Samedi 21 août 2010 - Monument Valley, Mexican Hat, Moab

Je commence ma journée en allant retirer une liasse de dollars au distributeur le plus proche. Le guide avec qui j'ai pris rendez-vous à Monument Valley a demandé à être payé en cash. C'est aussi la fin de notre deuxième semaine, qui est passé encore plus vite que la première !

Nous quittons Page par la route 98, direction Monument Valley. Dans un nouvel arbitrage de dernière minute, nous renonçons à visiter Antelope Canyon. Ce sera pour une autre fois.

Près de Page, Arizona, poussée magmatique
Poussée magmatique au milieu du plateau

Nous voyons plusieurs de ces formations rocheuses. Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit de poussées magmatiques, où des roches plus ou moins malléables montent jusqu'à la surface de l'écorce terrestre en laissant ces petites protubérances. Nous en avons déjà vu plusieurs, nous en reverrons encore. Ces magmas ont trop d'énergie pour être arrêtés par les couches calcaires, mais pas assez pour devenir de vrais volcans.

Monument Valley, les Mitaines, début de la piste
Monument Valley, vue sur les Mitaines, départ de la piste

Avec un peu d'avance sur notre rendez-vous, nous arrivons à Monument Valley par la magnifique route 163, avec une première vue sur les mesas. Le lieu-dit navajo s'appelle Oljato, il est à cheval sur la frontière entre l'Arizona et l'Utah. Pour des raisons pratiques évidentes, l'ensemble de la communauté navajo d'Oljato adopte l'heure d'été, bien que le reste de l'Arizona n'y souscrive pas.

Nous retrouvons deux hommes dans le lobby de l'hôtel. L'un est Tom, celui à qui j'ai parlé hier soir, l'autre est Sam, notre guide pour cette journée. Ils sont à l'évidence navajos tous les deux. Je donne ma liasse au "chef", Tom, qui en rétrocède royalement un quart à Sam. Puis nous montons dans un 4x4 dont l'arrière est couvert d'une bâche, pour nous protéger du soleil. Vu le temps, c'est une excellente idée !

La piste à peine carrossable commence juste au bout du parking de l'hôtel. A ma totale stupeur, des touristes l'empruntent avec des berlines tout à fait standard, qui n'ont certainement pas été conçues pour ce genre de terrain plein de trous. Jamais je n'aurais osé passer là avec notre Ford de location !

Nous sommes maintenant au milieu d'un magnifique paysage typique de western, dont on ne se lasse pas bien qu'on l'ait vu mille fois au cinéma. Là, ça y est, on est dans le film. Si ce n'était quelques véhicules tout à fait contemporains sur la piste, je m'attendrais bien à être rattrapé par des indiens à cheval ou par un régiment de cavalerie. C'est saisissant.

Monument Valley, terrasse John Ford
Premier arrêt : la terrasse John Ford

Sam est un guide très compétent, nous n'allons pas tarder à savoir pourquoi. Il nous décrit la Vallée dans ses moindres détails. J'apprécie énormément son commentaire très détaillé, sa présentation de la culture navajo (il sait de quoi il parle !), ses interventions sur la flore, la faune, la géologie, la météo .... Je lui pose de nombreuses questions, et à chaque fois, la réponse tombe. Et lorsque parfois il ignore tel ou tel point, il a l'honnêteté de le dire. Sam maîtrise son sujet, et je le recommande chaleureusement comme guide.

Notre premier arrêt est pour la terrasse John Ford. Ce nom n'a rien d'officiel, il désigne juste l'endroit, un peu plus élevé que le reste de la vallée, où se trouve la maison que l'on voit dans La Prisonnière du Désert (The Searchers, en v.o). La maison existe toujours, elle est quelque peu défraîchie. L'esplanade devant la maison est une sorte de marché, où les artisans navajos de la vallée vendent leurs produits. Comme on le voit sur la photo, de la terrasse, le point de vue sur la vallée est superbe. Les deux buttes en forme de gants, un droit et un gauche, c'est logique, sont surnommées les Mitaines.

C'est La Prisonnière du Désert qui, bien qu'il ne soit pas le premier film tourné à Monument Valley, a fait connaître les lieux dans les années 30. Après, les metteurs en scène voulaient tous venir là, et pas seulement pour les westerns. L'histoire de Monument Valley est inséparable de celle du cinéma.

Au cours de cette visite, nous ferons une bonne dizaine d'arrêts.

Monument Valley, Welcome Visitors
WV = Welcome Visitors, bienvenue aux visiteurs

Ici aussi, l'érosion s'en est donné à coeur joie. Ces aiguilles rocheuses laissent deviner les lettres WV qui, d'après Sam, signifient Welcome Visitors, ou bienvenue aux visiteurs. J'avais déjà largement entendu parler de l'humour amérindien, je suis servi .... et j'adore !

Monument Valley, hogan, village navajo
Hogan, ou village indigène. Notre guide est né là

Un peu plus loin, Sam ralentit, sans s'arrêter. Sur notre droite se trouve un hogan, ou village. C'est là que notre guide est né, et sa grand-mère y habite toujours, nous dit-il. Par pudeur, il ne souhaite pas nous emmener au village. Par respect, je ne lui demande pas de nous conduire plus près. Nous nous satisfaisons complètement de cette vue distante.

Je commence à comprendre un peu mieux pourquoi Sam connait si bien la vallée. Il y est tout simplement chez lui !

