partie de la route est bordée de drapeaux américains, un tous les 200 mètres pendant 30 kilomètres !

La météo est bien brumeuse, et nous craignons le pire pour ce parc superbe, qu'il serait dommage de visiter par mauvais temps. Fort heureusement, nous allons vite être rassurés, et cette journée se révèlera magnifique.

Acadia National Park, l'entrée
Acadia National Park, nous voici !

Acadia National Park occupe l'essentiel de l'Île des Monts Déserts, découverte par Samuel de Champlain en 1604. Le navigateur y a trouvé un abri judicieux à l'écart des tempêtes hivernales du féroce Atlantique, dans une région convoitée autant par les Anglais que par les Français.

Ce parc a été établi en 1919. C'est le plus ancien à l'est du Mississippi. Nous le verrons un peu plus loin, il comporte de nombreuses enclaves, dont la charmante petite ville de Bar Harbor, que nous visiterons en fin de journée. Son histoire est marquée par le mécénat de la famille Rockefeller.

Pour le moment, nous sommes au visitor center de Hulls Cove, en pleine conversation avec un ranger qui connait visiblement le parc comme sa poche. Il va nous indiquer plusieurs endroits à voir absolument, dont quelques-uns que nous n'aurions sans doute pas trouvés seuls.

Acadia National Park, Frenchman Bay
Frenchman Bay

Notre second arrêt est à Frenchman Bay, la Baie du Français, ainsi nommée en l'honneur de Samuel de Champlain. A cette heure assez matinale, il reste quelques bancs de brume à la surface de l'océan Atlantique.

On devine déjà les formes très adoucies des collines du parc. Les roches datent du Précambrien, soit plus de 500 millions d'années avant nous. L'érosion a eu tout le temps de faire son travail, de trois manières :

  • Erosion glaciaire : la région a été recouverte par des glaciers, jusqu'à 1600 mètres d'épaisseur. C'est ce qui a donné ces formes de dômes aux roches polies, ainsi que les fjords et les lacs,
  • Erosion maritime : c'est l'énergie des vagues de l'Atlantique qui a découpé ces petites anses aux formes acérées,
  • La cryoclastie (fragmentation par l'eau et le gel) a creusé et écarté des fissures entre les roches.

Au cours de cette journée, nous verrons de nombreux exemples des trois formes d'érosion.

Mais nous n'en sommes pas encore à étudier la géologie du parc. Nous profitons des merveilleux paysages de la côte Atlantique, sous un temps bien dégagé, magnifique.

Acadia National Park, Frenchman Bay embrumée
Frenchman Bay et ses bancs de brume matinale

Notre arrêt suivant est un peu plus loin sur Frenchman Bay. Un point de vue plus élevé nous montre la côte sans grands arbres, la vue dégagée jusqu'à l'océan. Nous comprenons vite pourquoi : un panneau rappelle que nous sommes dans une partie du parc ravagée par le grand incendie de 1947. Depuis cette époque, les arbres ont bien sûr repoussé, mais pas encore au point de bloquer la vue.

Selon certains spécialistes de la région, cet incendie a contribué à faire repousser dans la région des espèces d'arbres et de plantes qui en avaient complètement disparu, une  opportunité pour la biodiversité du parc. Une fois de plus, la résistance de la nature et sa capacité d'adaptation me laissent pantois.

Acadia National Park, rapace
Rapace à Beaver Dam Pond

Après la géologie et l'étude de la flore, nous passons à la vie animale. Nous avons photographié ce rapace en train de se poser sur un tronc dépassant à peine de l'eau. Il est à moins de cinquante mètres de nous, et ne semble pas particulièrement préoccupé par notre présence.

Le nom de Beaver Dam Pond désigne en principe un étang derrière un barrage de castors. Mais nous n'en verrons pas.

Acadia National Park, Peregrine Cliff, faucon
Faucon à Peregrine Cliff

Suivant la recommandation du ranger du visitor center, nous nous arrêtons à Peregrine Cliff, où, en principe, nichent quelques familles de faucons. Nous avons été prévenus, ce sont des oiseaux très matinaux, et l'heure a déjà un peu tourné. Mais deux rangers nous montrent que nous arrivons au bon moment.

Elles ont installé une lunette à fort grossissement, pointée juste sur le nid d'une des familles de rapaces. La mère, bien visible dans l'objectif, surveille sa nichée, pendant que le père, sans doute l'oiseau que l'on voit sur la photo, cherche à manger.

Le faucon vole, suivant un rituel savamment étudié : il tourne et retourne lentement en altitude puis, lorsqu'il voit une proie qui l'intéresse, il plonge verticalement et l'attrape dans ses serres, avant qu'elle ait eu le temps de se cacher. Le manège n'est pas couronné de succès à chaque fois, mais il fonctionne suffisamment pour ravitailler toute la famille en petits rongeurs.

Les rangers expliquent la différence entre le cri du mâle, assez rauque, et celui de la femelle, plus strident. Je réponds en plaisantant que c'est finalement comme chez l'être humain : madame rouspète quand monsieur met un peu trop de temps à revenir de courses !

Acadia National Park, Peregrine Cliff
Peregrine Cliff, la falaise aux faucons

Sur cette photo de Peregrine Cliff, le nid de notre famille de faucons n'est évidemment pas visible. Il se situe presque en haut, à l'abri de la bande d'arbustes que l'on voit un peu en dessous du haut de la falaise.

Lorsqu'il vole en cercles à la recherche de proies, le faucon mâle est à peu près à la hauteur du sommet de la falaise, soit environ 300 mètres d'altitude. Son acuité visuelle hors normes lui permet de répérer un mulot dans l'herbe à cette distance sans aucune difficulté.

Maison enclavée dans Acadia National Park
Maison enclavée dans Acadia National Park

Nous sommes maintenant à Schooner Head Overlook.

Comme nous l'avons dit, Acadia National Park est ponctué de nombreuses enclaves. Cette maison, au demeurant magnifique et à la vue assurément imprenable, est située en dehors du parc, qui l'entoure cependant complètement.

Il y a d'autres bizarreries topographiques dans ce parc : certaines routes n'en faisant pas partie le traversent pourtant de part en part, comme celle par laquelle nous rejoindrons Bar Harbor en fin de journée.

Acadia National Park, Sand Beach
Sand Beach, la seule plage de sable d'Acadia National Park

Nous nous arrêtons un petit moment à Sand Beach. Comme son nom l'indique, c'est une plage de sable, la seule, d'ailleurs, de tout le parc. Malgré le temps favorable, il y a très peu de baigneurs : l'eau de l'Atlantique, encore soumise ici à l'influence du courant du Labrador, est très fraîche et ne semble motiver que quelques gamins téméraires.

Nous profitons de quelques instants de repos à Sand Beach.

Acadia National Park, île en face d'Otter Point, oiseaux de mer
Petite île peuplée d'oiseaux de mer en face d'Otter Point

Non loin de Sand Beach, nous nous arrêtons à Otter Point. Face à nous, cette petite île est peuplée d'oiseaux de mer et (mais nous ne les avons pas vus) de phoques et d'otaries. L'endroit ne s'appelle sans doute pas Otter Point pour rien.

Acadia National Park, falaise près de Sand Beach
Falaise près de Sand Beach

Nous allons ensuite parcourir un chemin étroit, le long du rivage, remontant presque jusqu'à Sand Beach. On voit très nettement ici le travail de l'érosion maritime, qui a découpé ces roches extrêmement tranchantes. Gare aux chutes !

Toute cette partie de la route, presque depuis l'entrée du parc jusqu'à son point le plus au sud à Seal Harbor, un coquet petit port enclavé dans le parc, est à sens unique.