Monument Valley, Tête du Chef
La Tête du Chef

Monument Valley, c'est un florilège de formations rocheuses aux formes plus ou moins évocatrices, baptisées par les navajos eux-mêmes, ou par les touristes. Nous verrons le Chameau, l'Hippopotame, les Mitaines, l'Eléphant, et un nombre conséquent de Tables.

Bientôt, nous quittons la piste principale, pour une autre en très mauvais état. Nous comprendrons plus tard que Sam fait un détour pour nous montrer d'autres endroits, que nous n'aurions certainement pas vus en d'autres circonstances.

Monument Valley, signes gravés dans la roche
Signes gravés dans la roche. La vallée est habitée depuis longtemps !

Lors d'un arrêt, Sam nous montre ces gravures primitives dans la roche. Visiblement, la vallée est connue et habitée depuis longtemps par les amérindiens. Elle n'a été découverte que dans les années 30 par l'homme blanc.

L'aridité du sol ne permettant pas l'agriculture intensive, la seule activité indigène était l'élevage. Bien sûr, tout a changé avec l'arrivée du cinéma dans les années 30 et du tourisme dans les années 60, avec son cortège de guides touristiques et de productions artisanales. Et depuis quelques années, la nation navajo a financé la construction d'un centre touristique avec hôtel, expositions culturelles, présentations sur le système politique et juridique, etc. Avant de repartir, je parcours les panneaux, très instructifs.

Monument Valley, restes d'orage
Oui, il pleut aussi, à Monument Valley

Un peu plus loin, nous devons quitter la piste pour contourner une large mare. Sam explique qu'il s'agit de ce qui reste d'un orage qui s'est abattu sur la Vallée il y a quelques semaines. Vu la température, l'évaporation est évidemment importante. Pour qu'il reste une mare pareille, c'est que l'orage en question a dû être particulièrement intense !

Conclusion : il ne pleut pas souvent à Monument Valley, mais quand il pleut, ce n'est pas à moitié !

Monument Valley, l'Oreille du Vent
L'Oreille du Vent

Comme dans d'autres endroits, la roche calcaire locale est très tendre, et l'érosion par le vent a créé des formes extrêmement variées. Nous verrons plusieurs ouvertures comme celle-ci, l'Oreille du Vent.

Les navajos ont donné à ces formes des noms très évocateurs. L'oreille du Vent, c'est dû à la fois à sa forme et au léger sifflement du vent dans l'ouverture.

Monument Valley, la Vieille Squaw
La Vieille Squaw

Cette ouverture dans le plafond rocheux a laissé passer l'eau, qui a ruisselé et sculpté la roche, donnant à l'ensemble ce profil de vieille femme.

Monument Valley, érosion créative
Encore l'érosion

Et, lorsque l'érosion grignote la base d'un rocher sans s'attaquer au sommet, on trouve ces formes surprenantes en chapeau. Nous en reverrons d'autres.

Monument Valley, une autre oreille
Une autre oreille

Un peu plus loin, nous voyons une autre oreille. En fait, l'ouverture est pratiquement circulaire. C'est le jeu des ombres et de la lumière du soleil qui donne cette forme caractéristique d'oreille.

Monument Valley, le Totem, La Sanction
Le Totem. C'est lui que Clint Eastwood grimpe dans La Sanction

Nous ressortons de la partie la plus encaissée de le vallée pour déboucher dans une plaine nettement plus large. Nous y voyons ce groupe d'aiguilles. La plus à gauche est le Totem, dont Clint Eastwood fait l'ascension dans La Sanction. Après le tournage du film, pour raisons de sécurité, l'escalade en a été interdite.

Monument Valley, dunes de sable
Dunes de sable à Monument Valley

Un peu plus loin, nous traversons quelques dunes de sable, façon Sahara.

Monument Valley, dernier panorama sur la Vallée
Un dernier point de vue panoramique sur la vallée

Notre tour de Monument Valley touche à sa fin. Sam nous arrête sur le flanc d'une mesa, presque à mi-hauteur. Au bout de quelques pas, nous découvrons ce superbe point de vue sur la vallée. C'est le dernier. Bientôt, nous revenons à notre point de départ. La visite qui devait durer 2h 1/2 a duré presque une heure de plus. Nous remercions chaleureusement Sam. Ce fut une visite très agrable, avec de nombreux endroits que nous n'aurions jamais trouvés nous-mêmes.

Puis nous pique-niquons à l'ombre du visitor center et nous reprenons la route.

Mexican Hat
Mexican Hat

Nous quittons la nation navajo par le village de Mexican Hat le fort bien nommé. Nous y prenons cette photo de cet étonnant rocher. Il peut tenir comme ça, en équilibre sur sa base, pendant 1 000 ans. Ou il peut tomber demain. C'est l'érosion qui décidera.

Près de Moab, Utah, La Sal Mountains
Vue sur les La Sal Mountains 

Nous poursuivons notre route vers Moab. Peu avant d'arriver, nous avons une vue superbe sur les La Sal Montains, quelque chose comme Montagnes de Sel, en espagnol. Ce ne sont pas des volcans à proprement parler, mais de grosses poussées magmatiques, qui ont soulevé les roches environnantes.

Moab est une bourgade qui vit surtout du tourisme, comme le permet sa situation entre deux parcs nationaux, Arches et Canyonlands. Les hôtels et activités diverses y sont nombreux. Une fois n'est pas coutume, nous allons rester deux nuits au même endroit. C'est bien, de ne pas avoir à tout remballer chaque matin.