Acadia National Park, Jordan Pond, les Bubbles au fond
Jordan Pond, les Bubbles au fond

Après avoir rejoint la route à double sens qui revient vers l'entrée du parc, nous nous arrêtons à Jordan Pond. Nous retrouvons les formes caractéristiques de l'érosion glaciaire, les sommets arrondis, la vallée en forme de U et le lac tout en longueur laissé par un glacier fondu depuis longtemps.

Face à nous, les deux sommets jumeaux s'appellent les Bubbles, en référence évidente à leur forme de bulle. Vus de loin, je pensais à tout à fait autre chose ... disons à l'actrice Gina Lollobrigida.

Nous avons envie de marcher un peu, nous allons faire le tour du lac. C'est très calme, il n'y a pas un bruit, à peine ce qu'il faut de vent pour légèrement agiter les feuillages. Et on ne peut pas dire qu'on soit bousculés par les touristes. Nous en croiserons une petite dizaine tout au plus.

Acadia National Park, vue du sommet de South Bubble, Jordan Pond et l'océan
Vue du sommet de South Bubble, Jordan Pond et l'Atlantique

Arrivés au bout du lac, nous nous mettons en tête de faire l'ascension de la South Bubble, la plus proche de nous. La montée est brève, raide et, par moments, tient plutôt de l'escalade. Un passage court mais étroit, très pentu et un peu plus ardu que le reste, a raison de la motivation de Marie, qui m'attendra là en se reposant. Dommage pour elle, nous étions presque arrivés.

Je finis l'ascension seul. C'est l'affaire d'à peine quelques minutes. Le superbe point de vue du sommet valait bien ce petit effort supplémentaire. C'est absolument magnifique. La vue porte jusqu'à l'horizon, sur toute la partie sud du parc. L'île à l'arrière-plan est à plus de 20 kilomètres.

Après avoir discuté quelques instants avec un couple de touristes anglais montés, eux, par un chemin nettement plus facile sur un autre versant, je rejoins Marie, nous redescendons et finissons notre tour de la Jordan Pond.

Acadia National Park, vue de Cadillac Mountain
Le Mont Cadillac, l'île des Monts Déserts et l'Atlantique

Nous allons maintenant aller au sommet du Mont Cadillac, qui tient son nom d'Antoine Laumet de la Mothe, sieur de Cadillac, troisième Gouverneur français de la Louisiane qui, à cette époque, s'étendait de l'actuel Québec jusqu'au delta du Mississippi. Bien plus tard, les créateurs de la célèbre marque de voitures de luxe lui rendront hommage, en choisissant pour leur entreprise le nom du fondateur de leur ville.

Le sieur de Cadillac, émigré du sud-ouest de la France en Amérique du Nord, a exploré toute la côte Atlantique, du Québec à la Nouvelle-Angleterre et jusqu'à la Caroline, établissant de nombreux comptoirs de commerce de fourrures. Il a aussi fondé la ville des Douacques, devenue depuis Bar Harbor. Assez naturellement, le plus haut sommet de sa terre d'adoption a été baptisé du nom de son propriétaire.

Sur cette photo, prise quelques virages avant le sommet du mont, on voit bien les formes arrondies des collines et les anses pénétrant profondément à l'intérieur des terres, façon fjord, toutes dues à l'érosion glaciaire.

Acadia National Park, vue de Cadillac Mountain, Frenchman Bay et Bar Harbor
Sommet de Cadillac Mountain, Frenchman Bay et Bar Harbor

Sur son versant nord, le Mont Cadillac domine Frenchman Bay et Bar Harbor.

Il existe de nombreux itinéraires de randonnée permettant d'atteindre à pied le sommet du Mont. Malgré tout, après le tour de la Jordan Pond, 5 km quand même et un peu d'escalade, nous avons choisi la solution de facilité, en y allant par la route.

Cela ne va pas nous empêcher de faire lentement le tour du sommet, à pied, découvrant des points de vue panoramiques sur toute la région. En faisant les recherches pour documenter cet article, j'apprends que le président Obama et sa famille ont parcouru exactement le même chemin que nous, en juillet 2010.

Quoi qu'il en soit, le Mont Cadillac mérite assurément un sacré détour.

Acadia National Park, Thunder Hole
Thunder Hole

Il nous reste un peu de temps. Nous décidons de reprendre une partie de la route à sens unique le long de la côte, pour un arrêt prolongé à Thunder Hole, que nous avions négligé à notre premier passage le matin.

Thunder Hole est le fruit de l'érosion marine. Il s'agit d'une découpe assez profonde dans la falaise, dans laquelle, selon les marées, l'eau s'engouffre, laissant derrière elle un bruit de lavabo qui se vide lorsqu'elle se retire. Rien que cette particularité acoustique vaut le détour, en plus de la beauté sauvage du paysage.

L'eau et les algues qui se sont déposées rendent les roches particulièrement glissantes. Nous déconseillons donc très vivement de s'approcher trop près des parties humides. Mieux vaut rester en sécurité.

C'est notre dernier arrêt. Bientôt, nous quittons Acadia National Park.

Bar Harbor, goélette à l'ancre
Bar Harbor, goélette à l'ancre

Nous avons du temps devant nous. Nous décidons d'aller nous promener à Bar Harbor, un charmant petit port de pêche et de plaisance à l'abri de Frenchman Bay, qui respire le calme, l'élégance et la douceur de vivre.

Toutes les activités sont tournées vers la mer : pêche au homard, très abondant dans la région, entretien des bateaux de plaisance, promenades en mer.

Nous voyons cette superbe  goélette en parfait état à quelque distance. C'est un navire privé, pas question de visiter !

Bar Harbor, cinq Corvettes côte à côte
Bar Harbor, cinq Corvettes côte à côte

Plus loin sur le port, nous allons voir un nombre absolument incroyable de Corvettes, presque une dizaine, en quelques minutes à peine. Il a dû y avoir une concentration quelconque. Ce sont de superbes voitures, en excellent état.

C'est ma voiture préférée. J'espère bien en avoir une un jour. Devant cette vision irréelle, je suis aux anges !

Bar Harbor, bouées de nasses à homards, code couleur par famille
Bar Harbor, bouées de nasses à homards, code couleur par famille

Sur le mur d'une boutique d'accessoires de pêche, nous voyons ces bouées, utilisées pour repérer les nasses servant à la pêche au homard. Chaque famille de Bar Harbor dispose de ses couleurs de bouée, et le code se transmet de génération en génération. Comme, apparemment, il ne vient à aucun pêcheur l'idée de subtiliser en douce le contenu d'une nasse aux couleurs d'une autre famille, le code couleur suffit. Peut-être le vol de homards à Bar Harbor est-il considéré comme le vol de bétail au Texas, une offense criminelle majeure !

Un peu plus loin, sur le mur d'une autre boutique, nous voyons des centaines de plaques d'immatriculation clouées sur le bois. Les plaques du Dakota du Nord et de Hawaii viennent de ce mur.

Il est temps de reprendre la route de Bangor, où nous arrivons à la nuit largement tombée.

Nous allons dîner au Texas Roadhouse, un restaurant-grill tout proche de notre hôtel, où la viande est d'excellente qualité et le service très convivial. Nous nous félicitons d'avoir dîné au bar plutôt que d'avoir attendu une table, notre serveuse nous gratifie d'une conversation empreinte d'un humour à froid que j'apprécie toujours autant. Ensuite, c'est le patron du restaurant qui vient discuter avec nous un bon moment, sous prétexte de savoir comment nous avons trouvé ses steaks. Excellents, cher monsieur, excellents !

Nous avons fait 12 km à pied, aujourd'hui. Nous méritons bien une bonne nuit de repos.